LIVRE M. UIAHIKE II
le
Parlement
tou*
Henri II.
Les rapides progrès du commerce concoururent aussi à ce résultat, en formant de bonne heure une classe bourgeoise riche et indépendante, et ce rapprochement des deux peuples et des classes diverses de la nation influa puissamment dans la suite sur les institutions publiques du pays*.
Le premier besoin de l’Angleterre au début de ce règne, était celui d’une autorité forte, en état d’arrêter les brigandages et de réparer les désastres du règne précédent. Henri II, par ses qualités personnelles, répondait à ce besoin : il unissait à l’instinct du despotisme, le pouvoir qui force l’obéissance; lVmire social fut en progrès sous son règne, mais la politique générale du pays fut livrée au caprice du maître et à celui des événements. Il faut de longues luttes entre les forces ou les pouvoirs dont l’équilibre produit les libertés publiques, avant qu’ils reconnaissent leurs limites et s’y renferment : ce temps n’était pas venu sous Henri II : les libertés nationales n’avaient aucune garantie, la force dégageait des obligations que la force avait imposées, et rien ne stipulait les bornes de l’autorité respective du i>arlement et du roi. Les historiens et les actes du temps font, il est vrai, fréquemment mention du magnum concitium ou parlement des barons, mais rien n’était encore établi ni pour sa composition particulière, ni pour le mode, le temps, le lieu des convocations: le clergé, la noblesse délibéraient tantôt réunis, tantôt séparés; beaucoup de lois et d’ordonnances étaient rendues sans leur concours par l’autorité du roi ; les classes moyennes et inférieures n’étaient pas représentées au
1 . Voyez a ce sujet et sur les résultats de la conquête normande, mon Histoire Ues quatre conquêtes de l’ Angleterre , t. Il, conclueiou.
IIE.Mil II.
parlement, les hommes de loi, les grands officiers de la couronne, les évêques y assuraient un immense ascendant à la volonté royale : le parlement en un mot, sous un roi ferme et ambitieux, était à cette époque pour le prince, un instrument de pouvoir plutôt qu’un obstacle : les grands, dans leur opposition au souverain, en appelaient plus à leur épée qu’aux lois, et la résistance ne se distinguait pas de la révolte. Henri II se regarda toujours comme au-dessus des lois que lui-même sanctionnait, il ne tint compte, dans ses embarras ou dans son ressentiment, d'aucun serment comme d’aucun droit, et sa duplicité égala souvent sa cruauté Ce prince a cependant laissé un grand nom. La vaste étendue de ses possessions flattait l’orgueil de l’Angleterre; celle-ci vit un intérêt national uni à la cause du souverain, dans les efforts qu’il lit pour la défendre : elle lui sut gré de ses institutions,' et elle lui tint compte de ses victoires sur l'anarchie, sans lui imputer à crime ses disgrâces. Henri II, enfin, eut plusieurs des qualités d’un roi; les malheurs du père ont dépassé dans sa vie les fautes du monarque , et les ténèbres dans lesquelles s’acheva ce règne n’ont point fait oublier leclat qui en marqua le début.
I . Après troir, p«r crainte des révoltes, adouci ou abrogé Ira anciennes lois des forêts, il Gl rechercher tous ceux qui, ne les redoutant plus, les axaient enfreintes, et se montra plus impitoyable envers eux qu'aucun de ses prédécesseurs (Lingard).