RICHARD I
duché de Normandie, où il mit en œuvre des moyens semblables pour accroître ses ressources.
Le début de son règne fut marqué par un affreux massacre des juifs, et cette épouvantable tragédie fait connaître tout ce qu’il y avait de barbarie dans les mœurs à cette époque. La veille du couronnement, une proclamation royale avait défendu aux juifs l'approche de Westminster, afin que le roi ne fût point victime de leurs sortilèges. Celte défense fut cependant enfreinte par quelques-uns qui, suivant un usage oriental, vinrent offrir au souverain, des présents et des prières, à l’effet d’obtenir sa protection pour eux et pour leur peuple. Ils furent battus, dépouillés et chassés du palais avec ignominie par les courtisans : l’exemple fut contagieux et la multitude accourue de toutes parts au couronnement, ayant cru comprendre, dans le tumulte, que le roi ordonnait l’extermination des mécréants, attaqua et massacra les juifs sans défense, sans distinction d’âge ou de sexe, avec une impitoyable fureur : les familles juives, réfugiées et barricadées dans leurs maisons, y périrent au milieu des flammes, et ces horreurs furent répétées dans la plupart des grandes villes1. A York, les malheureux juifs s’étaient réfugiés dans le château dont le gouverneur était alors absent et où il essaya en vain de pénétrer après eux : dans sa fureur il ordonna l’attaque, et une immense multitude assiégea plusieurs jours la forteresse. Réduits enfin à l’extrémité les Israélites, exhortés par l’un d’eux et pour ne pas tomber vivants aux mains de leurs cruels ennemis, brillèrent leurs riches vêtements, brisèrent leurs bijoux et leurs vases d’argent, et mirent le feu au château, puis
* I Malli. Paris.
Massacre
des
juifs.
Troisième
croisade.
ils égorgèrent leurs enfants et leurs femmes, et se tuèrent eux-mêmes sur leurs cadavres. Quelques-uns vivaient encore le lendemain lorsque la populace pénétra dans le château ; ils furent cruellement mis à mort : on rechercha dans les maisons des juifs toutes les obligations souscrites par des chrétiens à leur profit, elles furent brûlées dans la cathédrale et tous ces crimes demeurèrent à peu près impunis.
Peu de temps après ces horribles scènes, Richard partit pour la croisade, en partageant la régence du royaume entre Guillaume Longchamp, évêque d’Elv, et son justicier Hugues de Pudsey ', évêque de Durham. Le roi de France, Philippe Auguste, avait aussi pris la croix: les deux rois se trouvèrent ensemble au mois de juin de l’année 1190, dans la plaine de Vezelai, à la tète de cent mille hommes, et se dirigèrent vers la terre sainte par des routes différentes. Ils se donnèrent rendez-vous à Messine, où Tancrède avait succédé sur le trône à Guillaume II, mari de Jeanne, fille du roi d’Angleterre Henri 11, et soeur de Richard. Cette princesse était créancière du roi Tancrède lorsque son frère Richard parut avec sa flotte devant Messine. Il somma Tancrède d’acquitter sa dette, et, sur son refus, il emporta Messine de \ ive force, et y planta sa bannière jusqu’à ce qu’il eût obtenu satisfaction de ce prince, avec qui plus tard il fit une alliance de famille *. Il saisit ensuite un autre prétexte pour s’emparer de l’îlc de Chypre, qu’il enleva à Isaac Comnène et où il épousa Bérangèro, fille du roi de Navarre.