‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés. 1Chapitre 150 sur 202 · RICHARD I · texte numérisé non relu

RICHARD I

Les armées croisées se réunirent enfin devant la forte place de Saint-Jean d’Acre, dont elles firent le siège et elles y furent bientôt assiégées elles-mêmes, dans leur camp, par le sultan Saladin, vainqueur des chrétiens à la journée de Tibériade, le plus sage et le plus célèbre des princes musulmans, et qui de simple soldat du Courdistan, s’était élevé par sa valeur au rang de souverain. Tous les fléaux fondirent sur les croisés, on assure que cent vingt mille hommes périrent moissonnés pr.« devant Acre, par le feu, la famine et la peste. La ville lut prise le ti juillet 1191, et les deux rois plantèrent <, Acr#-

chacun leur étendard sur la muraille. Léopold, duc (hsi)

d’Autriche et prince souverain, voulut en faire autant :

Richard lui envoya demander si, étant duc, il prétendait s’égaler aux rois. « Je fais la guerre, répondit Léopold, en vertu de ma souveraineté, et après Dieu je ne reconnais que saint Pierre pour mon supérieur. » Il sortit de la ville, épiant l’heure de la vengeance Peu de temps après, Philip|)e lui-même, blessé des hauteurs de Richard, ou jaloux de ses exploits, quitta l’armée en y laissant dix mille Français sous les ordres du duc de Bourgogne.

Richard conduisit les croisés d’Acre à Jaffa. Saladin s’était engagé à rendre aux chrétiensla vraie croix et à mettre en liberté ses captifs, et il avait laissé plusieurs milliers de musulmans aux mains des croisés comme garantie de sa parole. Il hésitait à tenir sa promesse et le bruit se répandit qu'au lieu de délivrer ses prisonniers, il les avait fait égorger. Cette rumeur était tausse, mais les croisés y ajoutèrent foi et demandèrent vengeance. Richard ordonna le massacre «les otages et des prisonniers musulmans, dont

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Bjlaille

da

Jaffa.

cinq mille furent impitoyablement massacrés : c’est ainsi qu’en croyant venger les siens, il rendit leur mort inévitable : Saladin, par représailles, les fit périr.

Itichard marcha ensuite avec les croisés sur Jaffa : Saladin le suivit et livra bataille aux environs de cette place. Une nuée d’arabes bédouins et de turcs enveloppa les chrétiens d’un cercle immense et fondit sur eux au bruit d’instruments barbares et avec d’affreux hurlements. Richard soutint l’attaque avec son infanterie en rangs serrés dont les archers formèrent la première ligne, tenant sa cavalerie au centre et immobile. Les chrétiens périrent en grand nombre sous une grêle de dards, et les chevaliers murmuraient, demandant avec impatience l'autorisation de charger l’ennemi. Richard contint leur ardeur jusqu’à ce que les Turcs, enhardis par l'apparente inaction des chrétiens, eussent rompu leurs propres rangs pour attaquer de plus près l'épée à la main. Voyant ce désordre, le roi donna le signal : l’infanterie chrétienne ouvrit ses lignes et donna passage aux escadrons impétueux. Ceux-ci s’élancèrent, dans toutes les directions et avec la rapidité de la foudre, sur les musulmans qui déjà se croyaient vainqueurs et qui furent en un moment partout culbutés et mis en fuite. Richard, après s’etre montré habile général , fit les prouesses d’un simple chevalier; terrible et sans égal dans la lutte corps à corps, il fit tomber sous ses coups d’innombrables ennemis, se portant tour à tour sur tous les points oii les infidèles tentaient de se rallier et semant partout la terreur et la mort '. Saladin fut

I. Vinesauf. — Iloveden. — Un historien arabe, Kohadin, nous a aussi laissé une narration dcccltc bataille mémorable.

ricimkd i".

contraint à fuir, et Richard victorieux conduisit son armée à Jaffa et de là vers Ascalon.

Mais les chrétiens eurent bientôt à souffrir de leurs propres divisions autant que de l’attaque des ennemis : deux princes, Guy de Lusignan et Conrad de Montferrat, se disputaient le trône de Jérusalem, avant de l’avoir conquis. Richard , par politique et malgré lui , abandonna la cause du premier, qu'il favorisait comme la meilleure. Conrad mourut bientôt assassiné dans la ville de Tyr, et tous les lauriers de Richard ne le défendirent point contre un soupçon de complicité dans ce crime : on en connut plus tard le véritable auteur, émissaire d’un chef célèbre de la secte des assassins, fameux dans riiisloirc sous le nom de Vieux de la Montagne ’. Henri de Champagne épousa la veuve de Conrad, et reçut avec sa main la transmission de ses droits au trône de Jérusalem. Guy de Lusignan obtint de Richard, comme dédommagement et en toute souveraineté, l’ile de Chypre. L’armée croisée s’avançait vers la cité sainte décimée par les maladies et la disette : trop faible pour entreprendre le siège de la ville, elle retourna sur ses pas et se rapprochait d’Acre, lorsqu’elle apprit que Jaffa, assiégée par Saladin, était sur le point de tomber aux mains des musulmans. Dirigeant alors son année par terre sur Jaffa, Richard s’y rendit lui-même par mer, et à la vue du péril imminent de la ville dont une partie était déjà forcée, il s’élance sur le rivage avec

1 . Los membres de celle secte fanatique et meurtrière étaient appelés par les croisés, assassins, soit du nom d ’Uassah, son fondateur, soit du mol Uachish qui signifie mie snbslance dont ils s'enivraient avant de commettre leurs crimes.

Siège de Jaffa par les musulmans.

Sa

délivrance.

Tnilé

■ TCC

Saludin.

Retour

captivité

de

Richard.

cinquante chevaliers suivis de deux mille fantassins : il délivre la place, et le lendemain avec sa petite troupe il fond sur le gros de l’armée ennemie. A la vue de ses exploits prodigieux l’efTroi s’empare des musulmans : tout fuit devant Richard, et longtemps encore après cette journée, lorsque, parmi les Sarrasins, les mères voulaient punir leurs enfants ou les réduire à l’obéissance, elles les menaçaient du roi Richard

Une grave maladie de ce prince, à Saint-Jean d’Acre, fit avorter les espérances des croisés ; cependant un traité conclu avec Saladin assura aux chrétiens le libre accès au saint sépulcre : ce fut le seul avantage qu’ils retirèrent de leur immense entreprise. Richard , encore affaibli par la fièvre, ordonna le départ et monta sur son vaisseau d’où jetant un dernier regard sur la ville d’Acre et sur son rivage, il s’écria : «Terre sacrée, j’appelle sur toi la protection de l’Éternel : puisse-t-il m’accorder de vivre afin que je revienne et que je t’arrache au joug des infidèles. »

De grands revers attendaient ce prince à son retour en Europe : il échoua avec une suite peu nombreuse sur les côtes de l’Istrie et tomba au pouvoir de Léopold , duc d’Autriche, beau-frère d’isaac Comnène, et qui avait reçu de lui, dans la ville d’Acre, un affront mortel. Léopold se vengea d’abord en renfermant Richard au château de Diernstein : il vendit ensuite son illustre prisonnier à l’empereur d’Allemagne, Henri VI, dont le roi d’Angleterre s’était attiré le ressentiment en s’alliant avec le roi Tancrède de Sicile, son ennemi personnel.

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