‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés. 1Chapitre 15 sur 202 · CONQUÊTE DE LII.E PAH LES ROMAINS · texte numérisé non relu

CONQUÊTE DE LII.E PAH LES ROMAINS

jouter à tant d’autres sujets de douleur et de colère, et fut le signal de la rébellion.

Un roi de la nation des Icènes, Prasatagus, longtemps fidèle allié des Romains, pour mieux assurer une partie de sa succession à sa famille, nomma l’empereur son héritier, conjointement avec ses filles. Le procurateur romain s’empara de la succession entière. Boadicée, veuve de Prasatagus, s’étant récriée contre cet acte de spoliation, fut battue de verges comme une esclave, et ses filles furent violées sous ses yeux. À ces indignités les Romains joignent de nouvelles violences; les principaux entre les Icènes sont dépouillés et chassés de leur patrimoine. Ces maux extrêmes poussent ce peuple à la révolte; les Icènes prennent les armes d’un mouvement unanime, ils entraînent les Trinobantes et quelques autres peuples, et ils entrent avec eux dans une ligue étroite afin de recouvrer par le fer leur liberté perdue.

Les vétérans de la colonie de Camulodunum étaient sur- Hé,„|„ tout, à cause de leur licence et de leurs exactions, en . li''’ butte à leur ressentiment. Us sont enveloppés, à l’improviste, par la multitude des ennemis : le temple où la garnison s’est agglomérée, assiégé durant deux jours, est emporté d’assaut : tout est détruit ou incendié, Londres et Verulam ont le même sort : l’insurrection devint générale et les barbares se montrèrent animés d’une rage non moins grande contre ceux de leurs compatriotes demeurés soumis aux oppresseurs, que contre les oppresseurs eux-mêmes. Soixante-dix mille Romains ou indigènes M„-.crc furent égorgés. Us ne voulurent ni faire les vaincus prisonniers, ni les vendre, ni mettre à prix leur vie ou leur liberté ; ils avaient bâte de massacrer, de torturer, de

Déposition

des

deux armées.

crucifier, comme pour se venger d’avance des supplices que l’avenir leur réservait

Suétonius cependant s’avançait avec constance au milieu des populations ennemies à la tête de t 0.000 combattants. 11 s’arrête dans une gorge étroite, fermée derrière lui par une forêt; devant ses yeux s’étend une plaine ouverte, qui ne cache ni ennemis ni embûches. Il met son armée en bataille à l’entrée du défilé : au centre sont les légionnaires, les rangs serrés; tout autour les troupes légères; la cavalerie est aux ailes, groupée en pelotons. Les barbares accourent en troupes désordonnées, leur multitude est innombrable, leurs femmes les suivent pour être témoins de leur victoire : elles remplissent les cbarriots rassemblés aux extrémités de la plaine. On vit alors sur un char une femme de haute stature et d’un grave maintien : enveloppée tout entière des plis d’un long manteau, elle portait pour ceinture une chaîne d’or et ses longs cheveux flotlaicnt jusqu’à terre. C 'était la reine Boadicée qui, serrant scs filles dans ses bras, parcourait les rangs et enflammait les cœurs des guerriers.

Animés par ses paroles, par le souvenir de leurs propres injures et par le sang qu’ils ont déjà répandu, les barbares approchent et engagent le combat. La légion immobile, deltout et les yeux sur son chef, attend l’ennemi dans l’étroit défilé qui la protège, puis lorsqu’il est plus proche et que ses traits sont épuisés, elle s’élance en bataillon triangulaire, les auxiliaires suivent ce mouvement impétueux, les escadrons chargent et se précipitent la lance en arrêt. Rien ne résiste à ce choc

Page 1