I. Joinville Mémoires
HICH.VHD I".
Henri retint Richard captif dans un château du Tyrol, où il languit plusieurs années.
L’Angleterre cependant avait eu beaucoup à souffrir, en son absence, de la tyrannie de son favori Guillaume de Longchamp, évêque d’Ely, qui unissait à lu charge de chancelier du royaume les pouvoirs de légat du pape : et elle était comme partagée entre lui et son adversaire le prince Jean, frère de Richard, qui déjà convoitait le sceptre et qui, dans l’incertitude où l’on fut longtemps sur la destinée du roi, prétendit exercer en son nom l’autorité. Des troupes étaient levées et entretenues aux dépens du pays pour la querelle des deux rivaux. Le chancelier défendait contre Jean les droits de son jeune neveu Arthur, duc de Bretagne, lils de son frère aîné Geoffroy; mais son orgueil et ses odieuses exactions lui avaient suscité d’innombrables ennemis : la ville de Londres se déclara contre lui, et il s’y tint un grand conseil de barons et d’évêques, qui le dépouilla de sa charge. Guillaume chercha un refuge sur le continent : il découvrit le lieu où Richard était retenu prisonnier et il alla partager ses fers.
Aussitôt que le bruit de la captivité du roi se fut répandu en Angleterre, Jean ne déguisa plus ses espérances et mit ouvertement tout en œuvre pour s’emparer du sceptre : il se rendit en France, auprès du roi Philippe Auguste, et s’assura de son appui en lui cédant quelques portions de la Normandie, et en lui faisant hommage pour le reste. Puis il mit à la voile pour l’Angleterre, où il leva une armée composée en majorité de mercenaires, tandis que Philippe essayait d’enlever à Richard la Normandie. Cependant les barons
Troubles
en
Angleterre.
Condamna-
tion
du chancelier Guillaume de
Longchamp.
anglais s’étaient ralliés contre Jean, sous l’étendard royal, à la voix du justicier Hugues Pudsey, évêque de Durham : leur résistance déjoua la tentative du prince, qui dut renoncer «à s’emparer du sceptre de vive force : l’armée française était en même temps arrêtée devant • la ville de Rouen, qui fit une défense héroïque et força les envahisseurs à la retraite.
niMc Richard comparaissait à cette époque devant la diète a Htguenu. (PHagucnau, où sa mâle défense émut en sa faveur les princes allemands : l’empereur consentit à traiter de sa rançon, qui fut fixée à cent mille marcs. A cette nouvelle, le prince Jean ne rougit pas de tenter la cupidité de Henri VI par la promesse d’une somme plus forte s’il voulait retenir Richard dans les fers : les princes allemands obligèrent l’empereur à garder sa parole, et après avoir acquitté les trois quarts de cette rançon Richard énorme prélevée par une taxe générale sur son royaume, “ Richard fut libre et la terreur entra dans l’ame de son liberté, frère.
Mais c’était surtout le monarque français, le roi Philippe Auguste, qu’il avait à cœur de punir, et l’Angleterre, après avoir payé pour délivrer Richard, paya encore pour servir sa vengeance. Tout fut de nouveau mis en œuvre pour procurer au roi de l’argent et des soldats, et les plus hautes charges furent offertes au plus offrant. Richard eut recours comme jadis aux plus vils expédients et se fil un trésor des dépouilles de ses sujets. Il passa ensuite sur le continent dans son duché de Normandie, où son frère Jean, cité devant sa cour, vint se jeter à scs pieds et obtint son pardon.
Une guerre, qui dura six années, éclata alors entre