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comtes, les barons, les hommes libres ne devaient être juges que par leurs pairs: la charte assura indistinctement les libertés et les droits des grands et des petits tenanciers, des marchands, des laboureurs; on décida que les amendes seraient toujours modérées et proportionnées aux délits; que le marchand conserverait sa marchandise et le laboureur ses instruments aratoires : des bornes furent mises aux exigences des pourvoyeurs royaux, et enfin les droits et privilèges des cités, bourgs et ports de mer furent définis et maintenus. Une autre charte, dite des Forêts, détruisit les odieux abus qui s’étaient introduits dans l’administration et dans la législation en vigueur pour cette partie des domaines royaux; elle rendit au domaine public les forêts créées depuis le commencement du règne , et un comité de douze chevaliers dans chaque comté fut choisi pour rechercher les mauvaises coutumes et pour les supprimer. Ces sous-tenanciers et hommes libres furent tous déclarés participants aux avantages concédés ou confirmés par ces chartes : on élut enfin un comité de vingt-cinq barons, chargés de veiller à leur exécution.
Le roi signa les deux chartes sans contrainte apparente et affecta, pendant la durée des conférences de Kunnvmead , de se résigner de bonne grâce aux restrictions apportées à son autorité; mais à peine l’assemblée fut-elle dissoute qu’il exhala sa fureur par d’incroyables transports et par des actes qui étaient moins ceux d’un homme que d’une hèle féroce, grinçant les dents, mordant la paille et le bois de sa couche. 11 envoya lever en Flandre, en Picardie, en Poitou et en Guyenne, des mercenaires qu’il appela sous sa bannière royale; il
JEAN
fortilia ses châteaux et en même temps il députa au pape Innocent III, pour le supplier d’embrasser sa défense et de déclarer, en sa qualité de suzerain, nullcs et injurieuses à son autorité, toutes les concessions faites par lui, son vassal, sans son aveu.
Déjà de toutes parts arrivaient des soldats avides de pillage : Jean les conduisit à l'attaque du château de Roehcster, qu’il avait donné en gage aux barons; il investit cette place, l’emporta et signala sa vengeance par le supplice de ses défenseurs : il apprit en même temps l'annulation des chartes de Runnymead par Innocent III : le pontife fondait sa sentence sur les violences qui auraient été faites au roi par ses barons, sur les privilèges des croisés méconnus par eux en sa personne royale, et enfin sur le droit qu’il avait lui-même, comme seigneur suzerain du roi d’Angleterre, d’annuler tout abandon ou cession de ses droits non consenti par le saint-siège : pour ces causes il mettait à néant les deux chartes, et ordonnait au primat Langton d’excommunier les récalcitrants. Langton s’y refusa et fut suspendu de ses fonctions. Le pape excommunia nominativement tous les chefs des confédérés et mit en interdit la ville de Londres ; mais ses censures furent méprisées comme étendant aux choses temporelles le pouvoir qui n’avail été donné à Pierre et à ses successeurs, que pour des motifs ecclésiastiques et religieux Le roi mit alors deux armées en campagne et tandis que l'une ravageait le midi, l’autre, conduite au nord par Jean lui-même, portait le fer et la flamme dans le
Le roi
recommence la guerre.
Annulation
des
deux charte»
par
le pape.
(Iï)5)
comté d’York : cette contrée malheureuse fut de nou-