I. Maltli. I*ari
émanait, dit-il, d’une autorité que Jésus-Christ n’avait jamais donnée à saint Pierre ou à ses successeurs Le l»ape répondit à cette protestation par une huile qui reconnaissait Tahus et promettait «le le supprimer. Ce fut en vain : le mal lit sans cesse de nouveaux progrès. Les iwpes en effet n’avaient en Angleterre aucun autre moyen de contrainte réelle vis-à-vis du clergé que celui qu’ils trouvaient dans l’appui des rois, «pii eux-mêmes frappaient de taxes onéreuses les barons laïcs et les évêques possesseurs de fiefs temporels. Un intérêt commun de résistance maintint ceux-ci en Angleterre étroitement unis, et malgré d’habiles tentatives pour les séparer, ils combattirent ensemble les prétentions excessives de la couronne et du saint-siège.
Lutte Le mal fut porté au comble durant la guerre que les d'ain*re<'' l»aPes soutinrent contre les empereurs de la maison de u maison Je g0uabe, et qui est célèbre dans l’histoire, sous les noms pour de guerre des Guelfes et des Gibelins. A la mort de l’emj(, pereur Frédéric II, le plus redoutable adversaire des prétentions du saint-siège, Innocent IV, ne voulut pas que la couronne de Sicile fût unie à la couronne impériale, sur le front de Conrad IV, fils et successeur de Frédéric à l’empire. Il la refusa également à Manfred, fils illégitime du dernier empereur, et il offrit, en qualité de seigneur suzerain, la Fouille et la Sicile à Henri III pour son second fils Edmond. Séduit par cette offre brillante, Henri l’accepta; il promit d’envoyer une puissante armée en Sicile; le pape avança 100,000 livres pour les frais de l’entreprise et fil marcher scs propres
4 , Lingard.
HENRI III
troupes contre l’empereur Conrad qui revendiquait le royaume. La mort prématurée de ce prince accrut les espérances de Henri III, quoiqu’il laissât un jeune fils nommé Conradin, qui semblait devoir hériter de ses droits. Manfred, cependant, fils illégitime de Frédéric II, aspirait lui-même au trône de Sicile; il battit l’armée pontificale, remporta plusieurs victoires et réunit successivement sons sa puissance la Sicile, la Fouille, la Marche d’Ancône et une partie de la Toscane.
Henri III, malgré les progrès de Manfred, ne renonça point à ses espérances ambitieuses pour son fils et se reconnut débiteur envers Innocent IV, puis envers son successeur Alexandre IV, pour les sommes énormes employées par ces pontifes au succès de leurs efforts pour son fils Edmond. Ses barons ne partageaient pas ses ambitieuses espérances et blâmaient une entreprise lointaine dont il ne devait revenir à l’Angleterre aucun fruit et dont les charges tombaient sur eux; ils s’opposèrent à l’envoi d’une armée en Italie, alléguant le danger de dégarnir l’Angleterre de ses défenseurs et ils refusèrent des subsides pour cet objet. Le fardeau retomba tout entier sur le clergé , et une suite de mesures arbitraires furent prises pour lui arracher des sommes immenses au paiement desquelles il fut contraint par des menaces de confiscation et d’excommunication. L’unique résultat de ces exactions et de ces violences fut le progrès de l’esprit d opposition contre Henri qui, après avoir perdu toute espérance de conquérir la couronne de Sicile pour son fils, fut obligé «le lutter en Angleterre pour la sienne. L’immense domaine de Guillaume le Conquérant avait été en grande partie
Henri III accepte celle
couronne pour$on fil*.
Mécontente-
ment
de* baron»
et
du clergé d'Angleterre.
Simon <îc Monlfi'H, comte
de Leiceslci, chef
de la ligue de»
laron«.
aliéné ou dilapidé durant les guerres entre Etienne et Mathilde. Les profusions de Jean et de Henri lui-même l'avaient réduit à peu de chose 1 ; le roi n’avait plus de ressources sérieuses que dans les subsides que lui votaient scs barons, et ceux-ci les lui accordèrent en échange du serment qu’il fit d’observer la grande charte et celle des forêts; mais à peine le roi voyait-il l’or dans scs coffres, qu’il oubliait ses promesses et les violait ouvertement. De là les profonds ressentiments des barons, de là aussi les alarmes de Henri, qui en persistant à s’entourer d’étrangers, mit le comble à l'exaspération des nobles anglais. Ceux-ci enfin se donnèrent pour chef, dans la lutte qu’ils soutinrent contre la couronne, le fameux Simon de Montfort, comte de Leicester, fils cadet du terrible Montfort, vainqueur et exterminateur des albigeois du Languedoc. Ce seigneur unissait de grands talents à une ambition sans bornes. Etranger lui-même, il avait su capter la faveur des barons, du clergé et du peuple en élevant la voix audessus de celle de tous contre la rapacité des étrangers et de la cour romaine. Il avait grandi en considération et en pouvoir par son mariage avec Eléonore, douairière de Pcmbroke, sœur de Henri 111, et en se rapprochant du trône, il s’était mis en état de braver le monarque.
Les projets du roi touchant la Sicile avaient avorté, déjà le pape Urbain IV avait décerné la couronne de ce royaume à Charles d’Anjou, frère de saint Louis. Les exactions qui avaient pesé sur les laïcs et le clergé n’avaient produit que des mécontentements dangereux sans
4. Selon Matthieu Pativ, te revenu annuel de Guillaume le Conquérant était de 3S7,OrtO livres et eelui Je Henri 111 ne «'élevait qu'a 1 0,000.
HENRI III. 300
aucun résultat utile et cependant les demandes du roi croissaient toujours : il s’était formé en Angleterre de nombreuses associations dans le but d’opposer un frein aux exigences royales, et une disette accrut les plaintes en ajoutant ses horreurs aux vices de l’administration.
Henri dans cette extrémité convoqua un grand conseil à Westminster où ses barons arrivèrent en armes. Au moment où le roi parut, ils tirèrent leurs épées: « Suisje donc votre prisonnier, demanda Henri? — Non, sire, répliqua Roger Rigod, l’un des barons, mais votre partialité en faveur des étrangers et votre prodigalité ont ruiné le royaume, c’est pourquoi nous demandons que l’on confie les rênes du gouvernement à un comité de barons et de prélats, afin de corriger les abus et d’établir des lois salutaires. »
Trop faible pour résister, Henri consentit, pour réformer le gouvernement, à la création d’une commission composée de vingt-quatre membres, barons et prélats, dont la moitié , nomtnée par lui , formait déjà son conseil, et dont l’autre moitié serait élue par les barons dans un prochain parlement. Celui-ci s’assembla à Oxford, le H juin 1258, et il est connu dans l’histoire sous le nom de parlement insensé {mad parliammt), quoique les garanties qu’il exigea et obtint pour les réformes nécessaires fussent déjà spécifiées dans la grande charte. La convention de Westminster fut ratifiée à Oxford par le roi. Les barons élurent leurs douze mandataires qui procédèrent avec les douze membres déjà choisis par le roi à l’élection d’un comité de réforme.
Ce comité décida, t” que quatre chevaliers seraient
Parlement
insensé.
G invention J?0»ford.
élus par les francs tenanciers de chaque comté pour exposer les griefs de leur comté respectif devant le parlement; 2° que le grand scliérif, magistrat annuel, serait à la nomination des francs tenanciers; 3° que le chancelier, le trésorier, le justicier et les schérifs rendraient leurs comptes tous les ans; 4° que les parlements se réuniraient trois fois chaque année, en février, juin et octobre. Ces clauses établissaient des garanties pour l’observation des chartes, et si le parlement qui les formula reçut dans l'histoire le nom d'insensé, ce fut moins à cause des règlements qu’il établit que par la violence des mesures employées jwwr les faire observer.
On vit se produire alors une série de faits que l’histoire nous montre de nouveau et dans des proportions beaucoup plus vastes à des époques plus rapprochées partout où des lois fixes, maintenues par la puissance des temps, de la coutume et des institutions, ne limitent pas, en Diurpaiiont les contenant les unes par les autres, les forces d'un Unit. État. Maîtres de la situation, les barons abusèrent de leur triomphe : ils firent , aux dépens de la couronne, ce (pie le long parlement fit contre elle plusieurs siècles plus tard ; un conseil d’État, élu par eux, s’empara des droits régaliens sans lesquels l’exercice du pouvoir est inqiossible. Ce conseil, où dominait Leicester, s’arrogea le droit de nommer à toutes les positions importantes; il s’empara des châteaux forts pour douze ans et perçut les revenus des domaines qui furent versés dans les mains de ses officiers. L'autorité royale, réduite à une vaine ombre, fut ainsi entièrement annulée et il en résulta une situation pleine de dangers : il était d’une part impossible que le roi se ré-
1IENIU III. 401
signât à ces humiliations et qu'il n’essayât tic recouvrer par la force ce que la force lui avait ravi. Il y avait peu d’apparence d’autre part que les barons se tinssent pour satisfaits, et que leur chef audacieux et avide ne se laissât entraîner à commettre ces mêmes excès contre lesquels il s’était d’abord élevé. Ce double péril fut bientôt manifeste : l’orgueil de Leicester détacha de lui une partie des barons, entre autres le puissant comte de Glocester, et le roi tenta de profiter de leur désunion pour relever sa fortune. On vit alors ce qu’on voit trop souvent dans des circonstances analogues, on vit le chef superbe d’une opposition factieuse s’appuyer contre le trône sur la plus vile populace, et celle-ci se porter impunément aux excès les plus odieux 1 contre les principaux citoyens partisans de la royauté et contre les personnes royales; la reine elle-même fut cruellement insultée dans Londres, poursuivie d’outrages et en péril de mort.
L’administration des barons dura six ans; enfin après de nombreuses alternatives de succès et de revers, les deux partis prirent pour arbitre de leurs différends Louis IX, le plus vertueux des rois, et firent serment de se soumettre à ses décisions. Cet excellent prince ordonna la restitution à la couronne de tous les châteaux, domaines et droits dont elle jouissait avant le parlement d’Oxford, à la condition que le roi accorderait une amnistie universelle et qu’il maintiendrait les libertés
I. Lcitct cr avait obtenu, pat la \;olcnce, lYlcciii.n trunc «le ses créatures au poste île premier magistral ou de nuire de Londres ; mais il avait contre lui les (S lie vins et K s principaux habita. ils.
Arbitrage
de
saint f.o iis entre Henri III et
ses barons (I2G4)
Guerre
civile.
el privilèges octrojés par les chartes. Les barons, convaincus <|ue ces privilèges n’avaient aucune valeur sans les garanties qui en assuraient l’observation , protestèrent contre la sentence de saint Louis, et malgré leur serment et l’excommunication prononcée contre les violateurs de la foi jurée, ils en appelèrent de l’arrêt du monarque français à leur épée.
Les deux partis parurent en armes sous les murs de la cité de Londres; le bas peuple en ouvrit les portes à Leicester et embrassa sa cause avec fureur. Le maire forma, pour la défense de la cité contre Henri, une association dans laquelle il appela tous les citoyens au-dessus de l’âge de douze ans; il signa au nom de la ville une convention avec les chefs du parti des barons et, par un second traité, leurs adversaires furent abandonnés à la colère de la populace : plusieurs officiers du roi furent jetés eu prison, d’autres se dérobèrent par la fuite ; les maisons de ses principaux partisans furent livrées au pillage et dévastées, deux palais royaux furent détruits et les malheureux juifs, soupçonnés Ions, à cause de leurs richesses, d’incliner pour le roi contre scs adversaires, furent dépouillés et inhumainement massacrés.
Le roi avait convoqué à Oxford les tenanciers de lu couronne ; il y fut rejoint par les barons demeurés lidèles et par les lords des frontières d’Écosse, Jean Comyn, Jean Ualiol et Robert Bruce. A la tète des chefs illustres rangés sous ses étendards, étaient Richard, son frère, élu roi îles Romains et le jeune prince Edouard, son fils, déjà célèbre par sa valeur, récemment détaché du parti des barons et qui releva la fortune île sou
HENRI III
père. Leicester s’appuyait sur la ligue de la noblesse, à la tête de laquelle étaient les comtes d’Hereford et de Derby et Hugh le Despenser, grand justicier du royaume; il s’appuyait aussi sur le clergé et sur le peuple des \illes. Ayant grossi son armée de 15,000 bourgeois de Londres, il marcha contre Henri et rencontra l'armée royale aux environs de la ville de Lewes. Des deux parts on fit les apprêts d’une lutte acharnée et décisive. Leicester joignait à scs talents guerriers l’art d’agir sur l’imagination des masses el il leur persuadait, en laissant paraître un grand zèle pour la religion, que sa cause était celle du ciel ; il ordonna que chaque soldat de son armée mit la croix sur ses vêlements et prescrivit à tous de se préparer par de pieuses pratiques à combattre et à vaincre. La bataille s’engagea le lendemain. Le prince Edouard, encore tout rempli du souvenir des. outrages que sa mère avait reçus dans Londres et brûlant de la venger, fondit avec ses chevaliers sur le corps des bourgeois de la cité; il les vainquit, poursuivit les fuyards et en fit un grand carnage; mais tandis qu’il se laissait emporter à une grande distance par sa valeur et par la vengeance, Leicester était victorieux à son tour. Le prince en revenant sur le champ de bataille y chercha en vain les deux armées : elles avaient disparu ; le roi son père et son oncle, Hichard, roi des Romains, étaient tombés au pouvoir du vainqueur.
Leicester, maître de la personne de son souverain, ne croyait pas cependant sa puissance suffisamment établie aussi longtemps que l’héritier du trône demeurerait libre. Il exigea donc, et obtint par un traité, qui fut
Bataille
de
Lowes.
Henri III l'riionnicr.
nomme le compromis de Levves, que le prince Edouard et son cousin Henri 1 vinssent eux-mêmes se remettre en ses mains comme otages, pour la conduite future de leurs pères. Il s’engagea de son côté à prier le roi de France de nommer six commissaires français, qui seraient chargés de désigner deux Anglais qui en éliraient un troisième, et il fut dit que ces trois derniers élus rédigeraient les règlements d’après lesquels l'État serait administré. Mais lorsqu’il tint les princes en son pouvoir, Lcicestcr viola ses promesses; il garda prisonniers le roi et son frère, désarma tous leurs partisans, grossit ses propres troupes, mit une garnison de son choix dans tous les châteaux, se servit du nom de son royal captif pour dicter les mesures les plus despotiques, et, s’il faut en croire quelques chroniqueurs, sa cupidité fut sans bornes comme sa tyrannie 2. Mais dans le même temps où il détachait de lui par scs exactions beaucoup de seigneurs ses anciens partisans, il accroissait sa popularité dans les classes moyennes et industrieuses par quelques importantes mesures dont l'une, déjà prise antérieurement par le parlement d'Oxford, favorisait l’industrie nationale en prohibant l’importation des marchandises étrangères, décision très -populaire à une époque où l’Angleterre n’était pas, comme aujourd’hui, supérieure par son industrie aux peuples du continent, mais était au contraire inférieure sur ce point à plusieurs contrées et surtout à la Flandre. Une autre mesure, dont
4. Ce dernier, 01$ de Rit liai d, roi des Ko. nains, est connu dans riiisWre »ous le nom do Henri d'Allemagne cl mourut poignarde dans une <4gli»o, a \ i- Urte, par sc» deux cousins, filsdu comte de l*cici**lcr.