‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés. 1Chapitre 171 sur 202 · EDOUARD I · texte numérisé non relu

EDOUARD I

la Grande-Bretagne, toutes les populations de l’îlc sous . une même autorité, par les liens d’un vasselage effectif. Sa vie entière fut consacrée à cette grande tâche; les exactions qu’il commit et les violences auxquelles ils se laissa entraîner, eurent en partie pour excuse les mœurs de l’époque, l’instahilité des institutions, les exigences de guerres perpétuelles et les coutumes de tous ses prédécesseurs : impétueux et implacable dans sa colère, il se montra cependant aussi, en diverses circonstances, généreux envers ses ennemis, et quoiqu’il ait accablé son peuple de taxes ruineuses, il. ne fut pas insensible à ses souffrances : on le vit à une époque ditlicile de son règne , et sur le point de quitter l’Angleterre pour guerroyer sur le continent, réunir à Westminster une foule de personnes de tout état, et là, après les avoir priées de lui pardonner les impôts énormes qu’il avait fait peser sur le pays, il dit , d’une voix émue : « Je pars pour m'exposer encore une fois aux dangers de la guerre; si je reviens, je mettrai tous mes soins à alléger vos sacrilices ; si je meurs je vous laisse mon fils, qu’il prenne ma place, et sa reconnaissance vous récompensera de votre fidélité. »

Edouard avait épousé en premières noces Eléonore de Castille, qu’il aima passionnément; il en eut quatre fils et onze filles et fut longtemps inconsolable de sa mort: il épousa plus tard et par politique, Marguerite de France, qui lui donna une tille et deux fils. Ce roi, dit un historien célèbre', fut, de tous les’succes-

1 llalUni. L'Europt au mat/ru Agt, cb. vu, V partie.

murs «lu Conquérant, celui qui réunit au plus haut degré ces trois choses indispensables pour tout prince qui aspire à laisser un grand nom : la prudence, la valeur et le succès.

Edouard II.

Le nouveau règne fut un des plus déplorables de l’histoire d’Angleterre, et il fait voir, malgré les grands progrès de la législation civile, combien était encore défectueux l’étal politique du royaume. Les libertés publiques n’y apparaissent que sous la forme de l'anarchie et de la licence, et après avoir reconnu sous les règnes précédents, la nécessité de restreindre les prérogatives du monarque, et d’apporter des limites salutaires à leur autorité, nous verrons dans celui-ci l’aristocratie des barons franchir elle -même toutes les bornes, et s’égarer jusqu'aux excès les plus tragiques et les plus criminels.

Edouard l" avait imprudemment donne «à son fils, pour compagnon d’enfance , un jeune gentilhomme de Guyenne, nommé Piorre Gaveston, dont bientôt il reconnut l’ascendant funeste. 11 le bannit du royaume, et plus tard , au moment d’expirer, après avoir ordonné au jeune prince Edouard, son héritier, de poursuivre la guerre en Ecosse avec vigueur, il lui fit jurer, sous peine de sa malédiction paternelle , que jamais il ne rappellerait le dangereux favori sans l’aven de son parlement.

&DOCARD II.

A peine, cependant, le vieux roi eut-il fermé les jeux, que son fils oublia sa recommandation dernière et son propre serment : il rappela Gaveston, le créa comte de Cornouailles, le combla de richesses et lui donna jusqu’aux sommes mises en réserve par le feu roi, pour la guerre sainte, en Palestine : puis, fatigué bientôt de la vie des camps, il abandonna la poursuite de Bruce en Ecosse, passa en France pour hâter son mariage avec Isabelle, fille du roi Philippe IV, et nomma Gaveston régent du royaume.

A son retour en Angleterre, Edouard fut couronné en grande pompe, et parmi les clauses du serment solennel qu’il prêta, il jura de maintenir et d’observer les lois et les justes coutumes adoptées par la communauté du royaume. Le faible, roi continuait néanmoins à combler Gaveston d’honneurs extravagants, et donnait ainsi crédit à des bruits honteux sur ses rapports intimes avec son favori. Celui-ci blessait les barons par son faste insolent , par ses sanglantes railleries, dont les plus fiers d’entre eux étaient l’objet, et aussi par sa supériorité réelle dans les exercices militaires et dans les tournois. Ils se liguèrent contre cet homme , qu’ils ne considéraient que comme un étranger et un parvenu; par une décision rendue en assemblée du parlement, le roi fut sommé de se séparer de son favori et Gaveston jura qu’il ne remettrait pas le pied dans le royaume : mais lorsqu’ils l’eurent éloigné, les barons apprirent, avec autant d’indignation que de colère, qu’il était envoyé en Irlande pour y représenter leur souverain en qualité de vice-roi.

Le ressentiment de la nation éclata lors de la réunion

Ligue dos barons contre Gaveston.

Page 1