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La reine prétendait davantage, et après avoir violemment arraché le sceptre à Edouard, elle voulait qu’il parût l’avoir librement résigné : une députation de tous les ordres de la nation se rendit «tans ce but à Kenilwortli, auprès de l’infortuné prince, et mit tout en œuvre pour obtenir de sa bouche une résignation volontaire de ses droits. Sa réponse, rapportée dans des documents contemporains d’une manière fort diverse, n’est pas connue ; mais lorsqu’il eut parlé, sir William Trussel, orateur des communes 1 et procureur des comtes et barons, lui retira son hommage au nom de la noblesse du royaume, et trois jours plus tard, les hérauts d’armes, en annonçant au peuple l’avénement du nouveau règne, déclarèrent que le dernier roi avait abdiqué volontairement'et résigné de son plein gré la couronne à son fils.
Cependant Isabelle ei son complice Mortimer, poursuivis de légitimes terreurs, curent bientôt à redouter l’explosion de l’indignation publique : peu à peu , et comme il arrive souvent, la pitié succéda à la colère, et déjà, en divers lieux, des conjurations se formaient pour rendre la liberté au royal captif. La reine résolut de provenir ce danger en hâtant sa mort. Le malheureux prince fut remis, par son ordre, entre les mains de sir Jean Maltravcrs, jadis persécuté pour la cause des barons. et qui en avait conservé un ressentiment implacable. Maltravers, après avoir eu recours à d’inutiles outrages pour abréger la vie du roi , mit en œuvre des
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moyens plus sûrs ; il l’enferma dans le château de Berkley, près de Bristol, et, en l’absence du possesseur de ce manoir, il confia la personne d’Edouard à deux scélérats, Ogle et Gourney. Dans une fatale nuit, les habitants du château furent réveillés jiar des cris alfreux qui partaient de la chambre où le roi était détenu : le lendemain on apprit sa mort. Les gentilshommes des environs et les citoyens de Bristol furent invités à examiner son corps : celui-ci n’offrait aux yeux nulle trace de mort violente; il fut enseveli sans pompe dans l’église de Saint- Pierre, à Glocester. Aucune autre recherche ne fut faite à cette époque pour découvrir la cause de la mort d’Edouard ; mais, plus tard, on apprit avec horreur que des assassins avaient exécuté leurs ordres régicides en enfonçant un fer rougi au feu dans ses entrailles1.
Ce prince expia ainsi trop cruellement sa faiblesse pour ses favoris : son règne et surtout sa fin tragique marquent le plus haut point de la puissance de l’aristocratie féodale en Angleterre. Les grands barons du royaume, les seigneurs ecclésiastiques et laïcs, en prenant les armes contre lui, n’agirent point par amour de la justice et des institutions libres; il était moins question pour eux de liberté que de domination , et ils attaquaieul comme criminel dans autrui un pouvoir dont ils ne faisaient pas un meilleur usage lorsqu'ils avaient réussi à s’en emparer. Leurs révoltes perpétuelles et les excès auxquels ils se porteront contre un roi dépou rx u d’une grande énergie pour le mal comme pour le bien, mais beaucoup moins despotique que son père, prouvent combien il