‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés. 1Chapitre 181 sur 202 · VUE II. CIIAI’ITIŒ IV · texte numérisé non relu

VUE II. CIIAI’ITIŒ IV

Empiro j»cima nique.

Suisse.

temps encore après lui, cependant, une grande partie des peuples de la llussic était demeurée païenne. Affaiblis par leurs discordes dans le xu* siècle et par des guerres continuelles, ils ne purent résister dans le xiii' à la grande invasion des Tarlares de Gengiskhan; conquis par eux dans deux grandes invasions, ils demeurèrent, pendant plus de deux siècles, tributaires de leurs conquérants; ils eurent, en outre, à combattre, sur leurs frontières de l’est, les chevaliers teutons, les Hongrois et les Polonais, et ceux-ci, vers le milieu du xiv* siècle, leur enlevèrent tout le territoire de la Russie Rouge.

L’empire germanique, depuis longtemps électif, était disputé vers cette époque par les maisons de Luxembourg, de Bavière et d’Autriche; épuisé par les longues guerres des Guelfes et des Gibelins, et fractionné en une infinité de principautés, il n’était plus ce qu’il avait été sous les princes des maisons de Saxe et de Souabe. Les empereurs avaient renoncé à l’espoir de posséder l’Italie sans abandonner pourtant leurs prétentions à y dominer: ils avaient toujours à cœur de relever leurs couronnes îles humiliations infligées par Grégoire VU à Henri IV ; leur longue lutte contre les pontifes se poursuivait encore, et, au commencement du xtv' siècle, Louis de Bavière, petit-fils de Rodolphe de Hapsbourg. expulsa de Rome Jean XXII et fut lui-même excommunié et déposé par Clément VII.

La Suisse, récemment affranchie du joug del’Autrichc par Guillaume Tell, s’était constituée en nation, mais ne pesait point encore dans la balance des Elats européens.

Les contrées les plus méridionales de l’Europe étaient

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L’eIROPE AC XII' ET Al XIII' SIÈCLE. 44ÎÎ

aillant de champs de bataille : plusieurs royaumes de la pmiunii, Péninsule s’étaient fondus dans ceux de Portugal, de Castille et d’Aragon, qui surpassaient tous les autres en Ar"0n"population et en étendue, et leurs souverains continuaient à lutter avec succès contre les Maures, encore possesseurs de la moitié de l’Espagne.

La Sicile, vers la fin du xiu* siècle, s’était révoltée à n,pim la voix de Prooida contre Charles, frère de saint Louis, sl ''u, fondateur de la première maison d’Anjou, et s’était donnée, après les fameuses vêpres siciliennes, à la couronne d’Aragon, tandis que Charles d’Anjou conservait celle de Naples qu’il transmit à sa postérité, sanglant héritage qui, deux siècles plus tard, entraîna les Français sur l'Italie. La France enfin, après le règne glorieux France, de saint Louis et celui de son fils, Philippe le Hardi, était tomliée sous le sceptre de Philippe le Bel Ce prince, en s’appuyant sur les légistes contre la féodalité, en faisant, le premier, siéger aux états généraux les députés des villes à côté des barons et des évêques, lit des choses dont les conséquences lointaines furent avantageuses à la nation, mais qui, sous son règne, ne profitèrent qu’au pouvoir, et l'on voit déjà, en lisant l’histoire de ce temps, à quel point l'observation de certaines formes démocratiques et légales peut s’allier avec le despotisme le plus absolu. Philippe le Bel étendit sa main de fer sur les grands, sur le peuple, sur l’Eglise, et la papauté, dans la personne du superbe Boniface VIII, reçut de lui d’odieux et ineffaçables outrages.

L'un des faits les plus remarquables de l’époque qui i:ni[)irc nous occupe est la prise de Constantinople par l’armée cr«chrétienne, en marche vers l’Orient pour la quatrième

Venise.

Croisa il es.

CbeTilcrie.

i40 LIVRE 11. CHAPITRE IV.

croisade, et la substitution d’un empire latin dans les premières années du xur siècle à l’empire grec, mais cet empire, (|uc les croisés y fondèrent à l’instigation du vieux doge de Venise Dandolo, eut à peine un demi-siècle de durée : les Grecs reprirent Constantinople et la gardèrent deux cents ans; Venise perdit alors sur le continent la part qu’elle s’était faite des dépouilles de l’empire grec ; néanmoins, elle consola les îles de l’Archipel, et cette époque est celle de sa plus grande splendeur.

Entre les grands événements du xn* et du xm' siècle, ceux qui effacent et dominent tous les autres sont les croisades, et nous avons vu la part qu’y prit l’Angleterre, part glorieuse, quoique moins considérable que celle de la France et d’autres Etats du continent. Ces expéditions fameuses donnèrent à ces siècles leur principal caractère et eurent la plus grande influence su'- l’esprit, les mœurs et l'existence de toutes les classes, et en particulier de la noblesse. On a cru reconnaître dans les croisades l’origine et la source de la chevalerie , mais celle-ci est plus ancienne, et on en retrouve les premiers rudiments dans les mœurs des Germains, telles que Tacite les a dépeintes, et aussi dans les recommandations en usage chez les Romains. La chevalerie naquit en Angleterre au temps des Saxons', elle apparut en France peu après l’avénement de la troisième race, et elle reçut des croisades son complet développement. Ces expéditions sacrées qui, à d’autres égards, ajoutèrent à l’intolérance des esprits,

t. Yny. Slur. Turnçr, Mit dtt Anglo-Satovi,

IXEIXENCE I1F.S CROISADES. CHEVALERIE. il"

et à la rudesse générale des mœurs, tortillèrent en l’ennoblissant l'institution de la chevalerie et lui donnèrent un caractère éminemment religieux; elle reposa dès lors tout à la fois sur la religion et sur J’bonneur, mais de ces deux puissants mobiles des actions humaines, c’est du premier, c’est de l’honneur qu’elle emprunta plus particulièrement son esprit et son caractère essentiel, comme on le voit dans le type le plus complet qu’elle ait jamais produit, dans le Cid Ruv Diaz du romancero espagnol. Elle développa dans les âmes, par ses maximes, des principes féconds de dévouement et de loyauté, et maintint un lien social puissant et fort étendu par ses divers degrés d'initiation et par une sorte de fraternité d'armes, entre ceux qui obtenaient cet honneur et ceux qui pouvaient y prétendre La chevalerie fil naître aussi le respect du sexe le plus faible, le dévouement enthousiaste pour les femmes, sentiment qui, généralement répandu dans la noblesse, contribua puissamment , sinon à épurer les mœurs, du moins à les policée, à les adoucir, à donner aux manières et au langage de la grâce et de l’élégance, et qui, en s'alliant a la courtoisie et à la magnificence, prépara les esprits à sentir et à goûter le charme des lettres et' celui des arts.

La chevalerie, depuis les croisades et durant deux siècles encore, domina tout, empreignit tout de son esprit qui se retrouve, à cette époque, jusque dans les récréations et les jeux publics, dont les tournois furent les

4. ha domesticité élail réputée service noble; la cour des suzerains, les châteaux des seipmurs devinrent des écoles où les jeunes gentilshommes apprenaient à servir, sous le nom de varlcls, de damoiseaux, d’écuyers, et à mériter ainsi eux-mémes l'honneur suprême de la chevalerie.

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Or«lrci

religieux.

|ilus célèbres et qui reproduisaient dans la paix l’image de la guerre: elle donna enfin son caractère à la |>oésie; anima les chants des tromères et des troubadours, et ils puisèrent dans les exploits lointains et presque fabuleux des croisés des inspirations nouvelles et fécondes; cependant elle fut comme voilée et obscurcie en Angle1 terre dans les troubles du xu* siècle, sous les règnes de Jean et de Henri III elle reprit de la vie sous Edouard I" et n’eut tout son éclat que vers le milieu du xiv* siècle, sous le grand règne d’Edouard III, et jusqu’à la guerre des Roses, dans le siècle suivant.

Les plus célèbres ordres religieux militaires furent fondés durant les croisades : les deux premiers furent l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem et celui du Temple; leurs membres se vouèrent humblement au service et à la défense des pèlerins de la terre sainte , et de simples moines soldats qu’ils étaient d’abord, ils devinrent souverains. L’ordre du Temple surtout dégénéra rapidement, et nous avons vu son abolition au commencement du xvr siècle. Les ordres d'hospitaliers, institués pour le rachat des prisonniers faits par les infidèles et pour l’assistance des pialades, furent fondés plus tard aussi bien que l’ordre célèbre des dominicains ou frères prêcheurs, et celui des franciscains ou Cordeliers; ces deux derniers ordres , institués au commencement du xm* siècle, étaient aussi appelés ordres mendiants , parce qu’ils faisaient vœu de pauvreté et vivaient d’aumônes, selon l’intention de leurs illustres fondateurs , saint François d’Assise et saint Dominique de Guzman. Ils

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