I. Malt. We»l., p
attaché, dit-on, depuis environ un siècle 1 à ce territoire, et il s’étendit ensuite à toute la presqu'île amoricaine.
L’empire d’Occident venait de succomber, et les peuples barbares achevaient de s’y établir. Les belliqueuses tribus des Francs étaient descendues, sous Clovis, des bords du Hhin et de la Meuse jusqu’à la Loire : les Bourguignons ou Burgundes étaient maîtres de la jiarlie orientale des Gaules : les Goths occidentaux, ou Yisigoths, occupaient le sud de cette contrée et dominaient en Espagne : les Hérules, sous Odoacrc, et après eux les Goths orientaux (OstrogoUis), sous le grand Théodoric, avaient successivement possédé l’Italie, lorsque le saxon Cerdic luttait avec gloire contre Arthur et fondait, dans la Grande-Bretagne, le plus puissant des États saxons destiné à absorber tous les autres, le royaume de Wesscx.
Les anciens Saxons, dit le vénérable Bèdc, d’accord avec César {«riant des Germains, n’avaient |>oint de rois, mais plusieurs chefs élevés au-dessus du peuple. Ceuxci, lorsqu’une guerre éclatait, tiraient au sort un chef suprême auquel ils obéissaient {tendant toute la durée des hostilités. La guerre finie, les chefs devenaient égaux. Cet état de choses put se maintenir sur le continent, où les Saxons partagés en diverses tribus n’avaient à soutenir que des guerres temporaires entre eux ou avec les peuples voisins : mais lorsqu’ils envahirent la Bretagne, la situa1 tion changea; isolés en nombre inférieur sur une terre étrangère , au milieu d'une population ennemie , les Saxons eurent constamment besoin de grands chefs militaires : l’autorité fut ainsi perpétuée dans leurs mains,
\ . Voyez page 54 .
ÉTABLISSEMENT DES BRETWlLDAS.
et ces chefs purent être considérés véritablement comme rois. Cependant, chez les Anglo-Saxons comme chez tous les autres peuples germains après la chute de l’empire d’Occidcnt, le pouvoir des rois était limité : un conseil, composé des hommes les plus considérables, élisait le roi et gouvernait en commun avec lui. Ces hommes, chez les Anglo-Saxons, étaient désignés par le beau nom de sages (xvitans) , et le conseil était nommé wittenagemot , assemblée des sages.
La nécessité impérieuse qui, dans chaque État saxon de Ei.bii».c la Bretagne, contraignit les premiers de la nation à se "j'“‘ donner un su|>érieur ou un roi, se fit sans doute égale- brei»»w«. ment sentir, dans les premiers temps, aux rois, et obligea quelques-uns de ceux-ci à s’unir sous un chef suprême pour un intérêt commun de conquête et de défense : ce chef souverain du pays conquis fut nommé bretwalda, probablement maître ou dominateur des Bretons
Il s’écoula trois siècles depuis la fondation des divers royaumes anglo-saxons jusqu’à leur absorption en un seul État sous le bretwalda Egbert ; et ce temps fut marqué dans la Grande-Bretagne par une longue suite de guerres.
Avant d’en décrire les principaux événements, je raconterai une conquête plus importante et plus durable que toutes celles du glaive, conquête de la parole, tableau sérieux mais doux, plein d’enseignements et de charmes, qui repose l’esprit du spectacle des guerres sanglantes; je dirai comment les Anglo-Saxons abandonnèrent leurs faux dieux et furent conquis à la civilisation par le christianisme.
I . Bètle se borne a dire que les chef» revalu» de ce tilre ëlaieui tournait!» de tous les pays au sud Je l’Humber.
Religion La religion des peuples de la Germanie était un mé-
J**St*"®lo‘ lange grossier et confus de plusieurs religions dont le ■>•»* caractère le plus général était l'adoration des forces de
la Germanie.
la nature. Le feu et la terre, jiersonnifies dans la deesse HerUta, étaient les plus anciens objets du culte des |teuples germains de la confédération saxonne. Ils avaient encore lieaucoup d’autres divinités dont la plus révérée était une idole nommée Irmimul et représentant un guerrier armé. Cette idole avait un temple magnifique à Eresberg, où tous les ans des victimes humaines étaient immolées. On n’est |ias d’accord sur le dieu qu’elle représentait: plusieurs pensent que son culte était celui d'Odm. Nous avons vu en effet que le peuple teutonique, auquel appartenaient les Saxons, accepta en partie les lois et le culte des sectateurs d’Odin, lorsque ceux-ci, venus des mêmes régions asiatiques, s'établirent dans les contrées septentrionales de l’Europe. Les dogmes de l’EdJa |>énétrèrent parmi un grand nombre de peuplades de la confédération saxonne, et les divinités Scandinaves, Thor, Odin et Freya, y eurent des adorateurs et des temples. Parmi
<i oJin. ccs divinités, Woden ou Odin était révéré comme le dieu de la guerre : sou culte convenait aux mœurs belliqueuses des peuples germains, il se pro|*agea de l'extrémité de la Scandinavie aux sources du Rhin, et les chefs germaniques, surtout ceux des peuples voisins de l’Océan, se firent gloire d’être descendus de ce dieu. Les guerriers aspiraient à se rendre dans son |>alais après leur mort: ceux qui ne mouraient pas les armes à la main allaient au sortir de la vie dans le Niflihem, séjour de douleur, où l’Edda nous dit «pie Héla distribue les âmes des guerriers morts de maladie ou de vieillesse. Son palais s’aj>-
Cl'LTE DES ANGLO-SASOSS.
j>elle le nuage; sa table, la faim ; son couteau, le besoin; son serviteur, le retardataire; sa porte, le précipice. A ce séjour était opposé le Walhalla, lieu de délices là les compagnons d’Odin, morts de leurs blessures, passaient leurs jours dans la joie des combats et des festins. Chaque matin, revêtus de leur armure, ils descendaient dans la lice et combattaient, puis ils montaient à cheval pour se rendre à la salle du festin où ils mangeaient du sanglier et buvaient de la bière dans le crâne de leurs ennemis.
Les prêtres, chez les nations de l’ancienne Germanie, étaient fort respectés : c’étaient eux qui maintenaient l’ordre dans les assemblées et qui seuls avaient le droit d’intliger les châtiments corporels. Cependant il n’y avait l>oint chez ces peuples de caste sacerdotale proprement dite, et ce seul fait explique la facilité avec laquelle ils adoptèrent des croyances nouvelles et renoncèrent aux leurs, suivant en cela l’exemple de leurs chefs militaires.
C’est de Rome, capitale du monde religieux, après l’avoir été du monde politique, que les Anglo-Saxons reçurent, vers la fin du vi* siècle, l’impulsion qui en fît des chrétiens.
Le premier auteur de leur conversion fut saint Grégoire le Grand, l’un des plus excellents pontifes qui aient occupé le siège de saint Pierre. C’était l’époque où l’ordre de Saint-Benoît, si utile aux progrès de la civilisation, commençait à se* répandre en Europe : Grégoire y était entré après avoir consacré ses richesses à la fondation de plusieurs 'monastères, et il s’y distingua par une ferveur vraiment céleste. Comme il passait un jour sur le Forum, à Rome, il y vit, parmi les esclaves mis en vente, quel-
Gloire le Grand entreprend de
convertir Ici Anglo- Savoni.
Mission
tl’Auguslin
en
brelagne.
ques jeunes gens, et fut frap|té de la blancheur de leur corps et de la beauté de leur chevelure. 11 s’informa de leur patrie ; le marchand lui apprit qu’ils venaient de l'ile de Bretagne : « Sont-ils chrétiens? demanda Grégoire. — Non, répliqua le marchand, ils sont encore païens. — Quelle pitié, s’écria Grégoire, que de si beaux fronts envelop|icnt un esprit encore privé de la grâce divine ! » Ayant enfin demandé leurs noms, le marchand ré|>ondit : « Us sont des Awjles ( Angli ) , et la Bretagne est leur pays natal. — Ils sont bien nommés , dit Grégoire , car ils ont des ligures d’anges, et ils doivent être dans les deux les frères des anges. »
Lorsque, peu d'années après (592), Grégoire eut été élevé sur le siège pontifical, il envoya comme missionnaires dans la Bretagne quelques moines, sous la direction de l’un d’eux nommé Augustin.
Ils abordèrent dans cette même île de Tanet où avaient abordé tous ceux par qui jusqu’alors la Bretagne avait été conquise. Ethelbert, roi de Kent, régnait sur cette côte; il était alors le premier entre les chefs saxons établis dans la Bretagne, et déjà il avait obtenu le titre de bretvvalda. Ce prince avait épousé une femme chrétienne nommée Berthe, fille du roi mérovingien Caribert, et cette circonstance fut très-favorable à l’entreprise des pieux missionnaires. Augustin, à peine arrivé, envoya dire au roi qu'il venait de Home et qu’il était porteur d’une nouvelle qui assurait à ceux qui l’accueilleraien' des joies sans ün et le règne éternel dans les deux avec le Dieu vivant. Ethelbert, déjà prévenu en faveur du christianisme par la femme qu’il avait épousée, fit dire aux nouveaux venus qu’ils eussent à demeurer
MISSION d'aIGI STIN.
dans l’îlc où il serait pourvu à leurs besoins jusqu’à en qu’il sût lui-même ce qu’il avait à faire.
Peu de jours après il vint les visiter et s’asseyant en plein air, de crainte que quelque mauvais sort ne fût jeté sur lui par les étrangers s'il les recevait sous un toit, il leur donna audience. * Ceux-ci, dit le pieux chroniqueur, s’avancèrent remplis non de la science des démons, mais d’une vertu divine, portant devant eux, comme étendard, une croix d’argent et l’image du Sauveur, et chantant de saints cantiques; ils faisaient à Dieu do ferventes prières pour eux-mêmes et pour ceux dans l’intérêt desquels ils étaient venus de si loin. » Sur l’ordre du roi ils s’assirent et, s’adressant à lui et aux hommes de sa suite, ils leur annoncèrent la parole de vie.
Le roi, sans se prononcer personnellement, leur assigna une demeure à Cantorbéry sa capitale. Us entrèrent dans la ville en procession solennelle et y menèrent une sainte vie, cherchant en toutes choses à imiter les premiers fidèles, par les jeûnes, par les prières, par les prédications de la parole éternelle, méprisant les biens du monde et se bornant au strict nécessaire, conformant leur conduite en toutes choses à leurs pieuses instructions, et prêts à tout souffrir, jusqu’à la mort, pour la vérité qu’ils enseignaient.
Frappés d’un spectacle si éditiant et si nouveau, plusieurs crurent et furent baptisés dans l’ancienne église du Saint-Sauveur, bâtie, au temps des Romains, à l’est de la cité, et dont la reine Berthe faisait son oratoire. Le roi lui-même enfin abandonna les faux dieux, se convertit au christianisme , et dix mille Saxons suivirent son exemple.
Convmion
du
royaume de Kent
au chri*lianitinr.
Augustin , premier archevêque de
Ceulorbéry.
Conversion
de*
autres
royaumes
savons.
11 serait difficile, depuis les temps ai>ostoliques, de citer un autre lieu dans le monde oii le christianisme ait été introduit d’une manière plus conforme à l'excellence cl à la sainteté de sa doctrine.
Augustin reçut la consécration épiscopale, et le pape lui envoya le pallium qui l'éleva au rang d’archevêque métropolitain en lui ordonnant de créer autant d’évêques que l’exigerait le besoin des peuples convertis. Le roi Ethelbert seconda les intentions du pontife; il donna aux missionnaires la ville de Cantorbéry, fit réparer la vieille église de Saint-Sauveur, et fit construire hors des murs un monastère pour les religieux. Grégoire envoya «le nouveaux missionnaires qui prêchèrent avec succès la «loctrine chrétienne dans divers États soumis à la domination saxonne : il prescrivit que le territoire anglo-saxon, à mesure qu’il serait gagné au christianisme, fût distribué en diocèses selon la méthode romaine.
La Bretagne anglo-saxonne étant partagée en plusieurs États, la conversion des peuples qui l’habitaient ne put se faire simultanément; elle fut lente et dura près d’un siècle. Le royaume d’Essex fut gagné le premier, après celui de Kent, au christianisme ; il eut |>our ajtôtre Mellitus, évêque de Londres, consacré par Augustin. La foi chrétienne se répandit ensuite dans l'Est - Anglie , puis dans le royaume de Northumbrie, dont la conversion, sous le règne d’Edwin, présente quelques faits dignes d’intérêt.
Exhorté |>ar l’évêque Paulinus et par sa femme Ethelberge, fille du roi chrétien Ethelberg, vivement ému enfin par une vision qu’il avait eue, le roi Edwin convoqua le conseil de ses wittans, dans l'espoir qu’ils se feraient baptiser avec lui, et leur proposant la religion nouvelle pour
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CONVERSION PE LA NORTITl'MBTÏIE. 79
le sujet de leurs délibérations, il invita chacun adonner son avis sans réserve. Un des assistants eut recours à une image pleine de grâce pour exqioser son opinion sur le mystère de la vie humaine. « La vie présente, dit-il, comparée aux temps inconnus qui la précèdent ou qui la suivent, ressemble à ce que nous voyons quelquefois ici à nos banquets d’hiver dans ton palais. Lorsque, au milieu de tes thanes, le soir, nous faisons cercle avec toi autour d’un brillant foyer, tandis qu’une tempête de neige et de pluie sévit avec fureur au dehors, il arrive parfois qu’un petit oiseau entre par une porte, voltige quelques instants autour de la table du festin, puis sort par une autre issue. Tandis qu’il est avec nous, il ne souffre point du vent glacial, il jouit des agréments et du calme de son séjour passager, mais ensuite se précipitant de nouveau dans la tempête qu’il avait fuie, il disparaît à nos yeux. Telle est la vie de l’homme; nous voyons ce qu’elle est dans l’état présent, mais nous ne savons rien de ce qui la précède ou la suit. Ainsi donc si la nouvelle religion nous découvre sur l’existence à venir quelque chose de plus certain ou de plus sensé que la nôtre, je suis d’avis que nous l’adoptions '. »
Les autres membres de l’assemblée ayant manifesté des dispositions semblables, le grand prêtre Coili désira entendre de Paulinus lui-même l’exposition de sa doctrine. L’évêque obéit à ce vœu et lorsqu’il eut parlé, le prêtre saxon s’écria : « Jusqu’à présent je n’ai rien compris aux objets de mon adoration, mais j’embrasse le nouveau culte oi'i je vois briller la vérité et qui nous présente les joies