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dans la piété, et les pontifes romains s'honorèrent en les choisissant. Le prêtre illustre qui donna aux idées l'impulsion la plus forte et la plus salutaire, dans la Bretagne anglo-saxonne, fut l’archevêque Théodore, dont nous avons dit les travaux apostoliques. Il fut secondé dans ses efforts pour la civilisation et pour l'instruction du peuple confié à ses soins par l’abbé Adrien, qui l'avait accompagné chez les Anglo-Saxons. Bède nous les représente comme également versés l’un et l’autre dans les lettres sacrées et profanes. « Il s’échappait de leurs lèvres, dit-il, comme des fleuves de science dont ils arrosaient l’esprit de leurs auditeurs 1 ; » et Malmcsbury leur rend le même témoignage 2. Théodore ot Adrien apportèrent avec eux en Angleterre un grand nombre de livres grecs et latins, ils stimulèrent le zèle des rois pour en acquérir d'autres, et fondèrent dans les monastères de nombreuses écoles.
Cette heureuse impulsion donnée à la piété des peuples comme à leur intelligence fut puissamment favorisée par l’institut monastique, dans lequel on a vu avec raison un merveilleux instrument des conquêtes du christianisme, et qui reçut, au vi* siècle, une organisation nouvelle et une grande force expansive par l’adoption de la discipline de saint Benoît, auteur d'une révolution véritable dans l’institut monastique. La règle qu’il donna aux établissements religieux était en harmonie avec le génie et le besoin des peuples de l'Occident. Les monastères, d’après elle, devaient être construits de telle sorte que tous les métiers pussent être exercés dans l'intérieur. Le moine
I . Scicnliir salularU quoluliè Humilia in rigamliscorum conliLui cmanabaul. ( F.ccles llitl., I iv, c 2. ) — 2. CXrm., I. i, c <.
LA GRaXDE-BRETAGXE Ali VII' ET AV VIII' SIÈCLE. 93
bénédictin était tour a tour un religieux, un laboureur, un artisan, un lettré; il passait de l’église à l’atelier, et île la culture des champs à l’élude des saintes lettres et des sciences La règle bénédictine fut rapidement ado|>tée dans une multitude de maisons monastiques, qui devinrent ainsi de grands centres agricoles, industriels et littéraires, et ces résultats ne furent nulle part plus remarquables que dans la Bretagne anglo-saxonne, au vu* et au vin» siècle. Les monastères de Malmesbury, de Lindisfarne, de Melrose, de Witby, et une multitude d’autres Monmtra, devinrent autant d’écoles où les Anglo-Saxons se. livré- l'cole*' rent au travail avec une ardeur incomparable, « et les v'^;^ études y fleurirent, a dit de nos jours un éminent liisto- l«» leur*» rien, au point que l’Ile de Bretagne devint, au vin® siècle, un centre littéraire aussi important que l’Italie même s. » lc* ,rl"' Les fréquents rapjtorts des Anglo-Saxons avec Home forent utiles à leurs progrès naissants dans les arts de la musique, de la peinture et de l’architecture, et de cette époque date parmi eux l’emploi du verre et de la pierre dans la construction des édifices. L’usage en fut introduit par le fondateur du monastère de Weremouth, l’abbé Bénédict Biscop, qui ramena de Home avec lui des ouvriers habiles à travailler le verre et des architectes : il en rapporta aussi de nombreux manuscrits et mit un zèle ardent et pieux à implanter dans la Bretagne les arts de l’Italie; c’est de Borne que les Anglo-Saxons tirèrent ainsi la plupart de leurs connaissances. La ville éternelle leur apparaissait comme le foyer sacré de la religion, de l’art, de la littérature et de la science; ils s’inspiraient d’elle, ils
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i. Mignri, Solieatl mémûim hûlor., I. Il, p. 28.
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tournaient toutes leurs pensées vers l'antique métropole du monde chrétien, ils aspiraient avec ardeur à la contempler de leurs yeux, à y vivre et à laisser leurs dépouilles dans un sol consacré par le sang des martyrs et par les bénédictions du père commun des tidèles.
Tout concourut donc à développer chez les Anglo- Saxons des germes féconds dans la foi, dans les lettres et dans la science, et parmi les hommes qui ont contribué à illustrer cette époque par des écrits qui nous sont parvenus, trois surtout exercèrent une grande influence sur leurs contemporains, ce furent Adhelm, évêque de Slierburn, Bède le vénérable, moine de Yarmouth, et Alcuin, l’ami de Charlemagne l.
Les écoles de la Grande-Bretagne, au vu* et au vin* siècle, ne formèrent pas seulement des théologiens, des savants et des poètes, des grands prélats pour les Églises, des conseillers pour les rois, des directeurs et des maîtres pour les établissements scientifiques et littéraires de l’ile et du continent ; on en vit sortir aussi des hommes qui; remplis d'une foi ardente et dévorés du zele du Seigneur, allèrent affronter au loin la mort parmi les nations les plus lmrbares, et faire des conquêtes à Jésus-Christ sur des plages incultes et dans lc3 sombres forêts du continent.
Aucun parmi eux ne déploya une ardeur [dus pieuse et un zèle plus infatigable que l’illustre Winfrid , mieux connu sous le nom de saint Bonifacc , qui étendit ses travaux apostoliques dans la Thuringc, la Hesse, la Bavière et la Frise, sacra le duc Pépin roi des Français, mourut archevêque de Mayence, après avoir fondé sur la
I . Voyex »ur la aie de cet bomme célèbre mon Biliaire dei Quatre conqttilce de l’Angleterre, I. Il, c. 3
LA GRANDE-BRETAGNE AU VII* ET AU Mil' SIÈCLE.
Fulde le célèbre monastère de ce nom, et mérita d’être appelé l’Apôtre de la Germanie Un caractère d’élévation morale était empreint, à cette époque réputée si grossière et si barbare, dans toutes les œuvres de l'homme ; la religion inspirait ses créations, la foi fécondait ses efforts et renouait en quelque sorte le lien des choses invisibles et du monde extérieur; l’esprit de Dieu enfin semblait encore une fois se mouvoir sur la terre, et les hommes les plus dignes d’être crus affirment que l’on vit alors se produire un grand nombre de faits inexplicables et ge renouveler quelques-uns des prodiges qui ont marqué les premiers temps du christianisme. Ces faits occupent trop de place dans les récits contemporains les [dus estimés pour qu’il soit permis de les passer entièrement sous silence. Le dédain avec lequel ils sont accueillis dans les «âges sceptiques, a rendu beaucoup d’historiens timides ; la crainte du ridicule l’a emporté sur leur véracité : ils ont déguisé ces faits ou les ont dépouillés de leur caractère véritable. Un petit nombre d’écrivains cependant, supérieurs à toute imputation de crédulité, sont restés comme en suspens en face des témoignages irrécusables et nombreux dont s’appuient quelques-uns de ces phénomènes extraordinaires, et ils ont renoncé à les contester, sans toutefois réussir à leur donner une explication raisonnable2.
1 . Voyn des détails curicus sur ssint Boniface dans mon Histoire des quair» e.m quêtes de f Angleterre, I. Il, e. 3.
2. Il faut lire ce que dit M. Aoj>. Thierry inr It délirrance inctplirahlo cl réputée miraculeuse de Modetlus, emprisonné arec les fers sus pieds cl eut ■nains, entre deux soldais. (Récits dei tempe mérovingiens. — 5' rérit , kistuire de Leudatle.) Voyei aussi sur les toi» entendues par Jeanne d'Are, son procès, par M. Quicber.it.
Piété
des Auglo- Sasons.