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Danois battus «tir mer.
Défauts
d'Alfred.
négocier. Il demanda des serments et des otages : il obtint l’un et l’autre ; mais les Danois l’abusèrent, surprirent sa cavalerie, enlevèrent Exeler, et Alfred se retira devant eux. Ce prince, malheureux sur terre, remporta du moins un avantage maritime. Les Saxons, aussi redoutables sur mer dans le cours du v* siècle que les Scandinaves, avaient négligé leur flotte après leur conquête , et les vaisseaux danois avaient sur les leurs une grande supériorité. Alfred les étudia, construisit sur ce modèle un grand nombre de bâtiments et les (it monter par des pirates qu’il tenait à sa solde. Cette flotte rencontra et battit celle des Danois dans la Manche, lui enleva cent vingt voiles, et Alfred, vainqueur, obligea le roi Gothrun, vaincu, à renouveler ses traités et ses serments. Il ne sut pas néanmoins profiter longtemps de cet avantage. Il était loin encore de réunir l'ensemble des talents et des qualités qu’il déploya plus tard; il ne montrait, vis-à-vis de ses ennemis, ni la prudence, ni- la persévérance, ni l’infatigable activité nécessaires pour affranchir son pays; et dans ses rapports avec les siens il ne manifestait point cette douceur modeste, cette vigilante et généreuse sollicitude qui attire les cœurs à soi et qui rend entre un prince et ses sujets les liens indissolubles.
Il existait, à cette époque, dans un lieu désert du pays de Cornouailles, un homme d’une grande piété, célèbredans l’Église sous le nom de Saint-Néot. 11 était de la race royale de Cerdic et tres-proche parent du roi Alfred. Ce saint homme, qui avait gouverné un État avant de se faire, à Glastonbury, moine puis ermite, voyait avec autant d’appréhension que de douleur la conduite imprudente et déréglée du jeune roi qui venait parfois le visiter
ALFRED LE GRAND
dans sa retraite: « O roi, lui dit-il un jour, pourquoi n 'êtes-vous puissant que pour le mal? vous avez été exalté, niais vous serez broyé comme l’épi sous la meule... vous serez privé de cette même souveraineté dont le vain éclat vous rend arrogant et superbe. »
Alfred dédaigna ces pieux avis et ces menaces et ne larda point à subir les conséquences fâcheuses et toutes naturelles de sa conduite. Les Danois violèrent de nouveau les traités : leur roi Gothrun fit ce que son peuple ne faisait jamais, il fit une campagne d’hiver, et tandis que les Saxons croyaient leurs ennemis dans une inaction profonde, ceux-ci accoururent et fondirent sur le Wessex. Le roi Alfred faillit être surpris et enlevé; il fit un appel à tous ses sujets et reconnut alors à quel point il sciait rendu odieux ou indifférent à son peuple : en vain ses messagers, porteurs d’une flèche et d’une épée nue, firent entendre en tous lieux ce vieux cri de guerre des Saxons : «Que quiconque n’est pas un homme de rien, soit dans les bourgs, soit hors des bourgs, sorte de sa maison et vienne ! » Peu d’hommes accoururent à son appel ; l’ennemi avançait toujours et Alfred, délaissé par les siens, fut réduit à prendre la fuite, abandonnant tout ce qu’il possédait pour sauver sa vie. Il déroba sa tête à ses ennemis en se cachant dans les bois el les déserts, jusqu’à ce qu’il eût atteint la limite de son royaume et du territoire des Bretons de Cornouailles, au confluent des rivières «le Thone et de Parret. La se trouvait une presqu’île entonnée de marais , refuge des bêtes fauves. Alfred s’y retira seul et ayant aperçu la cabane d’un pâtre, il y frappa et demanda l’hospitalité. Interrogé sur son nom, il dit qu'il était un desthanesdu roi Alfred obligé de fuir
Pr«njre* dri Danon tou» le roi Golhrun.
Retraite
d’Alfred.
devant les envahisseurs du royaume. Il fui reçu, et vécut là quelque temps au milieu des privations et réduit à cuire le pain qu’il partageait avec le pâtre et sa famille
Les Danois prirent possession de son royaume. Un grand nombre d’habitants s’enfuirent devant eux avec leurs femmes, leurs enfants et ce qu’ils purent emporter de leurs biens ; les uns gagnèrent le rivage de l’Océan et passèrent dans la Gaule, d’autres cherchèrent un refuge au milieu des Bretons du |>ays de Galles : ceux qui demeurèrent comprirent trop tard que la conquête par l’étranger était pour un peuple le plus grand des malheurs, et ils tournèrent de nouveau leur pensée vers le roi qu’ils avaient chassé et qui maintenant préférait la vie la plus dure à l'esclavage.
Alfred, cependant, sous le poids de l’exil et de la |>auvreté rentrait en lui-même, songeait aux moyens de délivrer son peuple, et mettait son àme au niveau de son devoir royal et de sa glorieuse entreprise. Quelques amis découvrirent sa retraite et vinrent le rejoindre; il les remplit de son ardeur généreuse, et, avec leur aide, il entoura d’abord sa retraite de quelques retranchements en terre et en bois, et l’ile ainsi transformée en forteresse fut mise à l’abri des surprises de l’ennemi. Manquant de
I. lin jour, que le porcher «Hait sorti comme de coutume avec ion troupeau, Alfred étant demeuré seul avec 1a femme du pâtre dam la cabane, celle-ci mit des pains devant le feu et dit au roi d'en surveiller 1a cuisson. Le roi, préoccupé de ses infortunes, oublia les pains et les laissa briller. Son liùtessc a'en aperçut et l’accabla de reproches: • A quoi pensez-vous donc? lui dit-elle, êtes-vous trop fier pour retourner ce pain? quelle confiance peut-on mettre en vous? fussiez-vous noble, encore seriez-vous heureux de manger de ce pain brûlé par votre négligence! ■ Alfred, rappelé à lui-même par ces dures paroles, les écouta avec patience et douceur, et fut plus attentif a la cuisson des pains. (Asser, fie d’Alfred. — Ms.f.laud. A 5, p. 1 37.)
ALFBE1) LE GKAMI.
toute chose , et, de roi qu'il était, devenu chef de quelques partisans, il vécut quelque temps de ce qu’il enlevait par les armes aux païens ou même aux chrétiens saxons qui s’étaient lâchement soumis à la domination étrangère 11 menait cette rude vie depuis six mois, et déjà le lirait de scs exploits commençait à se répandre, lorsqu’une flotte danoise jeta sur les côtes septentrionales du Devonsliire de nouveaux ennemis : à leur tète marchait le sanguinaire Ubbo, fils de Ragnar.
Alfred alors comprit que le moment d’atfranchir son pays était venu. Ses émissaires parcoururent son royaume, appelant aux armes les Saxons fidèles, pour la septième semaine après Pâques. Le projet du roi était d’attaquer le principal camp des Danois, situé à Ethandun, sur la frontière des comtés de Wilt et *de Sommerset et près d’une forêt appelée Selwood ou le grand bois. Le rendez-vous fut donné à l’extrémité orientale de la foret et près de la pierre A’Eybtrl , célèbre dans les traditions du pays.
Alfred voulut s’assurer par lui-même de la position des ennemis et de leurs forces. On dit qu’il entra dans leur camp sous l’habit d’un joueur de harpe et se promena de tente en tente , divertissant , par des chants saxons, l’armée danoise dont le langage différait peu du sien.
Les Saxons répondirent à son appel : beaucoup ignoraient ce qu’il était devenu et le croyaient fugitif dans les contrées étrangères; ils accoururent en foule «les provinces voisines au lieu assigné : Alfred, leur roi, et bientôt leur libérateur, fut salué d’unanimes acclamations,