ALFRED I.B CH AND
entre Gothrun et Alfred. Le premier stipulait un même prix |H)ur la vie d’un Anglo-Saxon et pour celle d’un Danois, et marquait les limites respectives des deux États: celles-ci furent le cours de l’Ouse et une ligne qu’on supposa tracée de la source de la Lea jusqu’à Bcdfort. Le second traité fut un engagement mutuel de propager la religion chrétienne , de punir l’apostasie et de respecter les lois des deux nations. Golhrun demeura ainsi en possession de la Northumhrie, où il employa tout son pouvoir à faire de son peuple de pirates un peuple de colons et d’agriculteurs; il y réussit en partie, et là comme partout la propriété du sol et les habitudes d’une vie sédentaire furent un premier pas vers la vie civilisée.
Alfred, après ses victoires, fut obéi et respecté, comme roi et comme libérateur, dans toute la partie méridionale de la Grande-Bretagne, auparavant divisée entre les quatre États d’Essex, de Kent, de Sussex et de Wessex : ces quatre royaumes n’en formèrent plus qu’un seul sous le nom d’Angleterre , dont un cinquième royaume saxon , celui de Mercie, jieut être considéré comme une enclave. Cet ancien royaume avait aussi reconnu l’autorité suprême d’Alfred, qui en donna le gouvernement à l’eldorman Ethelred, son gendre. Les Bretons du pays de Galles, délivrés eux-mêmes par les talents d’Alfred et par la terreur <le son nom, du fléau des invasions danoises, et fatigués de leurs divisions intestines, sc mirent sous sa protection et lui rendirent hommage.
La journée d’Ethandun procura quinze années de paix aux Anglo-Saxons et Alfred les employa utilement à civiliser son peuple et à doubler ses moyens de défense. Nul ue mit mieux en pratique ce grand principe, que pour
Sytlfrme
militaire
d’Alfred.
maintenir la paix il faut être prêt pour la guerre, et, avant d’examiner ce qu’il a fait pour la civilisation de ses sujets, voyons comment il accrut leurs forces militaires et l’usage qu’il en fit.
Los invasions danoises avaient renversé la plupart des lignes de forteresses qui auparavant s’élevaient entre chaque royaume. Après la réunion du plus grand nombre des États saxons dans les mêmes mains, la défense fut dirigée uniquement contre l’ennemi du dehors. Alfred fil lever les plans des côtes et des rivières navigables et construire des châteaux-forts dans les lieux où il était le plus facile de s'opposer au débarquement de l’ennemi ou d’arrêter ses progrès. Il donna en même temps tous ses soins à la création d’une marine, et après avoir construit des bâtiments sur le modèle des navires danois, il donna aux siens plus de hauteur et une longueur double. Alfred réunit dans les différents ports et aux embouchures des fleuves des escadres toujours prêtes à mettre à la voile cl à repousser l’ennemi du rivage; enfin, il fit armer les habitants des villes et leur en confia la défense.
C’est ainsi qu’Alfred protégea longtemps son pays contre les invasions redoutables qui désolaient le continent, et, lorsqu’en l’année 893, le plus terrible des rois de la mer, le farouche Hastings, apparut sur les côtes de la Grande-Bretagne, les Anglo-Saxons étaient en état de le combattre, et Alfred le vit fuir devant ses armes victorieuses.
L’affranchissement de son peuple n’est qu’un des titres d’Alfred à la reconnaissance de son pays. Ce fut sans doute le but de ses efforts, mais son objet principal fut de le civiliser, de l’élever au premier rang des nations.
ALFRED LE GRAND
par la culture des intelligences et des âmes. 11 mit en œuvre, pour ce dernier objet, quatre moyens également efficaces : de bonnes lois , qui consolident au dedans la paix et la sécurité obtenues aux frontières par les armes; la justice, sans laquelle les bonnes lois ne sont rien; l'instruction, qui élève le cœur, l’exemple qui le fortifie.
Il rédigea, de concert avec ses vvitlans, un code de lois qu’il composa d’un mélange des lois du peuple hébreu les plus applicables au sien, et des prescriptions des apôtres, auxquelles il ajouta, en les améliorant, un choix des anciennes ordonnances des rois ses prédécesseurs. Il forma son code de ces trois éléments et lui donna le nom imposant de Livre du jugement (Dom boc).
Alfred sut choisir les hommes chargés d’appliquer les lois et de rendre la justice, et fut impitoyable pour les juges iniques et corrompus ; il n’apporta dans aucun acte de la souveraineté une attention plus sévère que dans l’administration de la justice. Autant il se montrait prompt à punir les juges prévaricateurs, autant il mettait de patience et de zèle à éclairer les juges sujets à faillir plutôt par insuffisance de lumières que par défaut d’équité. Ce roi, jadis si superbe et d’un accès si difficile aux malheureux, instruit maintenant à l’école des afflictions, prenait à tâche de réparer les torts de sa jeunesse ; il offrait à tous un recours à son propre tribunal, contre les abus des tribunaux inférieurs, et il écoutait avec une bonté paternelle et infatigable les plaintes du puissant et de l’opprimé 1 .
Ce grand prince voyait avec douleur, dans ses États,