LIVRE I. Cil WITHK II
faisait élever dans les prinei|>cs les plus purs de la morale, et ne dédaignait pas de les instruire lui-même
La beauté de son âme se reflétait sur ses traits, sa démarche était noble, son abord plein de grâce. Dans scs rapports avec les hommes il était d’un commerce affable, d’une humeur enjouée , et s’informait soigneusement de toute chose, montrant sans cesse une extrême ardeur à s'instruire cl à tout connaître.
Kmpinî Po u r assurer le meilleur emploi de ses revenus il avait
‘ll’ ordonné d’en faire deux portions égales; il subdivisait la
s revenus. 1 r 9
première en trois parts; avec l’une il rétribuaitou récompensait ses ministres, ses officiers et ses domestiques; avec la seconde, il faisait des présents aux étrangers attirés dans sa cour; avec la troisième entin, il soldait des architectes et un nombreux corps d’ouvriers. C’est ainsi qu’il lit d’importantes constructions sur plusieurs points de ses domaines et qu’il parvint à relever quelques villes presque réduites en cendres, et à effacer, dans Londres même, les traces des affreux ravages des Danois. La seconde moitié de scs revenus était consacrée à l’entretien des écoles, à des fondations pieuses et à d'abondantes aumônes qu'il répandait jusque dans les pays étrangers.
Ce grand et vertueux prince recueillit les fmits de sa sagesse et de scs nobles efforts. Non-seulement ses sujets anglo-saxons demeurèrent fidèles et soumis, mais les peuples de races différentes, les bretons, les Pietés, les Danois, tous ceux, enfin, qui étaient établis de son temps dans la Grande-Bretagne, maintinrent la paix avec lui dans les dernières années de son règne, et lui rendirent
4. Omnibus boni» moribus intli lucre cl lit loris imbucre sol us die nncluque inlcr estera non deiineUl. (Atscr, ibid.)
AI. F RED LE GRAND
hommage. Sa renommée s’étendit au loin sur le continent, et beaucoup d’hommes nobles ou obscurs venaient du pays des Francs, de la Frise ou d’autres contrées, se soumettre à ses lois.
L’histoire a conservé ses dernières exhortations à son Tds Edouard qui lui succéda. « Approche, mon cher fils, lui dit-il, je crois «pie mon heure est venue; mes forces s'affaiblissent, nous allons nous quitter, moi, pour visiter un autre monde; toi, pour demeurer dans celui-ci en possession de tous mes biens. Je t’en conjure, mon lils, sois non-seulement le seigneur, mais le père de ton peuple, l’appui des orphelins et l’ami des veuves ; soulage le pauvre , protège le faible et punis le méchant de tout ton pouvoir. Gouverne-toi par la loi , et Dieu t’aimera et sera ta récompense. Adresse-toi à lui dans tes nécessités, il t’aidera et fera réussir tes entreprises selon tes vœux. »
Peu de temps après, Alfred rendit à Dieu sa grande «âme; il mourut âgé de 42 ans, le 2G octobre de la dernière «innée du ix' siècle.
Nous nous sommes à dessein longtemps arreté sur ce prince, objet d’admiration pour ses contemporains et d’étonnement pour la postérité, le plus accompli, peut-être, entre tous ceux qui ont occupé un trftne. Dès l’enfance, orphelin, et plus tard entouré d’obstacles qui auraient arrêté une âme vulgaire, il finit par les surmonter tous, et triompha de ses adversaires comme de lui-même. Dans un siècle d’ignorance et île superstition, il montra une raison éclairée , une foi pure, exempte de fanatisme et de servilité : à une époque oii la force décidait presque seule des affaires humaines, il mit avec lui la loi sur le
cxlioi talion*
son lils.
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d'Alfred
trône : il fut du petit nombre de ceux en qui les nobles dons de l’imagination n’ont nui ni à la conduite des hommes, ni à la pratique des affaires; et nul ne réunit à un plus haut degré, en sa personne, cet ensemble de qualités qui constituent l’homme complet. On découvre dans l’âme d’Alfred trois mobiles principaux, sources des plus grandes choses : l'amour de la patrie , l’amour de la gloire, l’amour de la vérité. Un beau nom était à ses yeux un bien supérieur à tous ceux que procurent les honneurs elles richesses, et il obtint |>our lui-même, outre celui de Grand, le nom le plus beau et le plus rare, à ce faîte où l'on se persuade trop aisément que la dissimulation est une des conditions de la force, il fut surnommé le Vkridiqce. On jieut dire d’Alfred ce qu’un historien célèbre a dit, de nos jours, de Charlemagne: « Il fut illustre comme guerrier, comme administrateur et législateur, comme protecteur des sciences, des lettres et des arts1. «Mais il eut en trois choses l’avantage sur ce prince : il vainquit ses penchants vicieux et réussit à acquérir luimême ce trésor de connaissances dont il voulait doter sa nation; redoutable à la guerre, il ne tira l’épée que pour la plus sainte des causes, pour l'affranchissement de son pays; agissant entin dans des limites moins vastes, il ne réunit sous ses lois ou sous son influence que des peuples destinés par la nature et par la force des choses à ne faire plus tard qu’un seul et grand peuple, c’est pourquoi son œuvre lui survécut; et tandis que Charlemagne, en mourant, vit commencer la dissolution de son empire européen , Alfred laissa la monarchie anglo-