ÈGL1SE A.NGLO-SAXONXE AL IX' ET AU X* SIÈCLE
à vrai dire, que la réaction de l’autre. Le clergé séculier avait oublié, au x* siècle, presque partout les vertus qui liront sa gloire à la chute de l’empire, et jusqu'à la fin du vin* siècle. Rome elle-même, où des papes indjgnes se succédèrent dans la chaire de saint Pierre et de Grégoire le Grand, était devenue un foyer de désordre et de corruption. Les empereurs et la populace avaient disposé tour à tour de la couronne pontificale. Ces scandales donnés à la face du monde, dans le foyer même du catholicisme, furent une des causes du relâchement des mœurs dans l’Église. Il y en eut beaucoup d’autres : le clergé était devenu fort riche par suite des libéralités des rois, qui en donnant à l’Église croyaient donner à Dieu même, et se racheter ainsi des peines éternelles. Du moment que l’Église fut le grand chemin de l’influence et de la fortune, une foule d’hommes sans vocation s’y précipitèrent, préoccupés surtout d’acquérir, de jouir et de conserver. Les prêtres oublièrent leurs vœux d’abnégation et de continence, et déjà le système féodal, qui assujettissait l’homme à sa terre, à sou fief, enlaçait dans son immense réseau l’Europe continentale et commençait à se développer en Angleterre. Le clergé fut forcé,comme tous les autres possesseurs, de se soumettre aux exigences de ce système; il dut acquitter militairement la charge de ses fiefs, de ses bénéfices : de là, pour lui, l’adoption de nouvelles habitudes bien différentes de celles de la vie dévote.
L’austère discipline, la sainte règle d’Augustin, de ses compagnons et de leurs successeurs, dans le vir et le vin* siècles, reçut aussi une profonde atteinte des invasions danoises durant le ix' siècle, et le relâchement des mœurs chrétiennes dans le clergé séculier fut alors ac-
Corruption
.lu
clergé
au
\ • siècle.
Saint Duntlan .
Son
caractère cl ton entreprise.
compagne «le la désolation et de la ruine des établissements monastiques.
Il parut en Angleterre, vers le milieu du siècle suivant, un homme qui voulut porter remède à cette double calamité. La tâche était grande, difficile et demandait un caractère d’une trempe peu commune : celui qui l'entreprit avec succès, et que l’Église a canonisé, fut saint Dunstan. Exalté sans mesure par les auteurs catholiques, comme doué de dons surnaturels, et méconnu par les protestants, qui n’ont voulu voir en lui qu’un ambitieux imposteur ', Dunstan réunit en sa personne le double caractère du grand homme et du saint : il fut un homme d'un génie fécond, d’une nature ardente et extatique, de mœurs pures et austères, très-porté à l’enthousiasme, et doué d’une volonté forte, telle qu'il en faut pour accomplir de grandes choses.
Ami et conseiller du roi Edrcd, il refusa le siège épiscopal vacant de Winchester, et à la mort de ce prince il n’était encore qu’ahbé de Glastonburv ; mais une dignité nouvelle ne lui aurait pas donné plus d'influence qu'il n'en avait acquis déjà par sa science; par scs pratiques austères et par sa piété. C’est alors qu'il conçut le projet de réformer l'Église anglo-saxonne, de rendre le clergé plus fort, plus indépendant du monde et des pouvoirs temporels ; et, pour y parvenir, il eut en vue trois objets principaux, savoir : obliger le clergé à la continence, introduire dans tous les monastères la règle de saint 1 tendit, et expulser des canonicats et des prébendes des cathédrales tous les ecclésiastiques mariés, en les remplaçant par des bénédictins.
I 11 u me surtout a Iraco île Duusl m le plus odieux portrait.
EDWY.
lia
Le monarque, |»ar sa volonté, par son exemple, aurait pu aider au succès des réformes; mais le jeune Edwy, successeur d’Edred, était, de tous les hommes assis sur un trône, le moins propre à seconder une telle entreprise.
Prince avide et débauché, Edwy, s’il faut en croire les chroniques contemporaines, accabla les peuples d’exactions, dépouilla de puissants thanes, enleva aux Églises plusieurs concessions des rois ses prédécesseurs, et s’abandonna sans frein à ses penchants déréglés.
11 avait formé une liaison illicite ou contracté un ma- <jUPrriic3 riage prohibé avec une jeune femme d’une grande beauté r0l'V'tiwy nommée Elgive, et il refusait de s’en séparer. Soit légè- ci .1° reté, soit licence, il ne craignit pas, le jour même de son n, sacre, de donner un grand scandale. 11 quitta son siège au banquet royal, courut s’enfermer dans l’appartement d’Elgive, et là, oubliant ses convives et sa couronne, dont il rejeta le fardeau, il s'abandonna aux Iransitorts de sa intssion. Offensés de la retraite et de la disparition du roi, les membres de l’assemblée chargèrent deux prélats de le ramener; l’un d’eux était Dunstan. 11 suivit le prince voluptueux jusque dans la chambre d’Elgive, l’arracha de ses bras, et, affermissant la couronne sur sa tête, il lui reprocha sa passion coupable. Irrité à son tour, le roi lit saisir ses propriétés et le chassa de son abbaye. Dunstan prit la fuite, et comme il quittait le rivage, des soldats accouraient avec l’ordre de le priver' de la vue. 11 leur échap|>a et se retira en Flandre où il trouva l’hospitalité ; mais il laissait un vengeur derrière lui. Ce vengeur fut l’archevcque de Cantorbéry, Odon; celui-ci se saisit d’Elgive , lui fit brûler le visrfge avec un fer ardent et la banni! du royaume, lue partie des sujets d Edwy, dans
1 i* LIVRE I. CUAPITKE II.
la Mercie et la Northumbrie, étaient alors en armes contre lui. Cette révolte fut peut-être la cause qui empêcha Edvvv de défendre Elgive eide la venger et qui força ce prince à dissimuler son ressentiment vis-à-vis de l’archevêque. L’insurrection des Merciens et des Northumbres s’étendit rapidement, Edwy voulut en vain réduire ces peuples, ils prirent pour souverain Edgar, son frère, âgé de 23 ans seulement; l’Angleterre fut ainsi |iartagée entre les deux frères, et la Tamise sépara leurs États. Elgive, ccpendant, guérie de ses blessures, avait retrouvé en partie sa fatale beauté; l’infortunée accourut pour son malheur rejoindre Edwy dans ses luttes contre les rebelles, et tomba entre les mains de ses ennemis. Ils prononcèrent sur elle une affreuse sentence, et lui firent couper les jarrets; elle mourut après quelques jours d’atroces douleurs. Edwy lui survécut peu, un ancien auteur assure qu’il périt assassiné, plusieurs autres s’accordent à dire que le chagrin abrégea ses jours : il n’avait régné que quatre années.
Atÿutmcni Edgar, son frère et son successeur, eut le singulier J t<lg,r’ bonheur de maintenir pendant seize ans, et sans tirer (959) l’é|>ée, la monarchie anglo-saxonne au plus haut degré de puissance cl d’unité qu’elle ait jamais atteint, et il serait difficile de dire ce qui l’bonora davantage, la splendeur dont brilla sa couronne, ou le titre de pacifique qu’il reçut de ses contemporains et «pic la postérité confirma.
Élevé après la mort du roi Edmond son père, par un parent du nom d’Alhelstane, caldorman ou comte de la Mercie, il fut adopté par le peuple de cette contrée : nous avons vu qu’ils contraignirent son frère à le leur accorder pour souverain, et, lorsqu’après la mort d’Edwy, Edgar
EDGAR
fut monte sur le trône île Wessex, les Mcrciens et les Danois, «jui dans la précédente guerre avaient fait cause commune, considérèrent ce prince comme l’homme île leur choix, et lui demeurèrent fidèles ; les anciens royaumes des Anglo-Saxons, des Northumbres et des Mcrciens subsistèrent ainsi paisiblement réunis sous son règne.
Edgar fit plusieurs choses utiles à la prospérité de ses États : il protégea le commerce et les étrangère, que le besoin du trafic attirait en Angleterre des rivages de la Saxe , du Danemark et de la Flandre 1 : il rendit sa valeur véritable à la monnaie, dont il établit l’unité dans ses États, ainsi que celle des poids et mesures : il maintint une stricte administration de la justice, préserva son pays des invasions étrangères, par l’entretien d’une flotte trèsnombreuse, qu’il partagea en trois divisions stationnaires, chacune sur une des trois côtes de la Bretagne, et lui-même faisait chaque année le tour de l’ile à la tète d’une de ses escadres : enfin il empêcha les soulèvements et les guerres intestines, en montrant beaucoup de respect pour les coutumes des Danois, et une sollicitude constante pour leur prospérité.
Parmi les actes utiles du gouvernement d’Edgar, il faut compter encore la destruction totale des lou|>s, qui, chassés à outrance sur ses terres, s’étaient réfugiés dans le pays de Galles : Edgar parvint à les y détruire, en changeant le subside pécuniaire imposé aux Gallois par le roi Athclstane en tribut annuel de trois cents tètes de loup. Ces animaux malfaisants disparurent ainsi en peu d’années du sol de l'Angleterre.
Stgc
administra-
tion
de
ce p. ri lire.
Destruction
des
loups
en
Angleterre.