I. Loti d Edgar
R^oime L'événement le plus remarquable du règne de ce tio.^ prince, est la réforme du clergé opérée par Dunstan, qui, sous Edgar, jouit d’une faveur sans bornes. Élevé Oun»itn. presque en même temps aux deux sièges épiscopaux de Worccster et de Londres, et plus tard au siège primatial de Cantorbéry, Dunstan , secondé par les évêques Osvvald et Ethelwaldj.put accomplir son grand projet de réformalion. 1I fit racheter les terres confisquées ou vendues d’une foule de monastères, il releva les édifices religieux abattus ou dévastés; en peu d’années, les grandes abbayes de Glastonbury, d’Abbington, d’Ely, de Pelerborough, et de Malmesbury, redevinrent florissantes ou sortirent de leurs ruines. Il en fit construire beaucoup d'autres, où il introduisit la règle bénédictine. 11 soumit partout le clergé à l’ancienne discipline, persécuta les prêtres mariés ou concubinaires, les chassa et fit remplacer les chanoines des cathédrales par des religieux de l’ordre de Saint-Dcnoît, ou |>ar des prêtres qui en adoptèrent la règle. La difficile entreprise de Dunstan fut autorisée par la cour de Borne, et, pour réussir, il eut un égal besoin de l’autorité qu’il exerçait comme archevêque de Cantorbéry, et de l'ascendant que lui donnait la réputation de ses vertus austères et des dons surnaturels qu'on lui attribuait. Le roi Edgar prit une part fort active à cette œuvre de réformation, trop violente sans doute, mais que la décadence du corps ecclésiastique et le relâchement de ses mœurs avaient rendue nécessaire.
Les moines reconnaissants ont accordé de grands éloges à ce roi, mais ils n’ont pu taire entièrement ses fautes, car il joignait de grands vices à des qualités éminentes. Son aventure avec la belle Elfride a été célébrée par les
EDGAR
romanciers et les poètes. Elfride était tille d’Adgar, comte de Devonsliire ; le bruit de sa beauté parvint au roi , <|ui chargea un de ses officiers, nommé Athelwald, de la voir et de lui en rendre compte. Athelwald vit Elfride et fut ravi de ses charmes. Sa passion le rendit infidèle envers le roi, il fit un rapport défavorable de la beauté d’Elfride, puis il demanda secrètement sa main et l’épousa. Le roi soupçonna la vérité; mais, dissimulant sa colère, et désirant juger par lui-même, il fit annoncer sa visite aux nouveaux époux. Athelwald, épouvanté, apprit à sa femme ce qu’il savait seul , et la conjura d’altérer ou de voiler autant que possible sa beauté redoutable ; mais Elfride, irritée d’avoir perdu une couronne, ne négligea rien au contraire pour paraître devant le roi dans tout l’éclat de ses charmes, et elle réussit à l’enflammer. Edgar se contint d’abord, mais, traversant un jour une forêt avec Athelwald, il le perça de son javelot, et ensuite il épousa sa veuve.
Le roi d’Écosse Kenneth obtint de la générosité d’Edgar, la province du Lothian, qui auparavant faisait partie de la Northumbrie. Elle était pauvre, improductive, exposée sans défense à de fréquentes incursions; Edgar, en l'abandonnant à la couronne d’Écosse, spécifia ([ue ses habitants garderaient leurs lois, leurs coutumes et leurs mœurs : Kenneth obtint encore d’Edgar douze domaines, situés dans différentes provinces de l’Angleterre et |iour lesquels il lui rendit hommage.
Fier de sa puissance et de sa grandeur, Edgar s’intitula roi des Anglais et des nations voisines, monarque d’Albion et souverain des rois des îles. On rapporte, durant un séjour qu’il fit à Chcster, un trait remarquable de sa
Aventure * d’Klfride.
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du
ro» EJgar.
puissance ou de son orgueil. Dans une promenade qu'il lit sur la Djee, de Chester à l’alihayc de Saint-Jean, il prit place au gouvernail et obligea huit rois ses vassaux, à tenir les rames : les prélats et les tlianes suivaient dans leurs barques, tandis que la multitude sur le rivage remplissait l’air d’acclamations. « Mes successeurs, dit Edgar . à son retour, |>ourront se croire des rois lorsqu'ils commanderont à tant de princes. »
> mort. Edgar mourut deux années après son sacre, en 97ë. Il (97r.) avait été marié deux fois, et laissa d’Elflède, sa première femme, un (ils nommé Edouard qui fut son successeur. L'ambitieuse Elfride, veuve d’Athehvald, lui avait donné deux fils, dont l’un seulement, Ethelred, survécut à son père et régna dans la suite |>our son malheur et pour celui de son pays.
Le règne d’Edgar est, sinon le plus brillant, du moins le plus heureux de la monarchie des Anglo-Saxons. L’é- | toque où la royauté paraissait atteindre chez ce peuple à ses plus hautes destinées correspond à celle de la chute des Carlovingicns et du grand abaissement de la couronne sur le continent.
Cependant, à beaucoup d’égards, la grandeur et la prospérité de la monarchie anglo-saxonne à celte é|>oque avaient plus d’apparence que de solidité; elles tenaient à des causes accidentelles et surtout au rare mérite de quelques hommes «pii, depuis près d’un siècle, avaient successivement occupé le trône. Cet éclat, tout extérieur dérohaitaux yeux de nombreuses princqtcsde dissolution : on le reconnut bientôt, et quelques années d’un gouvernement faible et incapable suffirent |>our enlever à la monarchie et à la nation une partie des avantages obte-
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nus par une longue série de règnes glorieux. Le principe protecteur de la transmission héréditaire de la couronne, selon l’ordre de primogéniture, n’était point admis par les Anglo-Saxons, et déjà, vers le milieu du x* siècle, sous le règne du voluptueux Edwy, ce peuple avait beaucoup perdu de son respect traditionnel pour la race d’Odin et de Cerdic. La puissance de la religion, considérée au point de vue spirituel et dans son action sur les âmes, était également fort affaiblie.
Il y avait en outre pour cette monarchie un danger permanent dans les éléments divers dont elle était composée. Non-seulement les Danois peuplaient les provinces du nord et de l’est, ils étaient aussi très-répandus dans celles du sud , toujours prêts à conspirer et à guerroyer avec les hommes de leur race venus du Danemark et de la Norwége : la nation enfin, durant un long règne tout pacifique, avait perdu une grande partie de son énergie belliqueuse.
Les conséquences fatales d’un semblable état de choses ne tardèrent point à se produire, et déjà la société était en proie à des maladies morales qui, d’abord inaperçues, grandirent tout à coup avec les périls : toutes ces causes de décadence et de ruine, encore cachées sous le brillant règne d’Edgar, prirent un développement formidable sous celui de ses fils, et nous verrons les Danois, de nation vaincue, dépendante et tributaire des Anglo-Saxons, devenir en peu d'années leurs conquérants et leurs maîtres
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Causes
île
décadence.
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