PÉRIODE ANGLO-DANOISE
Règnes des fils d'Edgar. — Nouvelles invasions et conquêtes des Danois, jusqu'à la mort d'Edmond (COtc-de-Kerl.
Il n’y eut dans la race royale, à la mort d’Edgar, aucun homme en âge de gouverner, et le choix des wittans fut malheureusement limite entre les deux fils d’Edgar, Edouard et Éthclred, enfants tous deux, et nés de mères différentes : le premier avait douze ans, le second en avait sept. Elfride, mère d’Éthelred, entreprit de faire couronner son fils au mépris des droits de son frère ainé Édouard, que soutenait le primat Dunstan, et l’Angleterre fut ainsi quelque temps divisée. L'archevêque triompha : dans une assemblée générale des witlans, il établit d’une manière victorieuse les droits de l’ainé des deux frères; Édouard fut élu et couronné.
Dunstan conserva sous ce règne toute son influence : un événement fameux, où la foule vit un miracle, contribua fortement à soutenir son crédit. Dans un conseil des grands et des prélats, convoqué à Colne, Dunstan, répondant à ses adversaires, commit à Jésus-Christ sa cause et celle de son Église, et aussitôt, la voûte sous la
EDOUARD LE UARTYR. 1 3 f
salle s'enfonça, les assistants furent précipités, Dunstan seul échappa au ‘péril. L’opinion se répandit que Jésus- Christ s’était prononcé pour lui en l’épargnant entre tous, et son autorité parut dès lors confirmée par Dieu même.
Le règne d’Édouard eut une fin tragique et prématurée. Seul, un jour, au retour de la chasse, dans la forêt de Dorset, ce jeune prince, accablé de fatigue et de soif, reconnut qu’il était dans le voisinage du château de Corfe, qu'habitaient alors sa belle-mère Elfridc et son fils. 11 s’y dirigea sans crainte, prémuni par son innocence même contre les soupçons, et s’arrêtant aux portes, il y fut reçu j>ar sa belle-mère avec des paroles pleines de grâce et de perfidie. Une coupe lui fut présentée, et tandis qu’il la portait à ses lèvres, un assassin soudoyé par Elfride lui plongea dans le corps un poignard et le tua.
Jamais, dit la Chronique saxonne, crime plus noir n’avait été commis depuis le jour où les Anglo-Saxons abordèrent sur les eûtes de la Bretagne. Leur monarchie parut en avoir reçu elle-même une mortelle atteinte, et, sous les règnes suivants, lorsque les Danois infligèrent aux Saxons les plus grands maux, ce fut une croyance populaire que la colère céleste poursuivait sur toute la nation le meurtre de la victime innocente.
Éthelred succéda à son frère et son règne est un des plus funestes dont l’histoire d’aucun peuple ait gardé le souvenir. Ce prince doit être compté parmi ceux qui par leur caractère semblent prédestinés à perdre leur couronne ; et à cette grande cause de ruine pour les Anglo- Saxons, il s’en joignait alors beaucoup d’autres. Pour con-
Éliii'Ired II. (9T9)
Invtsioiis
ravages
de»
Danois.
Tribut payé par
Élhelred.
Lâche
politique.
Nuit de la
Saint- Brice.
Massacre de»
Danois.
jurer tant de périls, il aurait fallu un chef vaillant et fort à la tête des armées, et non un enfant incapable |>orté jvar une femme scélérate sur un trône sanglant.
Élhelred n’avait que dix ans à l’époque de l'assassinat de son frère, et dès le commencement de ce règne funeste, des vaisseaux danois abordèrent sur divers points des côtes du royaume, et leurs équipages commirent d’affreuses déprédations. Élhelred, mal conseillé, aima mieux acheter au poids de l’or la retraite volontaire des Danois, qu’exposer sa vie pour les chasser. 11 paya un honteux tribut de dix mille marcs d’or aux étrangers, et ceux-ci s’éloignèrent. Mais on vit bientôt les conséquences inévitables d’une conduite si lâche, elle ôta toute confiance dans leurs forces aux Anglo-Saxons, encouragea les sujets danois des provinces du nord à la défection et à la révolte, et enflamma la cupidité des étrangers par la facilité meme qu’ils avaient trouvée à la satisfaire. Ils revinrent l’année suivante, plus nombreux pour obtenir une plus forte somme, et la Northumbrie se rangea sous les drapeaux des envahisseurs. Les chefs saxons trahirent leur devoir et durant huit années les ravages succédèrent sans interruption aux ravages, et deux fois Élhelred acheta en vain la paix par un nouveau tribut. Exaspéré alors par son malheur et par la défection d’un grand nombre de ses sujets danois, il eut recours à la dernière ressource des faibles et des traîtres, aux complots et aux meurtres, et dans la nuit de la Saint-ltricc (1002) tous les Danois répandus dans les districts du sud furent impitoyablement égorgés '.
4 . Ce massacre n'atteignit pas son but, même dans le sud où il lui eséculé; il ne s'étendit point dans les districts du nord. (Vov. k ce sujet Worsac, Ar-
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Étliclred, en faisant égorger tant de sujets d’une fidélité douteuse ou suspecte, avait cru échapper à un péril redoutable et perpétuel, mais de si grands attentats ne procurent pas à leurs auteurs la paix et la sécurité qu’ils en attendent. Une sœur du roi de Danemark Sweyn, nommée Gunhild, épouse d’un noble anglo-saxon, récemment baptisé, avait été enveloppée dans cette exécution barbare; elle avait vu massacrer devant elle son mari et ses enfants, et en expirant sur leur corps, elle prédit la vengeance qui allait fondre sur les bourreaux. Les horreurs de cette effroyable .tragédie furent suivies de près par les fêtes du mariage d’Éthelred. 11 s’était flatté de trouver un puissant secours contre la vengeance des Danois , dans l’alliance de Richard H, duc de Normandie, et il épousa sa sœur Emma, mais il la négligea pour des femmes perdues; il blessa ainsi profondément l’âme hautaine de cette princesse, et son frère ressentit autant qu’elle cet outrage. Éthelred, à l’heure du péril, ne trouva jvoint dans le duc Richard l’assistance espérée , et les derniers vœux de l’infortunée Gunhild furent trop exaucés. L’année suivante, son frère Sweyn, roi de Danemark, vint, ivre de fureur, à la tête d’une flotte et d’une armée plus terrible que les précédentes; il débarqua près d’Exeter qui lui fut livré par trahison, et il pénétra dans l’intérieur du pays, dévastant les campagnes, incendiant les villes, tuant les hommes, les femmes et les enfants.
L’effroi des populations, autant que l'audace des étrangers, ouvrait à ceux-ci toutes les villes et paralysait toute
ennui o[ Ike Djiki and \nnreyiant in tuytnnd, Scolland and liland. I #32, P '30.)
Vi'iifieencc
du
roi Sweyn (1003)
Marlyrc
du
primai
Elfége.
résistance, et Sweyn promena quatre ans sa fureur sur tons les comtés de l’ouest et du sud.
Un saint prêtre, dans cet immense désastre d’un grand peuple, donna un exemple d’héroïsme chrétien qui a été transmis à la postérité. Ce fut le vénérable Elfége, archevêque de Cantorbéry. La ville étant prise et incendiée par les Danois, on le vit se jeter au milieu des flammes et du carnage, indifférent à son sort, mais suppliant pour la vie des malheureux habitants, des moines, des prêtres, des femmes et des enfants réfugiés dans la cathédrale. 11 fut saisi, enchaîné; on mit le feu à l’église sous ses yeux, et l’on massacra ceux qui s’en échappaient. La vie de l’archevêque fut quelque temps épargnée: les Danois pressèrent enfin au prisonnier de lui rendre la liberté pour trois mille livres, s’il promettait d’engager le roi Élhelred à leur en donner douze mille. « Je n’ai pas en ma possession une somme si forte , répondit l’archevêque, je ne veux rien prendre à personne, et je ne conseillerai rien au roi contre l’honneur de mon pays. » Et comme les Danois insistaient avec fureur : « Je ne fournirai pas, dit Elfége, de la chair de chrétien aux dents païennes; je n’arracherai point aux pauvres, pour vous le donner, ce qu’ils ont amassé pour se nourrir. » Lassés de cette noble résistance, les Danois l’accablèrent sous un amas d'ossements, de cornes et de mâchoires de bœufs, débris de leurs repas, et l’achevèrent à coups de hache. Elfége fut honoré des Anglo-Saxons comme un martyr, et ils payèrent une forte somme pour racheter son corps.
L’expédient honteux auquel l’archevêque avait dédaigné de recourir pour sauver sa vie, Éthclrcd le pratiquait sans relâche, et l'époque de la mort d’Elfége coïncide
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avec celle où le roi, après avoir vu dévaster seize comtés du sud, signa, au prix de 48,000 livres, un traité d'alliance avec le dévastateur Turclitill, allié du roi Sweyn.
Pour acquitter tant d’énormes tributs, il avait fallu recourir à un impôt annuel et territorial, et c’est ainsi qu'au milieu de la désolation générale fut créée en Angleterre l’utile institution des taxes régulières et permanentes. Cet impôt, par lequel les Anglo-Saxons s’é- |nipM taient rachetés si souvent de la fureur des étrangers, fut nommé danegelt, taxe danoise, et on le maintint plusieurs siècles après que la cause qui l’avait fait établir eut disparu, en alléguant la nécessité de pourvoir à la défense du royaume.
L’alliance avec Turchtill, si chèrement achetée par Èthclred, ne garantit pas son malheureux pays du fléau <les invasions. Le roi Sweyn apprit ce traité avec colère, et résolut de conquérir la Bretagne et d’y régner. Il y aborda en l’année 1017 avec une nouvelle flotte. Éthcl- Fuite red, après une glorieuse mais inutile défense des liabi- ''c .uro'm.è- *’ tants de Londres, prit la fuite et se retira en Normandie avec sa femme et ses enfants, auprès du duc Richard, rui sweyn. son beau-frère. Sweyn se rendit à Bath, où les lhancs (iom) saxons lui rendirent hommage et il fut reconnu roi dans toute la contrée, où il régna en tyran avide et impitoyable.
Son triomphe fut de courte durée, il mourut à Gainshorough l’année qui suivit son élection. Les chefs danois donnèrent à Sweyn pour successeur son (Ils Canut; mais R«iabii(Kles thanes anglo-saxons rappelèrent Éthelred, dont le d^ih^cd ,, règne s’acheva au milieu des convulsions qui avaient
marqué son début. Une armée danoise, commandée par
Edmond II, dit
Cùlc-de-Fcr.
de
l’ Angleterre t-iilre Edmond rl
Canul.
Canut, lils de Swcyn , aborda dans file, et ses succès furent secondés par les défections, les trahisons et les révoltes des États anglo-saxons. Le roi Éthelrcd se vit enlever successivement presque tous les comtés |«ir son rival, et mourut (lût 6) assiégé par les Danois dans la ville de Londres, qui presque seule lui était demeurée fidèle.
Edmond, son fils naturel, surnommé Côte-de-Fer, lui succéda et fut par sa bravoure le dernier rempart de la monarchie anglo-saxonne. 11 s’échappa de Londres où il était assiégé, rallia autour de lui les Saxons du Wessex, força les Danois à lever le siège et remporta sur eux une éclatante victoire à Scearstain. Après de nombreux combats, Je sort de l’Angleterre fut décidé dans le comté d’Essex, à Assandun; là périt la gloire de l’Angleterre avec l’élite de la noblesse, et Canut, dit Guillaume de Malmesbury, gagna le royaume sur ce champ de bataille. Edmond cependant avait forcé ce prince à le craindre ; une pacification fut conclue et l’Angleterre partagée entre les deux chefs. La Tamise servit de limites : Canut eut la contrée au nord de ce fleuve; tout le pays au sud fut laissé à Edmond. Les deux rois firent , comme les héros des anciens temps, en signe d’alliance et d’amitié, l’échange de leurs armes et de leurs vêtements, et les deux armées s’éloignèrent l’une de l’autre.
Le vaillant Edmond survécut peu de jours seulement à ce traité. 11 fut visité de Dieu, dit une chronique contemporaine 1 ; ce qui dans le langage de l’époque signifie qu’il mourut subitement. Sa mort fut violente et soudaine ; s’il eût vécu, il aurait pu rétablir la monarchie