‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés. 1Chapitre 59 sur 202 · CANUT LE GRAND · texte numérisé non relu

CANUT LE GRAND

sa puissance s’étendit alors sur quatre royaumes , le Danemark, la Nonvége, l’Angleterre et l’Écosse, et il reçut de ses contemporains le grand nom de Charlemagne du Nord.

Ce prince fut du petit nombre de ceux que la fortune rend meilleurs en les comblant de ses dons, et l’ivresse de la souveraine puissance ne l’aveugla point sur les devoirs qu’elle impose; il les distingua mieux en s’élevant davantage. Le changement qui s’opéra en lui est un des plus remarquables exemples de l’influence de la religion dans un cœur, coupable sans doute de criminelles violences, mais que Dieu avait fait magnanime. Il se souvint qu’il devait compte du bonheur des hommes soumis à scs lois, et l’instinct féroce du barbare disparut graduellement en lui devant les vertus du chrétien. Il se reprochait le sang qu’il avait versé ; il déplorait le malheur des indigènes réduits en si grand nombre à la misère et au désespoir par les vengeances de son j>ère et par sa propre ambition; il sentit qu’il avait envers eux beaucoup à réparer, il les admit tous indistinctement, Anglo- Saxons et Danois, aux emplois et aux honneurs, et mit les deux nations sur le pied d’une parfaite égalité. Dans un wittena-gemot tenu à Oxford, il confirma les lois d’Edgar1, et exhorta les thanes anglais et danois à oublier leurs offenses, et à vivre en paix et en amitié. Dans une autre assemblée tenue à Winchester, il publia un code de lois empreintes la plupart d’un esprit de justice et de miséricorde et dont plusieurs dis|>ositions nous montrent en lui un prince sage et religieux.

4 Chrun. »ax., »n. 1018.

Canut réunit quatre fcrplnn dans va main.

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ce prince.

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du

toi Canut.

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Canut admit les codes séparés des différents peuples soumis à ses lois, ceux des West-Saxons et des Merciens qui existaient depuis les premiers temps de l’invasion saxonne, et le code des Danois introduit avec ces peuples dans l’Est-Anglie et la Northumbrie au commencement du ix* siècle. Il permit que chaque peuple fût jugé selon son code particulier; ces codes d’ailleurs ne différaient guère que dans la valeur des amendes imposées aux coupables. 11 allégea les charges imposées aux vassaux envers les seigneurs, par le système féodal qui dominait partout en Europe et commençait à prévaloir en Angleterre. Il étendit sa protection sur les héritières orphelines, trop souvent victimes de la tyrannie du seigneur, et décida qu’aucune fille ou veuve ne pourrait être mariée contre sa volonté.

Quelques traits de la vie de ce prince le feront encore mieux connaître. Il donna aux lois leur plus haute sanction en les déclarant obligatoires pour lui-même comme pour le dernier de ses sujets. Ayant un jour tué un soldat de sa garde dans l’ivresse ou dans la colère, il descendit de son trône aux yeux de la troupe entière réunie sous les armes, et s’avouant coupable, il exprima le repentir de son crime dont il demanda le châtiment. 11 prit six soldats pour juges, assura l’impunité aux votes, et s’asseyant humblement à terre, il attendit la sentence. Tant de grandeur d’àme arracha des larmes à ses guerriers; ils se retirèrent à l’écart pour délibérer et tombèrent d’accord pour laisser au roi le choix de la peine qu’il avait encourue. Canut accepta cet arrêt et se condamna à payer une amende presque décuple de celle que la loi imposait pour l’homicide.

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