‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés. 1Chapitre 6 sur 202 · I.A BRETAGNE AVANT JULES-CÉSAR · texte numérisé non relu

I.A BRETAGNE AVANT JULES-CÉSAR

La Bretagne, (le toutes parts baignée par l’Océan et dérobée par son éloignement aux peuples civilisés, était encore à peine connue des Romains lorsque Jules-César, un demi-siècle avant l’ère chrétienne, entreprit de la conquérir. Une très-faible partie du territoire avait été Aiprcl cultivée à cette époque et la contrée presque tout entière du P*r* avait un aspect sauvage. Vers le sud, l’œil n’apercevait que de vastes bruyères où la végétation était rare et chétive ; à l’ouest et au nord, le pays accidenté, coupé, défendu par des lacs et de hautes montagnes, était inaccessible aux étrangers; vers l'est, à l’embouchure des fleuves, s’étendaient d’immenses espaces marécageux que la mer recouvrait souvent et que le long séjour des eaux rendait inhabitables. On ne voyait, à l’intérieur, ni routes, ni canaux, ni villes dignes de ce nom : les deux tiers du pays étaient couverts de forêts de chênes et de pins gii. 1

2 INTHODICTIOX.

gantcsqucs a l'ombre desquels erraient de grands troupeaux de bêtes fauves : l’ours, l’hyène et d’autres animaux féroces peuplaient aussi le pays à une époque reculée et ils en disputaient la possession à la race humaine ' encore peu nombreuse.

Anciens Peu de détails nous ont été transmis sur les anciens lar«*".ls : hélants de la Bretagne. Il paraît constant que les Gaëls, ci Kymrif. peuple celte et presque aussi sauvage que les animaux errant dans ses forêts, habitaient seuls encore la contrée [dus de 600 ans avant Jésus-Christ, époque que l’on assigne à la première invasion des Kyinris. Les [dus anciennes traditions de la Bretagne 1 nous montrent dans 3 ceux-ci les descendants des anciens Cimmériens qui ha-

bitaient les bords du Pont-F.uxin, d’où ils furent chassés par les Scythes, et la souche commune de plusieurs colonies qui s’établirent dans Pile depuis le \ n* siècle. Hu le Cadarn ou le puissant, disent-elles, y conduisit le premier la nation des Kymris; ils vinrent du paysd’Été où est aujourd’hui Constantinople, et arrivèrent, à travers l’Océan, dans l’ile de Bretagne et dans le pays de Lyddaw (1’Armorique) où ils se tixèrent. Plus tard, et à une époque incertaine, un chef aussi redoutable et plus célèbre, nommé Prydain, (ils d’Aëd-le-Grand , sortit de l’Armorique et guida une nouvelle colonie dans l’île. Selon les Triades, ce même Prydain, législateur de son peuple, transmit son nom à l’ile entière, qui fut nommée Rritain ou Hrelatjve.

L’invasion des Kymris fut arrêtée au nord par les monts Grampiens, oii les Gaëls trouvèrent une barrière

♦ . Kilos nous onl élé conservées dans des récils en vois appelés Triades.

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infranchissable. Une longue suite de combats assujettit sans doute à la race kymrique toute la contrée au sud de cette chaîne. Les Gaëls continuèrent néanmoins à y former une partie importante de la population, soit qu’ils se fondissent avec les Kymris par des alliances, en se résignant à leur domination, soit qu’ils vécussent esclaves au milieu d’eux. Ceux qui refusèrent de se soumettre, se réfugièrent parmi les hommes de la même race, derrière les monts Grampiens, dans la partie la plus septentrionale de l'ile appelée Alben, Albion , ou Albanie, et ils vouèrent à toute la nation kymri ou bretonne une haine qui s'accrut dans la suite vdes âges par le vague souvenir d’une Mgr», vengeance héréditaire à exercer sur le peuple spoliateur.

D’autres bandes d’émigrés se succédèrent à diverses époques sur le sol de l’ile, et deux siècles environ avant Jésus-Christ, les Belges, peuples gaulois, mais pour la plupart d’origine germanique ', passèrent le détroit, abordèrent sur la côte méridionale et s’étendirent sur toute la presqu’île comprise entre la Tamise, la Saverne et la mer. Les races diverses qui occupaient la Bretagne insulaire, se partagèrent, là comme dans la Gaule, en un grand nombre de tribus ou de peuples, de mœurs et de noms différents. Ces peuples formaient, soit des confédérations, soit des États indépendants. Les plus anciens, à l’époque où César envahit la Bretagne, étaient :

4. Mon opinion sur ce poiut si important de l’origiue des peuples occidentaux de l’Europe différé essentiellement de celle que M. Thierry a accréditée et *qui établit qu’au temps de Jules-César les Gaulois-Belges et par suite les Belges- Bretons qui en étaient sortis, appartenaient il la race kymrique. Je les crois au contraire les uns et les autres, pour la plupart, d’origine germanique. Pour plus de détails , royex mon Histoire des Quatre conquêtes de t' Angleterre , p. 9, n. I .

INTRODUCTION

iK'uon<iiuiion Les Silures, à l'ouest, établis sur les bords de la Sa- *d« a'Jm verne, et dont le patronage s'étendait sur leurs voisins ptuple» jeg 0r(/oi'tm et les Démêles. Ces trois peuples occupaient l’ancienne la contrée qui est devenue la principauté de Galles.

A la pointe occidentale de l’ile et au sud du bras de mer aujourd'hui nommé eanal de Bristol, habitaient les Domnoniens, dont une parti** émigra plus tard sur le continent, et forma dans l’Armorique une colonie qui donna son nom à la contrée où elle s’établit

La côte méridionale était, nous l’avons dit, occupée presque tout entière par des peuples belges que l’espoir du butin attira de la Gaule : ils avaient presque tous conservé leurs noms originaires, et un de leurs rois les plus puissants, Divitiacus, étendait à la fois son autorité sur une partie de la Gaule et de la Bretagne. On comptait parmi eux les Belges proprement dits, établis au point le plus central de la côte; les Regni, que l’on suppose être des Rhémois, entre la Tamise et la mer, ainsi que les Contiens, fixés à la pointe orientale et la plus rapprochée du continent. César a dit d’eux qu’ils étaient les plus civilisés des Bretons. Ils occupaient l'espace resserré entre le détroit des Gaules et la rive droite de la Tamise.

Sur la rive gauche de ce fleuve était le petit peuple belge des Trinobantes, célèbre pour avoir jeté les fondements de la métropole, si fameuse sous le nom de Londres 1 2 , et si insignifiante au temps de César qu'il n’en est pas même fait mention dans ses Commentaires. Entre

1. f.a basse Orelaguo reçut des émigré* duintioniciis le uom de fiomnwifr.

2. Londres portail alors le nom de Trinow, formé de deu\ uni* bretons, tri el Noir, qui aiguillaient ville nouvelle.

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les Trinobantes et les Silures, et sur la rive gauche de la Tamise, étaient les Atrébates, originaires de l’Artois; les Dobuniens, et au-dessus d’eux les Contiens ou Callivellaniens, dont le chef renommé fut Cassibelan, l’adversaire de César. Du pays des Trinobantes jusqu’au VVasb, la côte orientale était occupée par les Icônes auxquels on pense qu’ap|>artcnaient les Coritaniens ou Cor-Icénions «jui habitaient entre le Wash et l’Humber.

A l’ouest de ces peuples étaient les Cornaviens, et audessus, dans le pays qui s’étend de l’Humber à la Tyne, vivait la célèbre nation des Brùjanles, la plus puissante de toutes les nations bretonnes, et qui se subdivisait en plusieurs tribus confédérées. Entre les Brigantes et les Cor-Icénions ou Coritaniens, et sur le bord de la mer, étaient les Parmi, dont le nom a fait supposer qu’ils descendaient des Parisiens de la Gaule ; mais ce nom a été aussi interprété d’une manière diverse et paraît avoir une origine très-différente '.

Au nord de la Tyne, dans les plaines qui forment l’Écosse méridionale ou basse Écosse, étaient cinq peuples auxquels on donnait le nom commun de Miates. Audessus d’eux étaient six tribus indépendantes, et enfin, dans la partie septentrionale de l’Hc, au milieu des montagnes, des lacs, des bois et des bruyères de la haute Écosse, vivaient à l’état presque sauvage plusieurs peuplades que les Itomains confondaient sous le nom de tribus calédoniennes.

Tels étaient les peuples auxquels les étrangers donnaient, sous Jules-César, le nom commun de Bretons.

4. Pattr-ûff, nioU bretons qui signiGent pâturage* dans de* terrains bas nu maritimes. (Ba\t. Gloss.)

I ST KOI) l CT ION .

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politique.

Les races qui dominaient dans l’ile au moment de l’invasion étaient celles des Kyinris et des Belges. Les Oaëls n’y existaient en corps de nation et en tribus indépendantes qu’au delà des monts Grampiens. Ils étaient sans iloute mêlés aux deux autres peuples dans tout le reste du pays, mais ils n’y subsistaient plus comme nation autonome, et la partie la plus considérable de la Bretagne reçut des Kymris son culte, sa langue et ses traditions.

L’état politique de tous les peuples de la Bretagne offrait de grandes diversités. Au sud, la forme monarchique était généralement établie ; la forme patriarcale primitive dominait au nord parmi les Gaëls : là l’autorité reconnue était celle des chefs de la famille, du clan ou de la tribu. Bans la plus grande partie de l’îlo et particulièrement au sud de l’Humher, dans les districts méridionaux à l’ouest de la Savemc, dans la contrée qui reçut des Kymris le nom de Cambrie, le pouvoir royal se combinait avec celui des chefs de famille ou de tribu. La Bretagne, dit Strabon, était divisée en plusieurs petits royaumes ', et César nous apprend que le seul pays de Gant ou de Kent comptait quatre rois*. Il est présumable que ces chefs, nommés Ti/erns, n’exerçaient des droits souverains <pie sur les hommes de leurs propres domaines. Le pouvoir suprême appartenait à l’assemblée des tribus confédérées pendant la paix, ou de la nation, et, en temps de guerre,

I - Sir aboli, IV, 200. — 2. C<*s , de V,dl Cuit., !. v, c. 2*2.

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