LA BRETAGNE AVANT J ILES-CESAR
«iu cJief supérieur élu par le conseil général de tonie la contrée.
Les principales divinités des Bretons et des Gaulois étaient, sous d'autres noms, à peu près celles des Grecs et des Romains : Jupiter, dieu de la foudre, le Tarama dos Gaulois, était adoré en Bretagne sous le nom de Thunderer, Mercure et Mars sous ceux de Teutatè » et d'Uésius. Quelques-unes des principales divinités des Bretons étaient encore Apollon ou le soleil qu'ils nommaient Belenua : Diane ou Ardoine, si célèbre en Belgique, et la déesse de la victoire, appelée Andraste. Outre ccs divinités cl quelques autres d’un ordre supérieur, les Bretons avaient un grand nombre de dieux subalternes. Chaque localité avait* le sien ou son génie, qui présidait aux bois, aux lacs, aux rochers, aux fontaines et aux fleuves.
Les Bretons, comme les autres peuples celles, n’élevaient |>oint à leurs dieux des temples couverts et entourés de murs. Ils auraient cru déshonorer la divinité en renfermant son emblème dans une enceinte étroite et circonscrite; c’était dans une vaste plaine, sur une haute montagne ou dans les bois qu'il allaient rendre hommage à leurs dieux. Là, ils érigeaient pour autels des pierres brutes de 12, 15 et jusqu'à 24 pieds de hauteur, posées de champ, sur lesquelles d’autres pierres de même grandeur étaient quelquefois couchées en architraves, comme on le voit à Stoiie-Hcnye près de Salisbury ; elles formaient un ou plusieurs cercles concentriques dont le point central était marqué par une pierre d’une dimension plus grande que les autres; on en comptait plusieurs centaines dans les enceintes les plus étendues.
Les druides, ou ministres du culte, honoraient les dieux
Religion
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ISTRODICTION.
Science
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Druides.
par dos prières, par des cérémonies religieuses et par de sanglanls sacrilices. lis étaient partagés en trois ordres : les druides proprement dits, interprètes des lois, instructeurs delà jeunesse et juges du peuple; au-dessous d’eux les rates ou orales, chargés des divinations et des sacrifices, puis les bardes. Ceux-ci célébraient les exploits des héros, et conservaient dans leurs chants le souvenir des traditions nationales.
On ne sait à quelle source était puisée la sienee des druides. Leur doctrine avait de nombreux rapports avec les doctrines pythagoriciennes et avec celles de plusieurs sages de l’Orient auxquelles ils l’avaient peut-être empruntée. C’était chez eux une croyance que le monde que nous habitons subissait des transformations nombreuses, mais qu’il ne serait jamais détruit, et cette opinion leur était commune avec plusieurs philosophes de l'antiquité. Les druides avaient des connaissances en botanique et en médecine. Us exerçaient l’art de guérir et ils mêlaient à cette science des pratiques occultes.
Les Bretons, comme les Gaulois, n’entreprenaient aucune afl’airq importante sans consulter le sort et tiraient des présages du cours des astres, du murmure des eaux, de la chute des feuilles, du cri des animaux, du tonnerre, du vent, de la pluie et de tous les phénomènes naturels dont les druides étaient les interprètes. Uy avait parmi eux des druidesses ou des femmes afliliécs .à l’ordre druidique et dont quelques-unes gardaient le célibat ; ces femmes étaient l’objet d’une grande vénération : elles passaient pour avoir la connaissance de l’avenir, on les disait douées du don de guérir les maladies et de commander aux éléments.
LA BHETAGNE AVANT JILES-CÉSAB.
A certaines époques de l'année, et dans toutes les occasions solennelles, les druides faisaient des sacrifices : ils offraient aux dieux les fruits de la terre, des animaux domestiques et des victimes humaines : ils croyaient, avec la plupart des peuples de l’antiquité, que la vie des hommes ne pouvait être rachetée que par celle de leurs semblables, el que l’offrande la plus agréable aux dieux était le sang des criminels. Ils leur sacrifiaient aussi des prisonniers de guerre et, à défaut de captifs ou de coupables, la victime était désignée par le sort : souvent aussi les hommes se dévouaient eux-mêmes pour apaiser la colère des dieux. Ces sacritlces s’accomplissaient par le fer sur la pierre des autels, ou par le feu qui consumait des colosses d’osier où les prêtres renfermaient les victimes.
Les druides attribuaient une vertu médicale et magique à la verveine, aux œufs de serpents et surtout au gui qu’ils récoltaient avec des cérémonies mystérieuses sur les chênes, arbres qu’ils considéraient comme sous la protection spéciale des dieux. C’était dans la profondeur des sombres forêts qu’ils avaient leurs retraites et leurs principaux sanctuaires : il était défendu de couper ou d’élaguer les arbres «les bois sacrés; le peuple les croyait inaccessibles aux animaux sauvages, impénétrables à l'ouragan et à l’abri de la foudre; le sol, disait-il, y tremblait ; il â’y ouvrait des gouffres d’où s’élançaient des serpents qui s’attachaient aux arbres : ceux-ci se courbaient et se redressaient d’eux-mêmes et toute la forêt étincelait de feux. Les druides y conservaient les étendards militaires, eux seuls y avaient accès et ils n’y l>énétraient qu’avec terreur.
Sacrifices.
Sanctuaires
et
lieux facré*.
INTRODUCTION
L’inllticnce qu’ils exerçaient ne fut pas seulement religieuse, elle fut aussi politique et sociale : ils étaient tout ensemble prêtres et magistrats; ils présidaient aux jugements comme au culte, et connaissaient de presque toutes les contestations civiles et privées. Si quelque crime était commis, s’il s’élevait un débat sur un héritage, c’étaient eux (pii statuaient; à eux aussi appartenait le droit de récompenser et de punir.
Telle était en substance l’institution du druidisme sur laquelle les modernes ont porté des jugements si divers et presque toujours empreints d’une étrange partialité. Pour la bien juger, ainsi que toutes les autres institutions humaines, il ne faut pas les détacher par la pensée des époques où chacune d’elles était en vigueur; il faut se dire que les superstitions grossières ou cruelles furent, avant l’ère chrétienne, communes à presque tous les peuples, même les plus policés. Les druides instruisaient les hommes, ils étudiaient et pratiquaient les arts utiles dans l’intérêt de leurs semblables. Ils ne se donnaient point, comme les brahmes de l’Inde, pour issus d’une race divine et pour supérieurs, par l'origine, au reste des hommes; nul n’était exclu de leur ordre, mais de longues épreuves y donnaient seules accès. Leur institution, dont les vices étaient ceux d’un âge d’ignorance, reposait aussi sur des principes qui, dans tous les temps, sont les plus fermes fondements des sociétés humaines : tous leurs efforts tendaient à entretenir le culte des divinités comme une flamme vivifiante au fond des cœurs; ils étaient persuadés que la piété diminue envers les dieux quand le respect s'affaiblit pour leurs ministres ; ils savaient que c'est par l'imagination et par le cœur qu’on agit sur la
LA BRETAGNE AVANT JULES-CÉSAR. Il
foule et qu’on la dirige, et s’ils usèrent trop souvent dans ce but de moyens grossière et barbares, c’est que le peuple était barbare lui-même et qu’il eût été insensible et sourd à d’autres pratiques.
On ne peut refuser aux druides de la Gaule et de la Bretagne le mérite d’avoir entretenu dans la mémoire des hommes, soit sur la nature de la divinité, soit sur l’état «les âmes et sur les devoirs des hommes, quelques saines doctrines qui ont été fécondées par le christianisme et qui ont aidé à ses progrès; ce fut enfin de leurs solitudes que sortirent, nous disent les légendaires, une partie des saints personnages qui peuplèrent, au ivret au v* siècle, les monastères de la Grande-Bretagne et de l’Armorique.
Les Bretons étaient moins avancés en civilisation que
les Gaulois; il faut l’attribuer à l’influence plus générale «mu a» et plus durable «les étrangers, Grecs, Phocéens et Homains, dans la Gaule, et aussi aux obstacles naturels qu'un sol boisé, montagneux, et en grande partie inculte, présentait, dans la Bretagne, aux relations de la vie et aux développements de l’intelligence. Ce(>endant on reinarquait divers degrés de civilisation et de culture chez les différents peuples de l’île. Les plus voisins des Gaulois leur ressemblaient, «lit Tacite ; et César nous apprend «juc les Bretons de la côte méridionale étaient trèssupérieurs aux autres. Les rapports qu’ils entretenaient, par suite de la communauté d'origine, avec l«'s habitants du nord de la Gaule, par le voisinage, par le commerce et le culte, les avaient élevés en civilisation au-dessus des autres tribus; ils exploitaient des mines d'étain célèbres « n Europe; ils travaillaient l’or, l’argent, le fer, le cuivre, dont ils se faisaient «les bracelets, dos colliers et une
INTHODICTION.
monnaie grossière, lis |>orlaient le costume gaulois et habitaient des cabanes, dont la réunion formait do grands bourgs.
Un très-petit nombre de notions nous ont été transmises par les historiens de l'antiquité sur les coutumes et les mœurs de ces peuples. Abusé sans doute par quelques faits, dont il fut témoin chez des peuplades grossières, César en a conclu que la communauté des femmes était un usage général parmi les Bretons. Son erreur a été suffisamment démontrée : il est avéré que le mariage était établi dans les principaux États de la Bretagne, comme chez la plupart des peuples celtiques, et leurs lois faisaient aux femmes un devoir rigoureux de la chasteté. Ils avaient i>our celles-ci un respect qui ne peut exister que chez les nations où le mariage élève la femme au niveau de l'homme, et ils ne dédaignaient pas de se soumettre à l’autorité du sexe le (dus faible : ils obéissaient souvent aux veuves de leurs rois; elles étaient reines et les guidaient dans les batailles.
11 ne nous reste d'ailleurs aucun document écrit et contemporain des lois civiles des Bretons. On sait que la loi de primogéniturc n’y était pas connue, et qu’à la mort du possesseur ses terres et ses troupeaux étaient également partagés entre ses enfants. La principale richesse de tous ces peuples consistait en grains et en troupeaux; ceux-ci surtout leur étaient précieux : les plus anciennes lois bretonnes qui nous soient parvenues, témoignent d’une grande sollicitude pour la préservation des animaux, et toute atteinte à ce genre de propriété était sévèrement punie.
Les moins civilisés et les plus farouches des Bretons
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étaient les Gaëls du nord; ils vivaient de chair et de lait ou d’écorces d’arbres, dans les montagnes et dans les bois, étrangers à tous les arts; leurs villes étaient de simples amas de troncs d’arbres, entourés de fossés ; leurs vêtements, des peaux de bêtes; leur parure, des anneaux de fer, dont ils ceignaient leurs reins et chargeaient leurs bras. Il est présumable que la promiscuité dont parle César, était en usage chez eux.
Les Bretons, en général, à quelque tribu qu’ils appartinssent, se dépouillaient de la plus grande partie de leurs vêtements pour marcher à l’ennemi, et présentaient avec orgueil à ses regards leurs grands corps nus sillonnés de tatouages bizarres '. Ils portaient les cheveux longs comme nos bas Bretons les portent encore de nos jours. Des moustaches couvraient leur lèvre supérieure. Ils avaient pour armes la lance, la hache et l'cpée ; ils s’élançaient sur l’ennemi, en jetant de grands cris et animés au combat par le chant des bardes. Le char appelé carvinus, armé de faux tranchantes, était l’instrument de guerre le plus meurtrier chez les Bretons, et tous les historiens qui ont parlé de ces peuples nous les montrent, quoique si différents par le degré de culture et par les mœurs, également redoutables dans les batailles. Quoi de plus terrible en effet que le guerrier breton, excité au combat par la voix des prêtres et des femmes, par les cris des victimes humaines immolées à ses dieux, par la vue du sang humain ruisselant sur les autels! Quoi de plus invincible que ce barbare dont le corps bravait l’intempérie des hivers les plus rigoureux et demeurait souvent
Tcrlull'cn nommait ces tatouages les tligmales «les Dicton*.
Instruments
de
guerre.
1NTR0DI OTIOK
(1rs jours entiers enseveli dans les eaux glacées de ses fleuves, dont les pieds luttaient de vitesse avec son char de guerre', dont la poitrine nue défiait le javelot et l’épéc, qui mettait sa joie dans le carnage et son orgueil dans un courage indomptable.
Les Bretons unis eussent été invincibles , mais des guerres civiles sans cesse renaissantes les divisaient. « Ils sont entraînés, dit Tacite, dans des partis et dans des factions par leurs princes; rarement on voit des ligues de deux ou trois cités contre l’ennemi commun, et tandis qu’ils combattent séparés, ils sont vaincus tous ensemble 2. » Nous verrons cependant qu’ils opposèrent à leurs conquérants une résistance héroïque.