I. Mail. WmI
Son
humilité.
Mon Canut vécut trois années encore apres son voyage à ’ucnnd' Rome : il mourut en 1035, à Schaftesbury, et fut enseveli (1035). clans le vieux monastère de Winchester.
Considéra-
<>""• Durant son règne, les malheurs des règnes précédents
sur
son reflue, furent en partie réparés : dans la seconde moitié de sa vie, il fit tourner à la gloire du Dieu des chrétiens, et employa au bonheur des peuples l’ardeur des passions dont l’explosion terrible avait marqué son passage de tant de sang et de ruines. Sa fortune et sa sagesse guérirent les plaies faites au pays par l'indolence et la lâcheté d’Éthelred; sous son sceptre, les diverses nations de son royaume d’Angleterre vécurent vingt années en |iaix, et ne firent qu’un peuple comme au temps du roi Edgar. 11 y eut toujours en Angleterre des Bretons, des Anglais, des Danois, mais il les habitua à ne pas se traiter mutuellement en ennemis. 11 ne détruisit point sans doute les partis fondés sur la diversité des races; mais en accordant une protection toute particulière au peuple le plus nombreux, le plus avancé en religion, en civilisation, en moralité, et en l’identifiant à lui, Canut imposa silence aux passions qui perpétuaient les insurrections et les révoltes. 11 fit oublier aux vaincus que son gouvernement avait pour origine la victoire, et il ôta ainsi à l’obéissance l’odieux caractère de la servitude sous le joug étranger.
Le roi Canut avait eu d’F.mma, veuve d’Éthelred, deux enfants, un fils nommé llardi-Canut ou Canut le Hardi , et une fille qui fut mariée à l’empereur de Germanie, Henri lit, dit le Noir, fils de Conrad le Salique ; il avait eu eu outre, avant son mariage avec Emma, deux fils illégitimes, Sweyn et Harold : le premier, après
IIAROLI) 1".
la morl d’Olavc 11, obtint la couronne de Norwége; le second , malgré les clauses du contrat de mariage de Canut et Emma, et la volonté formelle de son père, prétendit en Angleterre à sa succession. Hardi-Canut était alors en Danemark : son absence favorisa les vœux d'Harold pour qui se déclarèrent les thanes danois et anglosaxons du pays situé au nord de la Tamise, ainsi que les habitants de Londres, qui par suite d’un long mélange avec les Danois avaient adopté leurs usages *, et Harold fut élu roi. Les comtés du sud se partagèrent quelque temps entre Hardi-Canut et les fils d’Éthelred , Édouard et Alfred, réfugiés en Normandie. Édouard, qui régna dans la suite, rassembla une flotte de quarante vaisseaux et débarqua à Southampton plein de confiance dans l’appui de sa mère Emma. Mais celle-ci préférait aux enfants qu’elle avait eus d’Éthelred, ceux que lui avait donnés son vainqueur : elle défendit les droits de Hardi- Canut, et leva une armée pour sa cause. Édouard débarqua au milieu d’une population hostile, il se retira devant l’armée envoyée contre lui par sa propre mère, remonta sur ses vaisseaux et retourna en Normandie, emportant dans son cœur un amer et ineffaçable souvenir.
La reine Emma avait été secondée, dans cette circonstance, par un homme de grands talents, le comte anglosaxon Godwin, beau-frère du roi Canut, et qui occupe, ainsi que sa famille, une grande place dans l’histoire des derniers temps de la monarchie anglo-saxonne. On a, de nos jours, et d’après un document contestable, accrédité
i. Qui jana penè in barbarorum mores proplcr frequcnlcm conjuncUini transicranl (Malmeaburt, 1. Il, c. <2, p. 70.)
Élection d'Harold I", surnomme Pieddc-LiêTre.
Le comle Godwin.
Sorl
barbare
d’Alfred,
fils
d'Élhelretl
et
d'Emma.
l’opinion que cet homme fameux avait la plus basse origine ; mais une autorité d’un grand poids, la Chronique saxonne, nous apprend qu’il était fils de VVulnoth, churl ou chef des Saxons du sud qui trahit Éthelred, et cette version paraît beaucoup plus admissible que la précédente 2.
Un illustre historien 3 a cru voir aussi dans Godwin le champion de la cause anglo-saxonne, le héros de l’indépendance nationale ; mais deux fois durant le règne d’Harold 1", et dans des circonstances importantes , Godwin tint une conduite opposée à celle qu’un tel rôle aurait prescrite. Les souvenirs nationaux des Anglo- Saxons se rattachaient tous à la race de Cerdic : deux rejetons de cette race étaient les fils d’Éthelred, Édouard et Alfred, proscrits et réfugiés depuis tant d’années en Normandie; nous avons vu Godwin repousser Édouard, il livra son frère à un sort plus terrible. Attiré en Angleterre par une lettre fausse ou véritable de sa mère Emma, Alfred y débarqua avec un petit corps d’aventuriers levé en Flandre. Le comte Godwin vint à sa rencontre, l’accueillit, puis l’abandonna aux satellites du roi Harold. Les compagnons d’Alfred furent livrés à une mort affreuse, et lui-même, condamné à perdre la vie, mourut des suites de ce supplice ou sous le fer d’un assassin. Emma ne fit rien pour sauver son fils : elle délaissa l’orphelin, et le comte Godwin fut hautement dé-