Ckran. «u;.,ann
2. Voy. m. dinerlilion à ce «ojol dam mon Bitloire des quatre conquêtes de l' Angleterre, t. Il, p. 51, noie 2.
3. M. Augustin Thierry ( Bitloire de la conquête de l'Angleterre par les Sormauds).
HARDH'.AM T. 145
signé connut* auteur ou complice du meurtre d’Alfred et de ses compagnons. Exilée peu de temps après par Harold, la reine Emma se réfugia en Flandre, où elle appela son fils Hardi-Canut, en l’exhortant à la venger. Hardi-Canut rejoignit sa mère à Bruges, tandis que son frère achevait d’affermir sa domination sur tous les comtés du sud et de l’ouest. U ne rencontra qu’un adversaire, le primat Egelnoth, qui refusa de le couronner : Harold, dit-on, se couronna de sa propre main et prit en haine la religion chrétienne cl ses cérémonies. L’heure des offices était celle qu’il choisissait de préférence pour faire dresser sa table ou demander ses chiens. La chasse était son passe-temps favori, et sa légèreté à la course lui fit donner le surnom de Pied-de-Lièvre. Les historiens ne nous ont transmis aucun autre détail sur ce prince, qui mourut en 1040 après un règne de quatre ans.
Les Saxons et les Danois paraissent avoir vécu à cette époque en bonne intelligence et une députation des principaux thanes des deux nations vint à Bruges offrir à Hardi-Canut la couronne d’Angleterre. Ce prince passa la mer avec une flotte de soixante-deux voiles et une armée dont l’entretien et la solde obligèrent à lever des taxes nouvelles: celles-ci provoquèrent des insurrections, des révoltes et des massacres. Deux collecteurs de taxes furent tués par le peuple en fureur dans la ville insurgée de Worcester. Le roi commanda que la ville fût détruite et ses habitants passés au fil de l’épée : sa vengeance sur les restes de l’homme qui avait usurpé sa couronne, ne fut pas moins barbare. Le corps d’Harold, son frère, fut déterré par ses ordres, décapité, jeté dans un marais,
Mort
d'Harold l#r.
Élection
d’Hardi-
Canut,
Vengeâmes
de
ce prince.
Sa morl.
Élection d’Édouard, son frère utérin, surnommé le
Confesseur.
Considéra-
tions
sur
la conquête danoise.
puis dans la Tamise, et il exigea que le comte Godwin, principal ministre des volontés d’Harold, fût un des instruments de la vengeance exercée sur son cadavre et sur une population rebelle. La clameur publique s’élevait contre lui et le désignait comme l'assassin d’Alfred, frère utérin du nouveau roi : l’archevêque d’York se porta son accusateur devant Hardi-Canut. Godwin traduit en jugement déclara n’avoir agi que malgré lui et contraint par la volonté royale: il se purgea par serment, fit au roi un présent d’une magnificence merveilleuse 1 et fut absous.
Hardi-Canut s’honora en rappelant en Angleterre son frère utérin Édouard, descendant de Ccrdic et d’une longue suite de rois saxons, seul fils survivant d’Élhelred et d’Emma. 11 mourut dans un festin en portant une coupe à ses lèvres : sa mort sépara les couronnes de Danemark et d’Angleterre qu’il avait portées. La dynastie danoise s’éteignit avec lui, et les tliancs anglo-saxons, par le conseil du comte Godwin, élurent pour lui succéder son frère Édouard qu’il avait appelé près de lui et qu,i est connu dans l’histoire sous le nom d’Édouard le Confesseur.
C’est ici, au moment de la restauration de la monarchie saxonne, qu’il convient d’apprécier les résultats des invasions des Danois en Angleterre.
Lorsqu’au commencement du ix° siècle ce peuple païen et barbare essaya d'assujettir les Anglo-Saxons,
I. Il lui donna un navire de dimension ordinaire et dont la pnup? était rc»êtue de plaque* d’or. Ce navire portait quatre-vingt» guerrier» vassaux de fîndwin : leur» armes étincelaient d’or et d’argent et ils avaient à chaque liras des bracelets d'or du poids de seize onces.
IIARDI-CANUT.
ceux-ci étaient encore divisés en plusieurs nations récemment converties au christianisme et à la civilisation. Ils auraient pu , à cette époque , en passant sous le joug des Danois, retomber dans la barbarie et retourner, en partie du moins, au culte et aux mœurs de leurs sauvages conquérants. Le génie d’Alfred le Grand, son héroïsme et ses vertus furent le salut de l’Angleterre. Ses successeurs consolidèrent son œuvre, et lorsque, plus d’un siècle après Alfred, un prince danois mit sur son front la couronne de Cerdic, l’organisation ecclésiastique et civile de la société anglo-saxonne, malgré le relâchement des mœurs, était suffisamment forte pour résister au choc d’une invasion victorieuse et aux bouleversements occasionnés par le règne aussi long que désastreux du second fils d’Edgar. La fortune de l’Angleterre voulut encore que le premier prince danois qui l’ait réellement gouvernée, Canut, fils de Svveyn *, fût un grand homme, et qu’il mît sa gloire à continuer l’œuvre civilisatrice des rois anglo-saxons, ses plus illustres prédécesseurs.
A tout prendre, et malgré les maux sans nombre inséparables des invasions d’un peuple féroce, celles des Danois eurent dans la suite j>our l’Angleterre quelques résultats importants et favorables. Elles firent comprendre aux Anglo-Saxons la nécessité de se rallier et de s’unir contre l’ennemi commun; elles contribuèrent ainsi à la suppression des barrières qui séparaient leurs divers royaumes, dont elles préparèrent la fusion en une seule monarchie qui demeura florissante près d’un siècle; • elles ranimèrent et entretinrent longtemps l’esprit Itelli-
4. Sweyn fut le premier roi danois reconnu en Angleterre) mais il mourut presque aussitôt et ne gouverna point ce royaume.
<|ueux des habitants et rendirent indispensable la construction d’une multitude de forteresses |>our repousser les adressions de l'étranger. Ces forteresses devinrent autant de villes défendues par une bourgeoisie aguerrie et nombreuse , et cette classe d’hommes , qui joua de bonne heure un si grand rôle dans les destinées du peuple anglais, prit dès lors un accroissement rapide.
L’impôt célèbre connu sous le nom de danegell, et qui ne fut prélevé d'abord qu’au moyen de la terreur qu'inspiraient les Danois, subsista lorsque leurs invasions eurent cessé; il fut avec la dîme la première taxe régulière et uniforme acquittée par la nation , et en contribuant à son unité il mit d'utiles ressources entre les mains du prince.
La marine danoise était très-supérieure à celle de toutes les nations européennes, les Anglo-Saxons réformèrent la leur sur ce modèle, et les progrès qu’ils firent dans cet art furent d’une importance extrême pour un peuple que la nature semblait appeler par sa situation géographique à de si grandes destinées sur l’Océan.
Les établissements de la population danoise parmi les Anglo-Saxons, ouvrirent à la Grande-Bretagne des relations commerciales avec la Suède, la Norwége et toutes les côtes septentrionales de l'Eurojie; mais ce fut surtout à l'époque de la conquête normande, et dans les temps postérieurs, que l’inlluence des anciens établissements danois se fit sentir en Angleterre, en facilitant la fusion des Anglo-Saxons et des Normands, celle des fils des vaincus avec ceux des vainqueurs.
KDOI ARD I.K CONFESSE!' R. 149
Restauration «le la dynastie anglo-saxonne. — Règne d'Êdouard le Confesseur. — Avènement d’Harold 11, dernier roi anglo-saxon.
. 1042— lOCC.
Le règne d'Édouard, que sa piété fit nommer le Confesseur, présente dès son début de graves difficultés. On a cru de nos jours, en se fondant sur quelques autorités, qu’il eut pour prélude une véritable guerre nationale Cependant la Chronique saxonne dit expressément qu’à la mort de Hardi-Canul tout le peuple reconnut pour roi Édouard, comme c’était son droit véritable*. 11 est constant d’ailleurs, que la grande majorité de la nation danoise demeura en possession paisible de ses établissements et de scs biens sur le sol anglais, où, depuis Canut le Grand, les deux nations avaient paru vivre en bonne intelligence.
Pour concilier ces contradictions apparentes flans les anciens auteurs, il faut se souvenir qu’une garde danoise d’environ trois mille hommes avait été formée dans le royaume par le roi Canut. Celte troupe constitua une force permanente, et fut triplée par l’armée danoise dont Hardi-Canut sc fit accompagner à son retour en Angleterre : c’est pour son entretien coûteux qu’il chargea son peuple d’un pesant tribut; et elle eut sans doute l’inso-
1. Vov. lli*loirc de la Conquête de i Angleterre, par M. Augustin Thierry, 3r «Mil., 1. I, p. 217-2*9.
2. Chron. sax. an. 10 «2. Il y avait pourtant un heritier plus proche, c’était iMouard, fils dTdmond Cûle-dc-Ker; mais il était absent, réfugié en Hongrie, apres la niait de Canut le Gram).
Politique
du
comte
(ioihtin.
lence des corps privilégies : ce sont les soldats de ce corps dont le roi se faisait suivre, qui se rendirent coupables, dans les lieux où il séjournait, d’odieux outrages envers les Anglais paisibles ; c’est contre eux, et non contre le peuple danois que les Anglo-Saxons s’insurgèrent à la mort de Hardi-Canut, et ce sont eux enfin qui succombèrent sous le poids de leur impopularité et sous l’effort du nombre.
Édouard, après la mort de son frère Hardi-Canut, fut surtout redevable de la couronne au comte Godwin également influent parmi les Saxons et les Danois, et qui s’empressa de saisir une occasion sans pareille pour racheter d’anciens torts par de récents services. 11 prit ses sûretés et arracha du fils d’Éthelred de grandes promesses. Édouard confirma Godwin et son fils dans tous leurs honneurs, et prit pour femme sa fille Edith, dont la bonté, disent les historiens, égalait les charmes. Elle était instruite autant que modeste, et Godwin, dit l’un d’eux, engendra Edith comme l’épine produit la rose '. Édouard cependant observa dans le mariage le vœu de continence, soit par chasteté, soit par haine pour la famille de Godwin; et malgré les qualités rares qu’elle porta sur le trône, Edith ne put empêcher les membres de sa famille d’agiter le royaume par des liassions furieuses dont elle fut elle-même la victime.
L’avénement d’Édouard fut accompagné des périls inséparables de toute restauration. Ce prince avait passé vingt-sept années sur la terre étrangère : on pouvait prévoir, d’une part, que la portion de l'aristocratie anglaise