‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés. 1Chapitre 66 sur 202 · ÉDOUARD LE CONFESSEUR · texte numérisé non relu

ÉDOUARD LE CONFESSEUR

qu’on eût vue en Angleterre depuis longtemps, cl devant laquelle se dissipèrent les forces levées par Godwin et [iar ses fils. Le grand conseil s’étant réuni , on y rappela d'abord les crimes de Sweyn, coupable de viol, de sacrilège et de meurtre. Sweyn fut mis hors la loi; Godwin et un autre de ses fils, Harold, furent ensuite sommés de comparaître et de répondre , par le serment de douze témoins ou cautions, aux accusations dont ils étaient l’objet : ils demandèrent des otages pour leur sûreté, et ne les ayant pas obtenus, ils furent condamnés à sortir sous cinq jours du royaume avec leur famille. La reine elle-même , fille de Godwin , fut enveloppée dans la disgrâce de tous ses proches : le roi saisit ses terres et la fit enfermer, avec les honneurs dus à son rang, au monastère de Wherwel. Tous les biens de sa famille furent confisqués; Godwin, sa femme et trois de ses fils, Sweyn, Tosti etGurth, cherchèrent un refuge auprès du comte de Flandre, à Bruges : scs deux autres fils, Harold et Léofwin, s’enfuirent en Irlande, et Alfgar, fils du comte Léofric, obtint du roi le comté d’Harold.

Les étrangers héritèrent alors d’une partie des honneurs dont avait joui la famille de Godwin; quelquesuns furent nommés gouverneurs de villes et de provinces: deux chefs normands obtinrent le commandement de la Hotte, et de nouvelles dignités ecclésiastiques furent données aux prêtres étrangers qui avaient accom|>agné Edouard en Angleterre : un chapelain du roi, Guillaume, eut l’évêché de Londres, dont l’abbé Sparhafoc fut dépouillé; fe'lf, prêtre indigne, devintévêque de Dorchester , le primat normand Robert, dont l'influence était sans bornes, revint alors de Rome avec le pallium, et le roi,

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toujours faible, ne s'atlranchit delà duiiiination d’une famille redoutée que pour tomber sous un autre joug plus dangereux.

iteiuur Le comte Godwin, proscrit et exilé, ne négligeait rien réiibiine- l,our l’établir sa fortune, et, de la Flandre où il s’était

mcoi réfugié, il entretenait, soit par ses lils, soit par de nombreux émissaires, des relations suivies avec tous les mécontents de l’Angleterre, et surtout avec les hommes les plus hostiles aux favoris normands du roi Kdouard.

II affecta ainsi de se porter pour défenseur ou pour champion des intérêts nationaux, mais il agit réellement en rebelle et en ennemi du roi et de son pays. Il arma des vaisseaux sur la côte de Flandre, de concert avec ses deux fils, Sweyn et Tosti, et avec l’assistance du comte fiaudoin, dont Tosti avait é|K>usé la fille; et il infesta, durant prés de deux ans, la côte méridionale de l’Angleterre, tandis que deux autres de ses tils, Harold et Léofwin, armaient en Irlande, où ils s’étaient réfugiés, et portaient le ravage et la terreur sur la côte occidentale.

Leurs escadres réunies longèrent la côte méridionale du royaume, où ils fomentèrent l’insurrection, s’emparant de vive force de beaucoup de bâtiments et de nombreux otages. Une multitude de marins, mécontents ou séduits par l'appât du pillage, accoururent sous leur pavillon, et ainsi fortifiés, les rebelles se dirigèrent vers l’est; ils débarquèrent sans résistance à Sandwich, mirent le feu à la résidence royale de Middleton, puis s’avancèrent dans la Tamise qu’ils remontèrent jusqu’à Londres, où ils avaient pratiqué des intelligences, et où ils étaient appelés par d’anciens partisans, par les ennemis des favoris étrangers , et enfin par ceux qui,déses-

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Itérant de la résistance, s'empressaient de s’engager parmi les vainqueurs. Los vaisseaux de Godwin passèrent sous le pont de Londres, et débarquèrent un corps d’armée sur la rive droite du fleuve. L'armée royale bordait la rive opposée où était le roi, dont la flotte comptait cinquante voiles; mais ces forces étaient mal disposées ou trop faibles : il fallut négocier au lieu de combattre, et un prêtre habile , l’évêque Stigand, intervint en faveur de la paix. Edouard céda, et, après avoir admis Godwin à se justifier et reçu en otage son fils , nommé Wulnotli, et son petit-fils Haccon, dont il confia la garde à Guillaume de Normandie, il accorda la paix aux bannis, ou s’y résigna.

A cetle nouvelle, les plus compromis entre les étrangers qui occupaient des emplois dans le royaume, perdirent courage et s’enfuirent : de ce nombre furent l’évêque de Londres, Guillaume, et Robert, archevêque de Cantorbéry, ennemi personnel de Godwin.

Le w ittena-gemol , convoqué près de Londres, cassa les sentences d’exil de Godwin et de ses fils et bannit d’Angleterre, non, comme on l'a dit, tous les Normands, mais seulement tous ceux qui, notés d’infamie, étaient considérés comme ennemis de la paix publique. Godwin et ses enfants recouvrèrent leurs biens et leurs honneuts ; sa fille Edith sortit du cloître et reprit son rang de reine.

L’évêque Stigand reçut le prix des services qu’il avait rendus et fut promu au siège de Cantorbéry à la place du primat normand Robert. L’Église toutefois ne considère un siège comme vacant que par la mort ou la démission du titulaire; le pape Léon IX refusa donc de reconnaître Stigand pour archevêque, et cetle circons-

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fuite des fixons normand*.

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tance doit être com|ttée parmi celles qui, plus tard, ont facilité la conquête normande.

Godwin, après avoir ainsi chassé les étrangers, devint l'homme le plus puissant du royaume; la mort le surprit au faîte de sa fortune et l’empêcha d’en jouir et d’en abuser. Comme il dînait, le lundi de Pâques, à la table royale, il j»erdit tout à coup connaissance, et expira. Le caractère de cet homme fameux, dont l’autorité balança celle du monarque, et qui, en asseyant sa tille sur le trône, mit son fils en état d’y monter, est encore un problème. Ce qui est hors de doute, ce qui ressort des simples faits que nul ne conteste , c’est qu’il eut une immense ambition servie par une grande habileté. De premiers succès l’enhardirent à prétendre à tout et à ne s’arrêter devant aucun obstacle : sacrifiant tout autre intérêt à celui de la puissance, Godwin se déclara successivement avec chaque parti pour la fortune, quittant avec la même facilité les Saxons pour les Danois et les Danois pour les Saxons; il ne s’abstint dans sa carrière, soit pour s’élever, soit pour se maintenir, ni de la trahison, ni de la révolte; et s’il ne versa pas plus de sang, s’il ne commit pas des crimes plus nombreux, ce fut une dernière faveur de la fortune qui ne les rendit pas nécessaires à son ambition. Il fut un de ces hommes dont l’audace triomphante fait aux mœurs publiques d’irremédiables blessures, et qui ébranlent moins l’État par leurs succès que par leur exemple.

Les fils de Godwin, Harold et Tosti, héritèrent de sa puissance, que le comte Léofric et son fils Alfgar pouvaient seuls balancer. Harold , qui avait succédé à son père dans le gouvernement du VVessex, supporta impa-

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tiemment qu’Alfgar lui succédât à lui-même dans ses comtés d’Esscx et d’Est-Anglic , et l’on pense qu’il ne fut point étranger à la sentence dont le lils de Léofric fut frappé : quoi qu’il en soit, ce jeune chef fut légèrement accusé de haute trahison devant les wiltans, condamné sans preuves et mis hors la loi. 11 s’enfuit en Flandre, brûlant de se venger : il obtint l’assistance d’un roi de la mer et de Griffith , prince des Gallois ; il revint, et porta le fer et le feu dans le comté d’Herefort. Harold marcha contre lui et repoussa d’abord les envahisseurs; mais bientôt les négociations succédèrent aux combats et Alfgar recouvra ses honneurs; il avait été condamné innocent et fut absous coupable. Le puissant comte Léofric, son père, mourut l’année suivante. Alfgar lui succéda dans sa charge, mais bientôt il fut accusé de nouveau, condamné et banni. Il eut recours aux mêmes auxiliaires, aux Norvégiens et aux Gallois, et fut une seconde fois rétabli par eux : son triomphe fut de courte durée, il mourut en 1058; sa mort délivra Harold de son dernier rival.

Le moment était propice pour châtier Griffith et ses sujets gallois, dont les insurrections perpétuelles, dans les comtés de l’ouest, étaient accompagnées des plus affreux brigandages. Edouard confia l’expédition à Harold, qui pénétra dans ce pays montagneux où la poursuite était si pénible et la fuite si aisée. Peu satisfait d’une première campagne, il eut recours à d’autres moyens d’attaque : il forma un corps de soldats d’élite qu’il choisit parmi les plus agiles et les plus vigoureux; il leur donna des armes moins pesantes et plus maniables, substituant au fer le cuir durci pour les casques et

Expédition victorieuse d’Harold, fils de tiodwin, dans le paya de Galles.

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les boucliers; et, tandis ({ne son frère Tosti envahissait par terre le pays de Galles, Harold l’attaqua lui-incme à l’improviste du côté de la mer, il rendit alors aux Gallois ravages pour ravages; il parcourut à pied toute la contrée, triomphant avec une ardeur héroïque et une constance infatigable des obstacles de la nature et des armes des indigènes, et dans les lieux où il avait gagné une victoire il en faisait perpétuer le souvenir en y dressant un monceau de pierres où il gravait ces mots : Ici vainquit Harold. Les Gallois, vaincus et subjugués, lui envoyèrent en signe de soumission la tête de Griffith, et le vainqueur la présenta au roi Édouard. Les princes gallois jurèrent foi et hommage au monarque saxon, et promirent d’acquitter l’ancien tribut.

Harold marcha ensuite contre les Northumbres, soulevés par les barbaries de son frère Tosti : il les apaisa sans effusion de sang , en leur accordant , avec le consentement du roi, pour les gouverner, le fils de Léofric, Morkar, qui fut nommé comte de la Northumbrie. Tosti, exilé, attendit en Flandre l’heure de la vengeance, et Harold acheva de se concilier la puissante famille du fameux comte Léofric, si populaire dans la Mcrcie, en faisant donner cette province à Edwin, frère de Morkar : on présume que, par sa conduite habile et juste, il voulut s’attacher la population du centre et du nord, et qu’il portait déjà ses vues ambitieuses sur le trône dont il était alors le plus ferme soutien.

Tout semblait favoriser de semblables espérances. Le roi n’ayant pas d’enfants, et ne voyant en Angleterre aucun homme de la race de Cerdic, avait précédemment appelé auprès de lui son neveu Edouard . surnommé le

KDOl.UtD LE CONFESSEL'U. 1<>1

Proscrit, (ils exile de son frère, le vaillant Edmond, et gendre de l’empereur Henri 111. Edouard était revenu en Angleterre avec sa famille, mais peu après avoir touché le sol natal, il mourut, cl le fils qu’il laissa, nommé Edgar, était si faible de corps et d’esprit, que l’ambitieux Harold ne xit point en lui un compétiteur dangereux.

Le roi vieillissait, et, par la force de l’habitude ou par l’effet île la nécessité, le ressentiment qu’il avait nourri contre la famille de Godwin avait insensiblement fait place pour Harold à des dispositions bienveillantes: celuici d’ailleurs, dans l’espoir d’être désigné pour son héritier, se montrait disposé à lui complaire, et un ancien auteur nous dit qu’Edouard le traitait comme un tils

Les prétentions d’Harold reçurent un grave échec d’un incident fortuit et mortifiant pour son ambition dans une excursion maritime qu'il lit, soit pour réclamer, comme on l’a dit, du duc de Normandie son frère Wulnoth et son neveu Haccon qu’il tenait en otages; soit, comme il est plus vraisemblable, pour son plaisir*; une violente tempête, soudain déclarée, le jeta sur les terres de Guy de Ponlhicu,a l’embouchure de la Somme. Une coutume barbare donnait alors sur les naufragés, au seigneur de la terre où échouait leur navire, tous les droits du vainqueur sur le vaincu. Harold et ses compagnons furent, en conséquence de cet odieux usage, dépouillés et tenus en prison dans la forteresse de Beaurain, près de Montreuil, jusqu’à ce qu’ils eussent acquitté leur rançon. Le bruit de la capitivité d’Harold se répandit rapidement

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