‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés. 1Chapitre 67 sur 202 · Snorro, I. III, p · texte numérisé non relu

Snorro, I. III, p

2. Voyr», sur ce point si controversé par les historiens, mon llisloire des Quaire conquêtes de l'Angleterre, t. il, I. 3.

Naufrage d'Harold sur la cétc de France.

Serment

d’Barold.

et parvint jusqu’au duc de Normandie, qui était le fameux Guillaume, fils bâtard de Robert le Magnifique et de la jeune Arletc de Falaise. Guillaume comprit aussitôt de quelle importance il serait pour lui de tenir llarold en son pouvoir : il voyait le roi Edouard sans enfants, et auprès de ce prince, sur les marches de son trône, un seul membre de sa famille, dépourvu également de vigueur physique et d’énergie morale: déjà, sans doute, il nourrissait l’espérance de succéder lui-même au roi saxon. Harold était donc pour lui un dangereux compétiteur; Guillaume saisit l’occasion d’en faire un instrument de sa propre fortune; et par prières, par menaces cl surtout par largesses, il obtint que le captif lui fût livré. 11 reçut Harold avec honneur et le combla de caresses, puis, saisissant un moment opportun, il lui dit qu 'Edouard, au temps de son séjour en Normandie, vivant avec lui en frère, lui avait promis de le faire son héritier, si jamais il devenait roi en Angleterre, et il pria Harold de l’aider à réaliser cette promesse. Harold , pris au dépourvu par cet étrange aveu, et frémissant de son propre péril, donna une vague adhésion aux paroles du duc qui obtint de lui l’engagement verbal de livrer le château de Douvres aux Normands, de lui envoyer sa sœur pour un de ses proches, et de prendre en mariage pour lui-même sa fille Agathe.

A quelque temps de là , Guillaume, ayant convoqué à Baveux les barons de Normandie, lit porter dans la salle du conseil une vaste cuve, couverte d’un drap d’or, remplie de reliques des saints, et un missel fut ouvert sur la cuve, puis, faisant introduire le chef saxon, il le requit de répéter , en jurant sur ce missel, les promesses qu’il

ÈUOtARI) I.K CONFESSEUR. * I f>3

lui avait faites, et Harold fut ainsi contraint de les confirmer par un serment auquel les ossements sacrés, dont la cuve était remplie, donnaient un caractère plus saint et plus obligatoire. Guillaume ensuite le laissa libre, et Harold s’en retourna en Angleterre. 11 fil le récit de sa triste aventure au roi Edouard, qui pressentit les calamités que ce voyage attirerait sur son peuple : « Dieu veuille, dit le vieux roi, que ces malheurs n'arrivent pas durant ma vie!... »

Le terme n’en était pas éloigné : le roi Edouard se sentait mourir, et sa fin fut agitée par de sombres pressentiments : il s’affligeait de la décadence morale de son peuple et prévoyait de grands troubles pour sa succession. Les apparitions effrayantes, les prodiges menaçants et terribles, que les historiens et les poètes de l'antiquité nous montrent souvent aux approches de quelque grande catastrophe, se reproduisirent, dit-on, à ses yeux, comme des visions funèbres, et l’on assure qu’il entendit des voix prononcer ces paroles menaçantes : « 11 n’y a plus ni justice ni discipline : c’est pourquoi le Seigneur a brandi son glaive, il a tendu son arc, il manifestera son indignation et sa colère par le feu et par l’épée. » Il est probable qu’il recommanda , ensemble , aux grands du royaume, son petit neveu Edgar, dernier descendant de Cerdic, et Harold, fils de Godwin ', en leur laissant le soin de nommer son successeur. 11 donna ensuite toutes ses pensées au ciel ; voyant la reine en larmes, il lui dit : « Ne pleurez pas, mourir c’est vivre : je quitte la terre

4. Voyez, sur ce point important et obscur de l’histoire et sur les causes du voyage d’Harold en Normandie, deux dissertations d’après les sources originales. — Histoire des quatre conquêtes de l'Angleterre , I. II, I. m, c. 3.

Derniers

moments

d’Édouard

le

Confesseur.

M\lt K I. CHAPITRE 111.

Code de lois d'Édouard le

Confesseur.

Caractère

de

ce prince.

des morts pour le séjour des vivants; » puis, invoquant Dieu, il exhala son âme innocente 1 le 5 janvier lOCiï, après avoir régne environ vingt-quatre ans, et fut enseveli avec une pompe toute royale dans l’abbaye de Westminster qu’il avait fondée. 11 fit, dit-on, plusieurs miracles, et fut le premier roi d’Angleterre à qui l’opinion ait attribué le pouvoir de guérir les écrouelles. Le pape Alexandre III le canonisa un siècle après sa mort, et lui donna le surnom de Confesseur qui lui a été conservé dans l’histoire. Un de ses actes les plus remarquables est la recherche qu’il fit faire des lois et des coutumes nationales en vigueur sous son règne et sous celui de ses prédécesseurs : ce travail avait été commencé par le roi Edgar, qui déjà avait voulu faire un seul corps de lois uniforme des trois codes séparés des Danois, des West-Saxons et des Merciens. Ces lois, après la conquête normande, furent considérées par les indigènes comme le monument le plus authentique et le plus sacré de leur ancienne nationalité, et comme un remède efficace à tous leurs maux.

L’Angleterre conquise pleura Edouard comme le roi de son choix, comme son représentant national. C’est à tort qu’on l’a comparé à saint Louis2; celui-ci, à qui Alfred seul est comparable, offrit au monde un modèle accompli du saint et du roi dont il réunit les grands caractères en sa personne : Edouard le Confesseur fit voir au contraire toute la distance qui peut exister entre un saint homme et un grand prince; il ne gouverna jamais par lui-même, il fut le jouet des ambitieux et des

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