‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés. 1Chapitre 70 sur 202 · Tacite, Germa»., Xtll · texte numérisé non relu

Tacite, Germa»., Xtll

nsTITllHINS tT COI11MIS.

Lorsque chaque tribu répandue sur le vaste territoire qu’elle avait conquis dans la Gaule ou dans la Grande- Bretagne eut passé, de l’état de peuple pasteur ou nomade à l’état de nation sédentaire et agricole, la propriété immobilière, qui jadis, chez les Germains, était commune, acquit une valeur qu’elle n’avait point eue jusqu’alors, et il fallut de nouvelles lois pour consacrer des relations nouvelles, pour protéger les biens et pour les transmettre.

Il fallait que la société se protégeât elle-même, et se constituât de manière à donner à l’ordre et â la paix publique des gages et des garanties que le gouvernement ne pouvait point offrir. De cet état de choses sortirent deux faits considérables.

La resjionsabililé, d'individuelle 1 qu'elle était, devint collective. La population fut partagée en centaines et en dizaines ou décanies, qui comprirent, les premières cent familles et les secondes dix. Ces centaines et ces dizaines, appelées hundreds ou wapentakes et tylhintjs chez les Angle-Saxons, furent considérées comme collectivement responsables pour chacun des chefs de famille qui les composaient. Si l’un d’eux commettait un crime ou un délit et ne pouvait être représenté en justice ou acquitter la compensation fixée par la loi, la décanie â laquelle il appartenait devait l’acquitter pour lui. Tous les habitants étaient tenus de s’inscrire dans une de ces décanies ou tythings, et nul homme ne demeurait sans répondant.

I. C’esl-'a-dirc quo tou» le» ilief» do famille étaient individuellement icipon vaille? pour les personnes plocéos dans leur dépendance, dans leur tntmdtyrrf, cl que la re*ponsaliililé ne s'étendait point primitivement nu drla do cliaquc foyer.

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170 I.IVItK I. CHAPITRE 111.

A ce fait si important, il s’en joignit un autre : la propriété territoriale d’un homme étant, d’une part, son plus grand moyen d'influence, le seul par lequel il pût mettre d’autres hommes dans sa dépendance, en rémunérant leurs services et leur fidélité, tandis que, d’autre l>art, elle était la meilleure caution, la seule garantie positive qu’il put offrir de sa conduite à la société, on s’habitua à n’estimer chacun qu’à proportion de ce qu’il possédait.

D’ailleurs, dans celte société à demi barbare, où la loi était si faible et les passions si violentes, le riche seul pouvait, en s’attachant une nombreuse clientèle, assurer son indépendance et sa sécurité. La plupart des hommes dont le bien était insuffisant pour leur procurer ces deux avantages firent comme ceux qui ne possédaient rien, ils demandèrent assistance aux riches et reçurent d’eux, les uns à charge de services personnels, les autres à charge de rente, des terres qu’ils devaient garder, soit à temps, soit à vie, et qu’un grand nombre dans la suite obtinrent de transmettre aux mêmes conditions à leurs héritiers, et l'on vit ainsi se reproduire sur une échelle immense ce qui avait existé depuis plusieurs siècles, soit dans la Gaule, soit dans la Bretagne insulaire ; savoir, un vaste et puissant système de patronage et de clientèle, «pi i eut pour base la propriété territoriale.

11 y eut alors trois, sortes de biens : ceux qu’on possé«lait en propre et à perpétuité, à titre d’héritage patrimonial, et libre de toute obligation imposée envers le donateur; ceux qu’on possédait à titre de concession et qui obligeaient envers le donateur à certains droits personnels, et ceux enfin pour lesquels on s'engageait à l’ac-

INSTITUIONS ET COLTl MES.

(juilteinent d’une rente ou d'un cens annuel. Les biens de la première espèce, nommés aïeux ou alods chez les peuples germaniques de la Gaule, étaient appelés boclands; chez ceux de la Grande-Bretagne les biens de la seconde espèce étaient les bénéfices, qui plus tard devinrent des fiefs , et «pie les Anglo-Saxons nommaient folklands 1 : les biens de la troisième espèce étaient les biens ac censés, les terres tenues à charge de cens ou de corvées : ces terres reçurent différents noms, mais furent généralement désignées sous celui de ccnsives sur le continent et de biens en soccage chez les Anglo-Saxons. Ces trois sortes de biens constituaient trois classes de personnes : les membres des deux dernières classes étaient placés sous une dépendance |>lus ou moins grande, plus ou moins honorable des membres de la première, et ceux-ci étaient considérés par la loi et dans de certaines limites comme responsables pour ceux-là.

La loi, chez les Anglo-Saxons, obligea l'homme qui n’offrait point par lui-mème des garanties suffisantes à se donner un seigneur responsable. Tous ceux qui ne possédaient pas de biens en propre, vivaient ainsi sous la dépendance d’un supérieur, qui répondait pour eux en justice.

Cette subordination de «liverse nature, réputée noble dans le vasselage et non noble dans le colonat, condition rendue nécessaire par la force des choses dans la Gaule pour les hommes dépourvus de ressources personnelles

4. I,cs historien* anglais soûl très- pat Ugés sur la irritable signifie» lion des mois boc lami s cl falUands. J’ai adopté l’opinion à laquelle s’esl rangé le dm leur l/mgard, cl qui m’appuie, pour les badaud «, sur le le\fo formel des lois du roi Canu'. Canal, sccul. 38. Collecl. de lî. ’l loupe.)

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suffisantes, et que les lois rendaient pour eux obligatoires dans la Grande-Bretagne, chez les Anglo-Saxons et chez les Danois, devint du vin' au x' siècle, le principal fondement de la société européenne, quoiqu’avec des résultats très-divers selon les pays et les temps.

Chez les Anglo-Saxons les descendants des braves étaient distingués, par le nom A'ethelbom, de full boni , nés de haut, des gens du commun less born, hommes de moindre naissance. Us adoptaient comme une distinction honorable le nom de l’aïeul à qui ils devaient leur illustration : la terminaison iiuj ajoutée au nom de celuici désignait sa postérité : les Uffingas étaient les descendants d’Uffa, les Oïsingas les descendants d’OTsc. Nous ne voyons point qu’aucun pouvoir ou aucun privilège fût attaché à cette distinction, ou que la composition pécuniaire pour un elhelborn , s’il n’était thane ou officier public, fût plus élevée que pour un homme d’un rang inférieur : une seule famille, dans cette nation, comme chez les autres peuples germains, était par le seul droit de la naissance eu possession de privilèges particuliers. Pour qu’un ordre nombreux s’v établît et s’élevât au-dessus de la foule, il fallait que d’autres conditions se joignissent à celle de la naissance, ou suppléassent à son défaut. Les privilèges, en un mot, ne pouvaient s’obtenir que par la faveur des princes, par la supériorité du courage ou parcelle de la fortune : ainsi s’élevèrent, chez les anciens Germains, ceux que Tacite nomme dures, ou chefs de guerre, chez les Francs, les anlrustions et les leudes, les thaim enfin chez les Anglo- Saxons. Ces.distiuctions étaient toutes personnelles et ne se transmettaient pas aux enfants par le seul fait île la

INSTITUIONS ET COITIMES.

naissance : ceux-ci les obtenaient aux mêmes conditions que leurs pères les avaient acquises et ne les conservaient qu’en demeurant en possession des mêmes avantages.

La première classe était celle des thanes de haut rang ou du roi , possesseurs la plupart d’une quantité assez considérable des biens nommés aleiuc sur le continent, et badauds en Angleterre; dans la seconde classe entraient les thanes inférieurs, presque tous vassaux, parce que tous avaient reçu, soit du roi, soit des grands thanes, a charge de différents services personnels, desconcessions territoriales nommées fiefs ou folklands. Après ceux-ci enfin, venaient les colons et les céorls, dont un certain nombre possédait des terres accensées, tandis que la plupart étaient cultivateurs et fermiers, ou même simples domestiques au service des grands et des riches. Aucun obstacle insurmontable ne séparait les diverses classes de la nation : on pouvait monter, dit une ancienne loi, de la plus basse à la plus élevée, de même que de chantre on devient prêtre, ou de copiste évêque.

L'ordre des tînmes était fort nombreux. C’étaient eux qui composaient la principale force des armées. La loi estimait cinq liydcs de terre comme suffisants pour l’entretien d’un guerrier, et elle voulait que toute propriété de cette étendue fournît et entretînt un homme sous les armes. — Les thanes inférieurs étaient indifféremment nommés gesilhs ou sitheundmen, et ceux que les auteurs, qui ont écrit en langue latine, désignent si fréquemment sous le nom de milites, ou hommes de guerre.

Une classe d’hommes, qui acquit chaque jour une plus

Tbinei.

Ctforli.

Esclaves,

grande importance, et dont il sera parlé plus en détail ci-après, celle des ecclésiastiques, était assimilée, pour le rang et les privilèges, à la classe des thanes. Les évêques étaient classés au niveau des ealdormen ou des comtes; les prêtres, les diacres et les moines engagés dans les ordres, allaient de pair avec les thanes de premier et de second ordre. Nous avons dit qu’au-dessous des deux classes de thanes, était celle des hommes libres appelés céorls, dont quelques-uns étaient petits propriétaires et possesseurs de terres accensécs, C’est parmi ceux-ci que M. Hallam range l’importante classe des soemen. Les soemen, dit-il, étaient des céorls plus riches que les autres, qui avaient acheté des free holds (terres libres), ou qui, par prescription et par l’indulgence de leurs seigneurs, avaient acquis, sur les terres qu’ils faisaient valoir, des droits de propriété tels qu’ils ne |>ouvaient plus en être expulsés '.

Les céorls non propriétaires ou simples cultivateurs étaient réputés libres chez les Anglo-Saxons, et leur condition était supérieure à celle des cultivateurs du continent qui, à la même époque, tombés la plupart à l’état de servage, étaient attachés à la glèbe et appartenaient, corps et biens, à leurs seigneurs.

Au-dessous des céorls ou cultivateurs étaient les esclaves considérés comme la chose du maître au même titre que son bétail. Le clergé travailla efficacement chez eux à en diminuer le nombre par des affranchissements, et, de tous les rois, ce fut le grand Alfred qui prit la part la plus efficace à cette sainte œuvre.

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