PÉRIODE ANGLO-NORMANDE JUSQU’A LA MORT DE GUILLAUME LE CONQUÉRANT
De l'avénement d’Harold II jusqu'à l’arrivée des Normands à llastings.
u Un siècle et demi s’écoula entre le traité célèbre de No.i"pu'î.110 Saint-Clair-sur-Eptc, par lequel Charles le Simple céda à RuIIud. un chef de pirates norvégiens la partie de l'ancienne Neustrie qui a conservé le nom de Normandie, et la journée fameuse qui soumit l’Angleterre à leurs descendants. Six princes, avant Guillaume le Conquérant, |>ortèrent successivement, dans le nouvel État, la couronne ducale, et plusieurs circonstances concoururent, durant le x* siècle et le suivant ', à faire de la Normandie un lïlat homogène et fort, tandis que le royaume de France, soumis à l’action de plusieurs causes dissolvantes, allait se fractionnant et s’affaiblissant de plus en plus. Ce résultat, si avantageux pour la Normandie, doit être attribué en grande partie à la sagesse de Itollon, son fondateur et son premier duc : après avoir donné des établissements fixes aux farouches guerriers, com|>agnon»de sa fortune, il comprit l'importance de les amener aux habitudes
I. Sur la Normandie an V siècle, voyez mon llisloiic des quatre conquêtes de l'Angleterre, livre IV, r. I.
LA NORMANDIE APRÈS ROLLON. t8‘J
d’un peuple agricole et sédentaire, et il adopta, dans ce but, le culte et les lois des anciens habitants.
On vit ainsi les vieilles institutions germaniques se conserver dans cette contrée, tandis que, partout ailleurs dans la Gaule, elles étaient profondément altérées, soit par les maximes du droit romain, soit par celles du droit féodal, et surtout par les progrès de l’anarchie universelle qui réduisit, sur le continent, les privilèges de la royauté à un vain titre Sans pouvoir.
Véritables souverains dans leurs États, indépendants à l’égard des rois , libres de toute sujétion gênante audessus d’eux, les ducs normands surent également s’affranchir, à l’égard de leurs vassaux , de la plupart des restrictions que le régime féodal apportait généralement au libre exercice de l’autorité royale. Partout ailleurs , un arrière-vassal devait aider le seigneur auquel il avait juré tidélité contre le suzerain de ce seigneur, quel qu’il fût, prince souverain ou roi : en Normandie , au contraire, c’était à la jicrsonne du prince que tout homme libre jurait d’être fidèle; les ducs, en outre, s’étaient réservé toute haute juridiction ', et il n’y avait, dans leurs États, d’autre justice que la leur. La cour suprême, connue plus tard sous le nom de cour de l’Echiquier, constituait leur conseil souverain. Non-seulement ses membres jugeaient les causes importantes, ils apposaient encore leur signature ou leur 3ccau à la plupart des actes publics des ducs. Cette cour était formée des prélats, des barons et des principaux officiers : on ne voit paâ qu’elle ait jamais apporté d’obstacles sérieux à la volonté du