‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés. 1Chapitre 78 sur 202 · JEUNESSE DE GUILLAUME LE BATARD · texte numérisé non relu

JEUNESSE DE GUILLAUME LE BATARD

Sicile qu’il enleva aux Grecs et qu’il donna à son frère Roger: ainsi furent fondés les États qui, réunis, formèrent dans le siècle suivant le royaume des Deux-Siciles. Ces succès inouïs enflammèrent l’ambition des chevaliers normands, et l’Angleterre, vaste et magnifique proie, tentait leur ardeur aventureuse, lorsque le duc Guillaume, fils bâtard de Robert le Magnifique, entreprit de s’en rendre maître.

Guillaume, à la maturité précoce qu’il avait acquise au milieu des épreuves, des périls et des combats dont il était sorti victorieux, joignait alors celle des années, et avant de conquérir une terre étrangère il avait obtenu une gloire plus grande, celle de civilisateur et de pacificateur de son pays. A la mort de Robert le Magnifique et durant la minorité de Guillaume, la Normandie était retombée dans une anarchie complète. Les seigneurs normands, dévorés d’ambition et de cupidité, ennemis les uns des autres et nullement scrupuleux sur les moyens de satisfaire leurs passions et leurs haines, se faisaient une guerre épouvantable signalée par d’effroyables barbaries. Le vœu ardent des opprimés était d’obtenir un prince, un maître en état d’inspirer à tous un salutaire etfroi ; ce maître, ce prince fort et redoutable, fut le jeune duc Guillaume. Dès le début de sa carrière militaire, il annonça ce qu’il serait un jour : lorsque, bien jeune encore, il revêtit les armes de chevalier, dit son biographe contemporain Guillaume de Poitiers, la Gaule n’avait pas un autre guerrier aussi renommé : c’était un spectacle beau et terrible que de le voir dirigeant la course de son cheval, étincelant par l’épée et le bouclier, menaçant par son casque et par ses javelots; déjà

Anarchie de la

Normandie a la mort do Mohcrt le

MagniGque.

Minorité

son fils Guillaume.

Conduite

du

loi Harold sur

le trône d'Angleterre.

( I OGC)

son mâle courage brillait d’un éclat supérieur Il prit en main, avec un grand zèle, la cause des faibles; il arrêta les meurtres, les Incendies et les rapines; il défendit les Églises, et, prenant conseil des plus sages, il résista courageusement aux ennemis du dehors et obtint de ses sujets, après de grands efforts, l’obéissance qui lui était due : la Normandie changea entièrement d’aspect sous son administration tutélaire, et il avait aplani tous les obstacles et surmonté tous ses ennemis, lorsqu’il apprit l’avénement d’Harold au trône d’Angleterre.

Ce prince, en succédant à Édouard, ne tint pas compte des promesses que Guillaume lui avait arrachées, et parut n’en avoir conservé aucun souvenir : il fut «le ceux que la fortune améliore en les élevant, et il déploya sur le trône où il s’assit peu de jours, des vertus vraiment royales, reconnues meme par quelques historiens qui ont nié son bon droit *. Remarquable par la force du corps, par l’énergie de l’âme et par son éloquence, il possédait, comme l’assure Orderic Vital, beaucoup d’autres «(iialités dignes d’estime *. Il ne vit dans l’héritier légitime du sang de Cerdic, dans l’éthcling Edgar ni un compétiteur dangereux, ni un ennemi : aucune opposition sérieuse n’éclata, aucune révolte ne s’appuya du nom d’Edgar qu’Harold lit comte d’Oxford le jour où il reçut la couronne, et ce ne fut pas dans la famille dépossédée d’Edouard, mais dans la sienne meme que le fils de Godwin devenu roi trouva un premier et implacable ennemi.

1. Guillaume de Poitiers, Vie de Guillaume le Conquérant , p. 179.

2. IMalmosbury, p. 93-99. — De tous les liittorieos normande, Guillaume de Puilicr* est celui <|ui a traité le plus sévèrement le roi Harold.

3. Orderic Vital, S(rij>t. rer. nr.rtnan., ap. du Chêne, p. 492.

CONDUTE bll KOI HAHOLU. 1 !t.'l

Tosti son frère, comte de Northuinberland, que tes Northumbres avaient chassé et qu’Harold, par une sage politique, n’avait pas voulu rétablir, alla se susciter des vengeurs parmi les princes du continent. Il réussit à entraîner le roi de Norwége, Harald Hadrada, fils de Sigurd, le dernier chef Scandinave, dit M. Thierry, qui eût mené la vie aventureuse dont le charme s’était évanoui avec la religion d’Odin, et visité en pirate les contrées méridionales qu’habitaient les nations riches Harald promit de mettre sa flotte à la mer après la fonte des glaces.

Guillaume, cejændant, avait envoyé un messager à Harold pour lui rappeler le serment par lequel il s’était engagé à l’aider à monter sur le trône qu’il occupait, à épouser sa fille et à lui donner sa sœur en mariage pour un de ses barons. Harold répondit qu’en promettant le trône d’Édouard, il avait promis ce qui ne lui appartenait pas : « Car, dit-il, ma royauté n’est point à moi, et je ne saurais l’abdiquer sans la volonté du pays; de même, sans le consentement de la nation, je ne puis prendre une femme étrangère. Quant à ma sœur que le duc réclame , elle est morte : veut-il que je lui envoie son corps? »

Guillaume reçut cette réponse san3 colère apparente, et, par un second message, il pria le roi saxon de tenir au moins une de ses promesses en épousant sa fille Agathe. Harold refusa et il épousa une femme saxonne, sœur des comtes Edwin et Morkar, dont l’influence était grande surtout dans le nord de l’Angleterre. Guillaume, à cette nouvelle ne contint plus sa fureur : il jura qu’il

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