PRÉPARATIFS DE GUILLAUME
Saint-Pierre, enfin la violation du serinent d’Harold, étaient aux yeux de la cour romaine de légitimes et puissants griefs. Harold d’ailleurs ne s’était pas reconnu son justiciable, il n’avait envoyé aucun représentant auprès d’elle pour plaider ses droits, et il avait pour adversaire dans le consistoire et dans le conseil du pape Alexandre II, le célèbre Hildebrand, alors simple moine, et si grand dans la suite sous le nom de Grégoire VII. Le pape reconnut pour vrai et pour valable le legs qu’Édouard aurait fait à Guillaume de sa couronne, et il fut décidé que Guillaume de Normandie, étant parent du feu roi, devait être réputé son héritier, et pouvait avec justice en prendre le titre royal et s’emparer du royaume.
Cette décision fut transmise en forme de bulle au duc de Normandie : le jtape Alexandre U lui envoya en même temps un cheveu de saint Pierre, enchâssé dans un anneau de prix, et une bannière à l’effigie de l'apôtre.
Guillaume fit publier au loin son ban de guerre et promit à chacun une part dans les dépouilles du pays conquis.
Français, Bretons, Poitevins, Bourguignons accoururent sous ses drapeaux, aspirant avec avidité à la proie que leur offrait l’Angleterre.
Vers le milieu du mois d’août de. l’année 1066, Guillaume possédait plus de neuf cents navires à grandes voiles non compris les bâtiments de transport et réunissait sous son commandement soixante mille hommes de toute nation : il indiqua le rendez-vous général à l’embouchure de la Dive, où l’armée fut longtemps retenue par les vents contraires.
Le roi Harold se vit alors entre les périls de deux in-
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de l’armée de
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rasions redoutables : l’une au sud, par le duc normand, l’autre au nord, par le roi de Norvège et par son propre frère Tosti. La flotte norvégienne appareilla la première avec une armée formidable et longea les côtes de l’Écosse. Les Norvégiens emportèrent la ville maritime de Scarborough, puis ils se dirigèrent sur York, capitale de la Northumbrie, au secours de laquelle accoururent Morkar et Edvin, beaux-frères du roi Harold. Ce prince lui-mème marcha rapidement vers le nord avec toutes ses forces et fit porter des paroles de paix à son frère Tosti, offrant de lui rendre tous ses honneurs s’il consentait à poser les armes. — Et que donnera mon frère au roi de Norvège, mon allié? demanda Tosti. — Sept pieds de terre, répondit Harold, ou peut-être un peu plus , selon sa taille. Cette Hère réponse fut le signal du combat. La rencontre eut lieu à Stamfordbridge ; les Norvégiens , immobiles et la lance en arrêt , soutinrent sans fléchir le premier choc de la cavalerie saxonne; une seconde charge ébranla leurs rangs, et le roi Hadrada, après de grands exploits, étant tombé mort le cou percé d’une flèche, son armée lâchait déjà pied lorsque Olave, son fils, accourut sur le champ de bataille avec les troupes fraîches et complètement armées laissées en arrière sur le rivage et sur la flotte; l’arrivée de ces auxiliaires rétablit un moment le combat, mais une longue marche sans repos les avait épuises; ils soutinrent mal le choc des Saxons victorieux. Tosti et les principaux chefs tombèrent morts après une lutte désespérée, et la victoire d’Harold fut complète.
Harold, après la bataille, fit son entrée dans la ville d'York où il fut revu en libérateur, et s’arrêta pour gué-
DKHAHy LEVENT DES NORMANDS. 197
rir une blessure qu’il avait reçue dans la mêlée. Mais déjà un adversaire plus terrible approchait, et Harold, à table avec ses thanes, s’abandonnait à l’ivresse du triomphe lorsqu’un messager, porteur d’une sinistre nouvelle, fut introduit dans la salle du festin. Il annonça que le duc Guillaume avait débarqué avec son armée et que l’étendard des Normands avait été planté, près d’Hastings, sur le sol anglais. Harold alors, oubliant ses fatigues et sa blessure, donna l’ordre du départ et se remit en chemin vers le sud, avec une partie seulement de son armée victorieuse, qui se montra disposée à le suivre. Les troupes auxiliaires et stipendiais composaient alors ses principales forces : il rallia en chemin quelques-unes des milices de l’ouest et du nord, et il marcha à la rencontre des Normands avec cette étonnante célérité qui avait jadis contribué à ses victoires sur les Gallois et tout récemment sur les Norwégiens.
La flotte normande, réunie à l’embouchure de la Dive, avait enfin, levé l’ancre; mais une forte brise l’avait poussée le long de la côte jusqu’à Sainl-Valery sur Somme. Le mauvais temps l'obligea de s’y arrêter. L’expédition demeura ainsi cinq jours entiers comme sus|>cndue. Un vent propice enfin s’étant élevé, la flotte cingla vers les rivages de l’Angleterre. La mer était libre, la flotte saxonne était rentrée dans les ports pour se ravitailler, après avoir repoussé une escadre commandée par Tosti; les Normands passèrent donc sans obstacle et jetèrent l’ancre- à Pevensey, près d’Hastings, trois jours seulement après la victoire d'Harold à Stamfordbridge. Le rivage étant dégarni de défenseurs, le débarquement s'opéra sans résistance : le duc descendit
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le dernier, il Ht un faux pas en touchant le rivage et tomba ; mais se relevant aussitôt et s’adressant gaiement à ses compagnons, pour détruire l’effet d'un fâcheux présage, il s’écria, comme autrefois César : « J’ai saisi cette terre de mes mains, et aussi loin qu’elle peut s’étendre, elle est à vous. »
De la rencontre de» deux armées à Haslimp, jusqu'à la soumission de , toute l'Angleterre à Guillaume.
L’armée, maîtresse de Pevensey, se dirigea sur Hastings, dont elle s’empara comme d’un lieu de défense et de refuge pour la flotte : Guillaume y dressa ses tentes et s’y forliUa.
Les Saxons ne tardèrent pas à paraître. Harold s’arrêta à la distance d’environ neuf milles d’Hastings, près d’un lieu appelé Senlac, sur une colline boisée au nord, il y planta son étendard et y déploya son armée. Ses deux frères et sa mère redoutaient pour lui les conséquences fâcheuses de la violation d’un serment prêle snr des reliques, et ils s’efforcèrent d’éloigner sa personne du champ de bataille; mais il reçut impatiemment leurs timides conseils. Les négociations ayant échoué des deux parts, on lit les apprêts de la bataille.
Chaque chef y prépara son armée selon la coutume de son pays. Les Saxons passèrent la nuit sans dormir : ils chantaient et buvaient, et, au point du jour, ils marchèrent résolument à l’ennemi. Les Normands se préparèrent au combat par des actes religieux, par la prière et la confession. Leur camp retentit du murmure des oraisons et du chant des litanies, beaucoup de prêtres
CONylÊTE DK L’aMGLBTBERE.
parmi eux mêlaient l'accomplissement des devoirs de leur ministère aux soins guerriers : üdon, frère du duc Guillaume, couvrant des ornements pontificaux son armure de guerre, célébra la messe et bénit l’armée : puis s'élançant sur son cheval de bataille et saisissant sa lance, il prit son poste à la tête de ses hommes d’armes. Sur le front et sur les flancs de l’armée normande, le duc disposa en plusieurs lignes les archers et les arbalétriers armés à la légère ; l’infanterie de bataille suivait revêtue de cottes de maille, et derrière elle était la cavalerie partagée en trois corps ou divisions : au troisième corps étaient les chevaliers normands : Guillaume les commandait, et portait suspendues à son cou quelquesunes des reliques sur lesquelles Harold prêta le serment dont la violation l’avait rendu indigne, disait-on, de la faveur du ciel; il harangua son armée, celle-ci s’ébranla aussitôt et se porta en avant, au cri ré(>été de : Dieu aide ! Dieu aide !
Les Saxons, tous à pied, sur le coteau de Senlac, leur hache d’armes à la main, les boucliers serrés l’un contre l’autre, se tenaient fermes et immobiles comme un mur d’airain. L’étendard royal flottait au centre, et tout auprès étaient le roi Harold, scs frères et les principaux chefs remplis d’un indomptable courage.
L’attaque commença par des nuées de traits que lancèrent les archers et les arbalétriers de l’armée normande ; ceux-ci, après les avoir épuisés, se replièrent derrière la grosse infanterie qui se brisa contre les lignes des Saxons ; la cavalerie chargea à son tour et son choc fut effroyable. Les Anglais le soutinrent sans fléchir, leurs redoutables haches d’armes tranchaient les lances
Bataille
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et brisaient les corselets de fer. Etonnés d’une si intrépide résistance, les assaillants commençaient à fléchir : leur aile gauche lâcha pied et se débanda, le duc luimême fut un moment entraîné, et son cheval s’abattit sous lui : Guillaume tomba, le brait de sa mort se répandit et le découragement s'empara de toute l’armée. Remontant à cheval aussitôt, et se jetant le visage découvert au milieu des fuyards, le duc s’écria : « Regardez-moi, je vis et avec l’aide de Dieu je serai vainqueur 1 . » Sa vue rendit courage et confiance aux Normands; ils se rallièrent, un gros de cavalerie chargea les Anglais attachés à la poursuite des fuyards et les extermina : ce premier succès suggéra au duc un stratagème employé souvent et presque toujours avec bonheur. Il donna l’ordre à un corps de mille cavaliers de charger les Saxons, et de les attirer après eux par une fuite simulée s cette ruse de guerre réussit. Lorsque les Saxons virent fuir les assaillants , ils se crurent vainqueurs; un grand nombre, se détachant de la masse impénétrable, s’engagea témérairement à la poursuite. Les fuyards s’arrêtèrent, et en même temps un corps nombreux, aposté par Guillaume, chargea rapidement les poursuivants et en fit un grand carnage : ce stratagème fut renouvelé deux fois avec le même succès.
Cependant la ligne saxonne, quoique affaiblie, n’était point forcée et la victoire demeurait indécise. Harold avait perdu ses deux frères tombés morts au pied de son étendard, mais lui, combattait toujours, et nul ne rapprochait impunément. Guillaume, vers le soir, tenta un