Oraison funèbre du prince de Candi
3. Guillaume fit construire une citadelle sur l'emplacement ou lut bit c ta rameute tour de Loedics.
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mais qu’ils relèvent, c’est de lui qu'ils dépendent pour leur existence. Il prévient ainsi, dans les premiers temps, un soulèvement général, et sa politique, autant que sa bonne fortune, fit qu’il n’eut à combattre l’ennemi sur un point qu’après l’avoir contenu ou réduit sur tous les autres.
Menacé d’une insurrection redoutable, nous avons vu qu’il conjura l’orage en promettant de s’enquérir des vieilles lois du pays et de les faire observer; mais la loi nationale interprétée par un conquérant était celle «lu plus fort, et en évoquant de leur tombe tous les rois dont le souvenir était demeuré populaire , depuis Arthur jusqu’à Edouard, il mit dans leur bouche des paroles favorables à ses vues. Plusieurs peuples recevaient ses lois, le roi d’Écosse se reconnaissait son vassal, les Gallois étaient contenus ; la terreur de son nom se répandit dans toute l’Europe, et se fit sentir à ce Grégoire VII, <|ui était lui-même la terreur des rois
11 réussit, parce qu’aidé de la fortune il s’empara des événements avec l’habileté qui les dirige et la volonté qui les domine. C’était assez pour vaincre; il fallait davantage pour imprimer la durée aux faits accomplis, pour fonder après avoir conquis : il déploya dans ce but des vues élevées, une fermeté incroyable et une sorte de grandeur morale imprimée par Dieu sur ses traits comme dans son âme, et que n’efTacèrent jamais complètement les sombres passions auxquelles il s'abandonna. S’il employa souvent pour s’élever et s'affermir des moyens criminels, il fit voir aussi, dans plusieurs actes de sa vie.
I. Voyex ci-aprts, $ IV, Inihlnlimit politiqiKl dr Guillaume.
un respect sérieux, un zèle sincère pour la religion et pour la justice; sa sagesse, enfin, consolida ce que la xiolence avait établi. 11 avait reçu de la nature une organisation physique en harmonie avec ses facultés intellectuelles et morales. Son front large et dépouillé annonçait une pensée vaste et toujours agissante, son regard sévère et dur imprimait la terreur et commandait l’obéissance. Sa taille était haute, sa force prodigieuse, sa vigueur infatigable, et sa corpulence, qui s'accrut avec l’âge, n otait rien à son activité. Dans quelque condition que le sort l’eût place, il fût parvenu à s’agrandir; il était né conçu érant.
liiMitution* |Nililii|ue> do Guillaume le Conquérant.
La puissance et les institutions politiques de Guillaume reposèrent sur trois fondements principaux, la force militaire, les tribunaux, l’Église, et tous trois sur la propriété. Il profita des rapports nombreux qui existaient entre les institutions saxonnes et celles des Normands, pour déguiser les changements qu'il fit aux premières.
11 conserva donc, dans les anciennes institutions du pays, tout ce qui pouvait s’accorder avec sa situation et faire illusion aux vaincus, el s’associa pour complice le grand conseil national, d’origine à la fois saxonne et normande, dont il choisit à son gré les membres, et qui, après un . certain temps, conqiosé presque tout entier de spoliateurs, eut intérêt à maintenir les spoliations.
Les divisions territoriales, les formes administratives, les tribunaux, les procédures judiciaires, les usages qui
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réglaient les transactions des citoyens et les rapports hiérarchiques des hommes entre eux, tout cela était à peu près établi de même chez les deux peuples, tout cela fut donc à peu près conservé ; mais sous ce respect apparent et facile pour les choses établies, Guillaume déguisa des changements qu’il introduisit graduellement durant une période de vingt années. 11 (il ainsi, au profit de la couronne, une révolution véritable, et, pour la juger, il ne faut point perdre de vue que, dans les derniers temps de la monarchie anglo-saxonne, à la mort d’Edouard le Confesseur , tout tombait en dissolution , l'Eglise, l'aristocratie et le trône'.
Dans les institutions des Anglo-Saxons, nous avons reconnu tous les germes de la féodalité, si ce n’est la féodalité même. Ce peuple en connaissait les principaux caractères, surtout en ce qui touchait la dépendance et la subordination des personnes; il connaissait le serment qui liait l'homme libre au seigneur et le châtiment qui en punissait l’infraction. C’étaient là autant de pierres d'attente pour l’édifice politique de Guillaume ; il en profita avec une habileté extrême pour établir en Angleterre le système féodal, tel à peu près qu’il était en vigueur en Normandie, toutefois utilement modifié dans l'intérêt de son pouvoir
Lorsqu'il se crut suffisamment affermi dans sa conquête pour en disposer, lorsque d’une part l’espoir du gain et d’autre part la crainte d’une sjioliation totale lui eurent donné un pouvoir à peu près absolu sur ses compagnons d’armes et sur cenx des vaincus qui avaient
|. Vo\ci paye? 218, 219.
Propi ii'trt territoriale.
Tenanciers
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conservé leurs biens, il se fil reconnaître [>our le seul vrai propriétaire du sol, dont il distribua de vastes paris aux principaux chefs de son armée, à charge d’hommage et de service militaire. Un grand nombre de seigneurs anglo-saxons furent maintenus dans leurs possessions à des conditions semblables : ils devinrent ainsi ses hommes, en le reconnaissant pour le maître et le seigneur dont ils tenaient en don les terres qu’ils possédaient auparavant à titre d’héritage '. Guillaume se réserva ou s’adjugea ainsi à lui-mcme le domaine direct de toutes les terres de son royaume, dont il laissa à ses sujets normands ou anglo-saxons le domaine utile 2.
Tous ceux qui rendirent ainsi directement hommage à Guillaume, pour leurs biens, furent les principaux vassaux, les tenanciers directs de la couronne, et ils s'engagèrent chacun à fournir un nombre déterminé d’hommes qui devaient se rendre, à cheval et en armes, au lieu désigné par chaque convocation royale. Les seigneurs normands partagèrent leurs vastes domaines en un grand nombre de parcelles : ils en donnèrent une partie, à condition d’hommage, de fidélité et de service de différente nature, à des hommes nouveaux, Normands comme eux, et laissèrent le reste, à des conditions semblables, à leurs anciens possesseurs. Les uns et les autres devinrent les tenants ou les vassaux des tenanciers
Siward, Briion, Àdeling, Hilhric, Wolden, Gurl, Copsi et une multitude d’autres qui étaient issus des plus illustres familles anglo-saionncs, reçurent sans répugnance, sous le nom de fiefs ou de comtés inféodés h perpétuité, les gouvernements qu’ils n’avaient, avantja conquête, possédés qu’à titre d’honneurs et d’usufruit. (Houard, Traité sur les coutumes anglo-normandes, disscrlatiao prélim, t. I, p. 188.)