I. Burnel, II, |». 303. — Hcylin, p
était complète, hormis sur un seul point : les biens ecclésiastiques n'avaient pas été rendus au clergé, et maintenant que la nation était muette et semblait comprimée par la terreur, le moment de les restituer paraissait venu. Le pape Jules III avait décidé que les nouveaux possesseurs de ces biens ne seraient pas inquiétés. Paul IV lui avait été donné pour successeur, et celui-ci, dans un temps difficile où une parfaite modération était le plus indispensable, avait apporté sur le trône pontifical les passions les plus dangereuses, un inflexible orgueil, une ambition sans limites et une violence téméraire. Ce fut lui qui reçut l'ambassade solennelle chargée de présenter au saint-siége la soumission de l'Angleterre, et il fil voir tout d'abord, au sujet du titre de reine d'Irlande que Marie ajoutait aux siens, ses prétentions absolues et son humeur intraitable. « Le droit d'ériger de nouveaux royaumes, disait-il, ou d'abolir les anciens, n'appartenait qu'au saint-siége, et pour sauver sa dignité sans irriter Marie, il déclara l'Irlande érigée en royaume de sa propre autorité, puis il reconnut à la reine le nouveau titre qu'à ses yeux elle avait usurpé Il exigea ensuite la restitution des biens d'Eglise sous peine de la damnation éternelle prononcée contre les infracteurs. La reine se soumit la première ; et quelques-uns de ses ministres ayant allégué que la couronne, ainsi dépouillée d'une partie de ses revenus, soutiendrait mal sa dignité, Marie répondit qu'elle perdrait plutôt dix royaumes comme l'Angleterre que son âme. La prudence de Gardiner eût apporté peutêtre quelques tempéraments à des mesures si précipi-
l. Fn Piolo.
tées; mais il était mort : l'archevêque d'York lui avait succédé dans sa charge de chancelier, et n'opposa aucune digne au torrent. Un bill fut présenté pour autoriser la restitution par la couronne de tout ce qui lui restait de biens appartenant à l'Eglise, et pour octroyer un subside considérable destiné à en remplacer les revenus. Ce bill fut rejeté, ainsi qu'un autre qui avait pour but de rendre plus active encore la poursuite de l'hérésie. La reine, irritée, prononça la dissolution du parlement, et, n'ayant pu obtenir des subsides réguliers, elle eut recours à des exactions arbitraires, frappant, par des moyens violents, le commerce et la grande propriété d'impositions onéreuses et multipliées. En paix alors avec l'Europe entière, c'était moins pour elle-même qu'elle pressurait ainsi ses sujets que pour l'époux qu'elle aimait avec une passion jalouse et non partagée, et elle espérait, en subvenant à ses besoins, se l'assujettir par les liens de la reconnaissance.
Philippe n'était plus alors en Angleterre: il était allé sur ALdicniion le continent recueillir le vaste héritage paternel. Lepuis- < •iwri«'Quh!r! sa»t empereurqui,pendanttantd'années,avait agité FEu- (I5:k>) roI)C l)ar son animuon> reconnaissait enfin le néant des grandeurs humaines. Il convoqua les états généraux à Bruxelles : là, sur le trône, entouré pour la dernière fois de la pompe la plus imposante, il abdiqua la souveraineté des Pays-Bas en faveur de Philippe, son fils, qu'il présenta à l'assemblée, et il exposa d'une voix émue les motifs de son abdication. Il recommanda à son successeur, comme le grand et unique but d'un souverain, le bonheur du peuple qui lui est confié, et il avoua qu'il s'en était trop souvent écarté. Il s'appuyait, en parlant ainsi, sur Fé-
M A Hl R
paule du jeune Guillaume de Nassau, prince d'Orange, chef de l une des plus illustres maisons de l'Europe, en qui l'empereur avait distingué le germe de grandes qualités, et qui devait grandir plus tard pour rabaissement de sa maison et de la monarchie espagnole. Peu de mois après, Charles -Quint se démit encore de la couronne d'Espagne et de ses possessions en Italie et dans les Indes. Tous ses titres et ses immenses possessions devinrent le partage de Philippe II, à l'exception de la dignité impériale et des états d'Autriche, de Hongrie et de Bohème, qui échurent à Ferdinand, roi des Romains et frère de l'empereur.
Après avoir abdiqué, Charles-Quint se retira au monastère de Saint-Just, où il vécut deux années, méditant sur les grandeurs humaines qu'il regretta peut-être, partagé entre les pratiques religieuses et les travaux mécaniques, par lesquels il trompait ses ennuis. Il fabriquait , dit-on , des horloges et des montres, et ayant reconnu l'insurmontable difficulté de les mettre parfaitement d'accord, il comprit enfin qu'il n'était pas possible d'obtenir des hommes agités par tant de passions, et d'humeurs si diverses, une complète uniformité dans les vastes champs de la pensée. Tandis que ce monarque belliqueux et infatigable offrait ainsi au monde un grand exemple du mépris des choses humaines et du renoncement à ses vanités et à ses pompes, l'irascible et orgueilleux vieillard qui occupait le siège pontifical, Paul IV, donnait un spectacle tout différent. Implacable ennemi de la maison d'Autriche, altéré de vengeance et enivré de son pouvoir, il ne songeait, quoique touchant à la décrépitude, qu'à satisfaire ses ressentiments et son ambition, et il excitait le roi il. 4<T
Henri II à rompre la trêve conclue pour deux ans entre la France et 1 Espagne : il lui promettait, pour prix de Guerre sa docilité, le recouvrement du royaume de Naples et des
du pape
h anciennes possessions de la France en Italie, que Henri
de Henri H •
contre revendiquait encore. Il commença le premier les hostirE»peC»e. lités, et il obtint contre le duc d'Albc, Mce-roi de Naples,
(1555) l'assistance d'un corps de troupes françaises. Philippe 11, voyant la guerre rallumée, exigea que l'Angleterre y prît part et qu'elle s'associât à sa cause. La violente passion qu'il avait inspirée à la reine l'emporta tout à la fois dans le cœur de Marie sur sa répugnance à faire la guerre à la France et au pape, et sur l'intérêt de son peuple, qui demandait le maintien de la paix entre les deux couronnes. Philippe ayant déclaré qu'il ne remet trait plus le pied sur le sol anglais si la reine n'embrassait sa querelle, cette menace la décida : elle saisit le plus frivole prétexte pour rompre avec la France, bravant ainsi l'opposition de son conseil, le cri de son peuple et celui de sa conscience : elle accusa Henri II de connivence avec quelques réfugiés protestants, qui, après avoir équipé un navire dans le voisinage de Calais, avaient abordé en Angleterre les armes à la main , sous la conduite de Thomas Stafford, et s'étaient emparés du chà-
Rupiurc *eau de Scarborough, où ils furent tous faits prison-
TAnBicierre niers : tel fu* le molif (lu el,e allégua pour colorer sa rupture avec Henri II, et elle soutint cet acte impolitique
Il France.
par les mesures les plus violentes.
Des subsides pour une guerre impopulaire n'étaient point à espérer du parlement : Marie leva une forte contribution sur la ville de Londres , décréta plusieurs taxes arbitraires, arma une flotte de leur produit, enleva,
pour rapprovisionner, les blés de plusieurs comtés el chercha à s'assurer contre les factions intérieures en arrachant secrètement de leur famille un certain nombre de personnes des premières maisons du royaume qu'elle retint en otage à la Tour *. La reine, en usant de semblables moyens, parvint à lever et à cquifier dix mille hommes qu'elle envoya au secours des Espagnols, dans les Pays-Bas, sous le comte de Pembroke.
L'arméeanglo-espagnole réunie était d'environ soixante mille hommes, sous les ordres de Philibert, duc de Savoie, l'un des plus grands généraux de son siècle. Le connétable de Montmorency commandait l'armée française, fort inférieure en nombre, et tentait de ravitailler la ville de Saint-Quentin, assiégée par les Espagnols et défendue par l'amiral Gaspard de Coligny, si fameux dans la suite. L'armée française, surprise par le duc de Savoie à peu de distance de cette place, fut taillée en pièces; Montmorency demeura prisonnier. Le chemin de la capitale était ouvert; mais Coligny, après ce désastre, prolongea dix-sept jours encore la défense de Saint-Quentin; ce fut le salut de la France. Henri II eut le loisir de rassembler une autre armée sur la frontière du nord, et il rappela de Naples pour cet objet l'armée d'Italie et son illustre chef, le duc de Guise. Celui-ci se rendit en Flandre au cœur de l'hiver et lit une brillante conquête qui vengea la défaite de Saint-Quentin et pénétra les Anglais de douleur. La ville de Calais était depuis plus de deux siècU s en leur possession, elle était la porte par laquelle ils arrivaient en France, et fortifiée par eux avec le