LIVRE IV. CIlAl'ITIt L III
Henri Darnlcy était catholique : il avait pour adversaires les lords protestants, le réformateur Knox, les ministres presbytériens ses confrères et la masse du peuple qui voyaient la religion presbytérienne en péril par son mariage avec leur souveraine. Une conspiration se trama pour l'empêcher, contre Marie elle-même, et à la tête des conjurés était lord James son frère, créé par elle comte de Murray. Marie Stuart brava tous ces
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d. périls, elle épousa Darnley, vainquit la révolte et força MuieStMJit les jor(j8 remues a chercher un refuge en Angleterre. inn.Ky Majs eiie conçut bientôt un amer repentir de ce funeste mariage. Darnley, pour qui elle s'était exposée à tant d'inimitiés, dérobait, sous un extérieur séduisant, un esprit soujrçonneux, un caractère violent et des penchants vulgaires. Incapable d'élever ses pensées à la hauteur . de sa fortune, il mit bientôt à découvert sa nullité intellectuelle et ses vices grossiers ; et la reine, passant rapidement de l'engouement à l'aversion, refusa de lui accorder la couronne matrimoniale, c'est-à-dire la moitié de l'autorité suprême qu'elle lui avait promise au début de leur union. Furieux de ce refus, Darnley l'imputa à un Italien nommé David Rizzio, doué d'un esprit subtil et d'un talent agréable pour la musique, et que la reine avait attaché près d'elle en qualité de secrétaire. Les ennemis de Marie Stuart excitèrent contre cet homme la fureur jalouse de Darnley, qui résolut de l'immoler à ses soupçons et à sa vengeance. Il se rapprocha, dans ce but, de ses anciens ennemis, les principaux lords protestants, partisans de Murray, George Douglas, Lindsay, Rulhven et Morton. Ils résolurent ensemble de tuer Rizzio, de dissoudre le parlemeut d'Ecosse qui devait pro-
céder contre les réfugiés, d'enfermer la reine, de confier à Darnlcy la souveraineté nominale et de remettre la puissance réelle dans les mains de Murray en s'assurant de l'appui d'Elisabeth et de ses ministres. Ce plan conçu par Morton fut adopté par les principaux lords protestants et par les hommes les plus influents dans l'Eglise et dans la magistrature. Tout étant prêt pour le meurtre, le samedi 3 mars, Georges Douglas , Lindsay et Morton lui-même, chancelier du royaume, se rendirent pour le consommer à Holyrood avec deux cents hommes dans l'appartement du roi. Ruthven, tout pâle et affaibli par une maladie mortelle, s'était joint à eux pour prendre sa part du crime. Morton et Lindsay gardaient l'intérieur du palais tandis que Darnlcy pénétrait chez la reine qu'il trouva à souper avec sa sœur naturelle lady Argyle et David Rizzio, en compagnie de quelques autres. A l'aspect inattendu de Damley, bientôt suivi de Ruthven, couvert de son armure, de Georges Douglas et de deux conjurés, tous armés de dagues et de pistolets, la reine pressentît leur projet sinistre et Rizzio se vit perdu. Se précipitant Meurtre alors vers la reine et Rattachant à sa robe, il la conjura otTidRinio. de le sauver, bille se mit entre lui et les meurtriers ^566j dont elle villes armes dirigées contre sa personne; mais Darnley arracha violemment d'auprès d'elle le malheureux qu'il livra à ses farouches satellites : Rizzio fut entraîné dans une salle voisine où Georges Douglas le frappa le premier, et il expira percé de cinquante-six coups de dague ou de poignard. Le sachant mort, Marie Stuart cessa ses cris et essuya ses yeux : Plus de larmes , dit-elle, songeons à la vengeance, et exhalant sa fureur contre Darnley, le principal auteur du crime, elle lui
dil : « Je ne serai plus votre femme et jt ne serai contente que lorsque votre cœur sera aussi désolé que le mien. »
La reine était cependant alors elle-même au pouvoir des conjurés : le palais d'Holyrood devint sa prison et au bruit de la mort de Kizzio, le comte de Murray et les autres lords coupables de la précédente rébellion et qu'elle avait proscrits , rentrèrent dans le royaume dont l'histoire n'est plus pour longtemps qu'une suite de complots et de trahisons. Trop faible contre tous, Marie Stuart dissimula, elle feignit de se réconcilier avec son mari , obtint par son assistance la liberté de sortir d'Holyrood, et trompant la surveillance de ses ennemis, elle se rendit à Diuibar, où elle convoqua la noblesse. Puis . lorsqu'elle se vit à la tête de forces imposantes , elle leva le masque, poursuivit à outrance et jusqu'à la frontière d'Angleterre les meurtriers de Rizzio. n'épargnant que Darnley, qui les lui avait livrés et réservant sa vengeance.
Trois mois après cette sanglante tragédie, Marie Stuart accoucha d'un fils, héritier présomptif de deux couronnes, qui fut Jacques VI d'Ecosse et Jacques Ier d'Angleterre. La reine Elisabeth était à Greenwich et donnait une fête à sa cour lorsqu'elle apprit cette nouvelle qui la remplit d'une soudaine tristesse. Interrompant les danses, elle tomba comme accablée dans un fauteuil et dit : « La reine d'Ecosse vienl d'accoucher d'un fils, et moi je ne suis qu'un arbre stérile ! »
Cette brillante reine qui excitait ainsi l'envie d'Eli-
sabeth allait bientôt devenir un objet de commisération pour tous. Une passion Fatale que lui inspira le comte Bothwell, ajoutait encore à son mépris et à sa haine pour le roi son mari qu'elle avait de nouveau écarté de ses conseils comme de sa personne. Une ligue se forma pour perdre ce faible priuce entre ceux même qui avaient servi sa colère en lui prêtant leurs bras contre Rizzio et qu'il avait abandonnés ensuite à la fureur de la reine outragée. Us tentèrent d'apaiser Marie Stuart en la délivrant de Darnley. Un complot, dont Bothwell était le principal auteur, fut tramé contre la vie du roi, et des témoignages accablants rendent malheureusement trop probable la complicité de la reine dans ce sombre attentat. Ses anciens ennemis, Morlon , Lindsay et soixanteseize autres exilés furent rappelés en Ecosse. Darnley qui les avait trahis après le meurtre de Rizzio, s'éloigna de la cour à leur approche et tomba bientôt gravement malade de la petite vérole à Glasgow.
Marie qui, peu de jours auparavant, avait laissé éclater toute son aversion pour lui, fit voir tout à coup des sentiments très-différents : elle feignit un retour de tendresse , alla le visiter et témoignant le plus vif intérêt pour son rétablissement, ejle l'engagea à se rapprocher d'elle aussitôt qu'il serait en état d'être transporté. Le roi, facilement gagné par ces témoignages inattendus d'aUection , consentit à suivre la reine et à habiter jusqu'à sa guérison près de Craigmillar, où elle résidait avec son fils dans un lieu nommé Kirk-in-Field préparé pour l'y recevoir, et où il se laissa conduire par Marie et le comte BothwelU II. 28
Celui-ci cependant disposait tout pour faciliter l'accomplissement du crime, et fit introduire dans la maison où reposait Darnley un baril de poudre qu'il plaça sous la chambre occupée par ce prince et par son page.
Meurtre Le 9 février fut fixé pour l'exécution du complot : de iwoley. ja reine flt ce jour|à une visite au roi , et quelques
(1567) heures après son départ, Bothwel et les assassins ses complices pénétrèrent de nuit dans l'appartement de Darnley , l'étranglèrent avec son page, puis après avoir transporté leurs cadavres dans un verger voisin, ils mirent le feu aux poudres afin de dérober la trace du meurtre sous les ruines de l'édifice. L'explosion, qui eut lieu avec un épouvantable fracas, attira la foule sur le théâtre du crime, mais Darnley et son page furent trouvés sans meurtrissure apparente comme sans brûlure : le crime était évident et l'horreur publique désigna Bothwell pour le meurtrier. La crainte d'un affreux scandale , le soin de son honneur, et le péril le plus imminent, rien ne put surmonter, dans le cœur de Marie Stuart, la passion sans frein qu'elle afficha pour Bothwell au mépris des lois divines et humaines, en l'admettant auprès de sa personne et en ne communiquant que par lui avec ses plus fidèles serviteurs. Elle n'accorda qu'une vaine satisfaction à l'opinion publique soulevée contre lui et à la douleur du comte de Lennox, père de la victime , qui demandait vengeance , tandis qu'Elisabeth indignée , pour l'honneur de la royauté, des soupçons qui planaient sur Marie Stuart, la conjurait de faire justice : «Pour l'amour de Dieu, Madame, dit-elle, faites
\o\r votre prudence et votre sincérité afin que le inonde puisse avec raison vous absoudre d'un crime si énorme que, si vous en étiez coupable, il vous dégraderait du rang de princesse. Vous parlant comme si vous étiez ma tille, je vous déclare que je préférerais pour vous une tombe honorable à une vie entachée Kp
iMarie Stuart demeura sourde et insensible à ces représentations éloquentes comme aux instances de ses amis les plus respectés, de lord Herries et de sir James Melvil qui la suppliaient d'avoir soin de son honneur ; tout entière en proie à sa criminelle passion, elle ne permit pas que les preuves qui incriminaient Bothwell et ses complices fussent produites, et lorsque après une enquête illusoire il eut été absous, elle le combla de faveurs, lui donna la seigneurie de Dunbar, étendit les pouvoirs qu'il avait déjà comme grand amiral : elle fit plus, elle lui commanda de se saisir de sa personne, se fit enlever par lui, et l'épousa.
La mesure était comblée. Une grande partie de la noblesse d'Ecosse se souleva et prit les armes pour faire descendre Bothwell du rang où son audace criminelle l'avait élevé, et pour le séparer de Marie Stuart. Lis seigneurs confédérés appelèrent aux armes leurs vassaux afin de venger le roi et de défendre le prince royal. La reine les déclara traîtres et marcha contre eux à la tète de quelques troupes rassemblées à la bâte : intimidées et affaiblies par la réprobation qui s'attachait à leur cause, elles se dispersèrent sans