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i56 LIVRE IV. CHAPITRE III.
cisnie en Angleterre et dans son royaume comme l'infaillible résultat dn succès. Philippe II seconda l'entreprise. (|iii aurait également été encouragée par une foule d'ardents catholiques de cette époque : combien plus Marie Stuart , attendait d'elle sa délivrance, après l'indigne traitement qu'elle avait soutfert et dans l'état de guerre ouverte où elle vivait avec Elisabeth, était-elle autorisée, aux yeux de sa conscience, à reiuke à sa mortelle ennemie, injure pour injure, violence pour violence et la mort même pour cette lente agonie, pour cette mort anticipée et si douloureuse à laquelle Elisabeth la condamnait. Le projet d'assassinat ne lui fut communiqué qu'en termes vagues et couverts : elle n'y tit elle-même, dans sa réponse, qu'une allusion indirecte en communiquant avec Babington, par l'entremise de ses secrétaires, et prétendit plus tard qu'elle l'avait ignoré.
L'àme du complot était Philippe II : il promit aux conjurés de les soutenir par les armes, et il ordonna au prince de Parme, gouverneur des Pays-Bas, de se tenir prêt et de franchir le détroit avec une armée aussitôt qu'il aurait appris l'exécution de l'entreprise.
n&ottterii ]i était trop tard : Walsingham ayant recueilli toutes il a
compLi. les preuves écrites de la conjuration, tit arrêter les conjurés, qui bientôt traduits en jugement et condamnés, subirent tous l'horrible peine infligée au crime de haute trahison. Marie Stuart fut dépouillée de ses |>apiers et privée de ses secrétaires : ceux-ci, menacés de* la torture, avouèrent n'avoir correspondu avec Babinglon que par les ordres et sous la dictée de leur souveraine. Elisabeth hésita tjuelqur temps; puis donnant jusqu'au bout
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carrière à sa haine implacable, elle résolut de faire juger et périr l'infortunée qu'elle avait déjà abreuvée de toutes les douleurs. Elle nomma une haute cour de justice et Marie Stuart fut conduite, sous la garde île l'inflexible sir Amyas Paulet et de sir Walter Mildmay , dans le château de Fortheringay , où la haute cour eut l'ordre de s'assembler et où le dernier acte tle cette sombre tragédie allait s'accomplir. Marie Stuart avait d'abord refusé de reconnaître la cour, mais ensuite, et sur de fausses espérances qui lui furent données au nom d'Elisabeth, elle consentit à comparaître, en protestant toutefois contre le droit qu'on s'arrogeait de la juger.
Dans la matinée du 14 octobre, appuyée sur le jUROmeni bras de sir André Melvil et de son médecin, elle „ . *•
Marie Sluar
descendit dans la grande salle du château où siégeait le tribunal composé des grands juges et d'autres personnages considérables de la chambre des lords et du conseil privé; de ce nombre étaient le chancelier Bromley, le lord trésorier Burleigh et Walsingham. Marie salua les lords avec dignité. Conduite sur un siège de velours et voyant un dais royal aux armes d'Angleterre à l'autre extrémité de la salle, elle dit : « Je suis reine, ma place devrait être là. » Fuis promenant un regard sur l'assemblée elle ajouta : <« Hélas! il y a ici un grand nombre de conseillers, et pourtaut pas un seul n'est pour moi. » Accusée d'avoir conspiré contre la vie de la reine d'Angleterre, les charges principales produites a l'appui furent les aveux de plusieurs conjures et des copies des lettres tic; ses secrétaires cl de celles de Babinglon : Marie
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Stuarl re|voussa les premiers témoignages comme arrachés par la violence des tourments, et contesta l'authenticité des seconds : elle avoua qu'elle avait conspiré pour recouvrer sa liberté, mais elle nia qu'elle fût entrée dans un complot contre la vie de la reine. Elle accusa hautement Walsingham d'avoir altéré ses chiffres et ourdi des trames secrètes contre sa vie et celle de son fils. Elle demanda à être entendue en plein parlement ou à avoir une entrevue avec Elisabeth, et elle ajouta : «Accusée, je réclame le privilège d'avoir un avocat qui plaide ma cause, ou reine, je demande que l'on me croie sur ma parole de reine. » Elle ne parut plus devant les commissaires : sa sentence de mort fut prononcée a l'unanimité et le parlement sanctionna cet arrêt.
Elisabeth se montra en proie à une grande irrésolution et, partagée entre le désir secret de répandre le sang de sa rivale, et la crainte d'irriter des rois puissants et d'entacher sa mémoire, elle consulta de nouveau les deux chambres, qui répondirent que la reine d'Angleterre serait en danger tant que vivrait la reine d'Ecosse. Elisabeth alors lui flt signifier sa sentence. Marie Stuarl écouta ses envoyés avec calme et leur dit qu'elle s'estimait heureuse d'avoir été regardée comme un instrument propre à rétablir la religion catholique et à verser son sang pour elle. Son gardien, sir Amyas Paulet, lui ayant dit brutalement, en faisant abattre son écusson royal, qu'elle ne serait plus traitée en reine, mais comme une femme ordinaire légalement morte, Marie lui montra, au lieu de ses armes, la croix de Jésus-Christ : «Je tiens de Dieu, reprit-elle.
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la dignité de reiue, et je la rendrai à Dieu seul, avec mon àtne. » Privée de son chapelain qu'elle avait demandé, elle écrivit au pape, en lui demandant son absolution, sa bénédiction et ses prières; elle remettait à Sixte-Quint sa propre autorité sur son fils, le conjurait de le ramener à la foi catholique et exprimait le vœu qu'il se rendît ainsi digne d'entrer dans la famille de Philippe II, en épousant sa sœur. « Voilà, continuait-elle, le regret de mon cœur et la tin «le mes désirs mondains. » Elle envoya quelques bagues en souvenir à ses amis et parents sur le continent : elle écrivit au duc de Guise, son cousin : «Bien que jamais bourreau n'ait mis la main en notre sang, n'en ayez honte, mon ami, car le jugement des hérétiques et ennemis de l'Eglise est profitable devant Dieu à ses enfants, et si je leur adhérais je n'aurais point ce coup. »
Marie Stuart exprima ses derniers vœux à Elisabeth en termes nobles et touchants. « Je ne demande point, dit-elle, que ma vie soit prolongée, n'ayant eu que trop de temps pour expérimenter ses amertumes. Je souhaite tenir de vous seule les bienfaits qui suivent : Premièrement, comme il ne m'est pas possible d'espérer une sépulture selon le rit catholique en Ecosse OÙ les tombeaux de mes aïeux ont' été violés, et les temples saints renversés et détruits, ni en Angleterre au milieu des mis mes ancêtres et les vôtres, je demande, lorsque mon sang innocent aura assouvi mes ennemis, que mon corps soit porté par mes domestiques en quelque terre sainte pour y être enterré, et surtout en France ou repose ma mère, afin que ce pan-
v it corps, qui n'a jamais eu de repos tant qu'il a été joint à mon âme , le puisse finalement rencontrer alors qu'il en sera séparé. Secondement , je prie Voire Majesté que je ne sois point suppliciée en quelque lieu caché, mais à la vue de mes domestiques et autres personnes qui puissent rendre témoignage de ma foi et obéissance envers la vraie Eglise, et défendre le reste de ma vie et mes derniers soupirs contre les faux bruits que mes adversaires pourraient répandre. En troisième lieu , je requiers que mes domestiques , qui m'ont servi parmi tant d'ennemis et avec tant de fidélité, se puissent retirer librement on ils voudront, et jouir des petites commodités que ma pauvreté leur a léguée dans mon testament. Je vous conjure, Madame, par le sang de Jésus-Christ , par notre |varenté , par la mémoire de Henri septième notre père commun, et par le titre de reine que je porte encore jusqu'à la mort, de ne point refuser des demandes si raisonnables et de me les assurer par un mot de votre main, et là-dessus je mourrai comme j'ai vécu, votre affectionnée sœur et prisonnière. »
Cette lettre, qui peut-être ne fut pas remise a la reine resta sans réponse. Elisabeth cependant flottait toujours irrésolue : l'indifférent Jacques VI, jusque-là insensible au sort de sa mère, s'était enlin ému et avait écrit à la reine d'Angleterre une lettre ferme et menaçante2. Henri {il avait également député r \ ers elle annonçant le projet d'intervenir à main année
K C* Milieu, ubi supin, p. 171.
2. Palrica Cray rrpendaiit, envoyé de Jacqur- X I, » lia « («^ par lui dr défendre
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pour venger Marie Stunrt si elle périssait sur l'éehafaud : le ressentiment du roi d'Espagne était à craindre aussi : Elisabeth, enfin, redoutait l'opinion qui déjà partout en Europe s'élevait contre elle. D'autre part, cependant, les ennemis de l'infortunée reine répandirent de fausses rumeurs touchant l'audace croissante de ses partisans à l'étranger et a l'intérieur aussi longtemps qu'elle serait en vie, sachant bien que le plus sûr moyen d e- • toufler dans l'âme d'Elisabeth toute com|>assion et toute miséricorde était de la faire trembler pour elle-même. Ainsi assiégée, partagée entre des considérations contraires, en proie à des sentiments violents qui se livraient combat dans son cœur, elle devint taciturne et sombre, recherchant la solitude et répétant souvent à voix basse cette sentence latine : ATe feriare feri. «Si tu ne frappes, tu seras frappée.» Elle eut voulu que ses ministres prissent sur eux seuls la responsabilité de l'exécution de l'arrêt mortel en l'ordonnant euxmêmes; mais ils savaient tous que, l'arrêt accompli, elle les eût désavoués : ils n'acceptèrent point celte responsabilité dangereuse. Réduite ainsi à agir ellemême, et pressée par son conseil privé, elle prit des mains de Burleigh l'ordre d'exécution, le signa et le remit à son secrétaire Davison; puis le retirant presque aussitôt, elle engagea Davison, ainsi que Walsingham, à sonder sir Amyas Paulet, gardien de l'illustre captive, en lui insinuant qu'il mériterait bien de sa sou-
»a mère auprès d'Elisabeth, fui accu*é par les Ecossais de lenir en secret un langage tout différent, et de lui avoir souvent répété à l'oreille celle odieuse parule: morlua non mordit (une morle ne mord pa<).
veraîne s'il la délivrait secrètement et par un meurtre de sa rivale. Paulet, malgré sa farouche rudesse, avait horreur de l'assassinat; il répondit : «Mes hiens, nia place et ma vie sont à la disposition de Sa Majesté, et je suis prêt à les abandonner demain si c'est son bon plaisir, mais Dieu me préserve de faire un aussi pitoyable naufrage de ma conscience ou de laisser une aussi grande tache à ma postérité que de verser l<* sang sans l'autorisation de la loi et sans un acte public. "
L'arrêt signé par Elisabeth et remis à Da vison fut transmis au conseil privé, qui résolut de le faire exécuter sans en parler davantage à la reine et l'envoya aux comtes de Shrewsbury et de Kent chargés d'assister a l'exécution. Les deux comtes se rendirent immédiatement à Forlheringay et signifièrent à Marie Stuart Demie™ qu'elle eût à se préparer à la mort. Après la lecture et de l'arrêt qu'elle écoula avec calme : «Loué soit suppi.ee Dieu, dit-elle, de la nouvelle que vous m'apportez. Je iesiutri. n»en pouvais recevoir une meilleure, puisqu'elle m'an- (1587) nonce le terme de mes misères et la grâce que Dieu me fait de mourir pour l'honneur de son nom et de son Eglise. » Marie demanda en vain aux deux comtes que son aumônier l'assistât dans ses derniers moments : elle sollicita inutilement aussi un court délai pour écrire son testament, et apprit d'eux qu'elle mourrait le lendemain matin à huit heures.
Marie Stuart avança l'heure du souper afin de pouvoir consacrer toute la nuit à écrire et à prier. Axant de se lever de table elle appela ses serviteurs et but a leur santé à tous en les invitant à lui faire raison. Ils tombèrent a genoux fondant en larmes et lui deman-
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dèrent pardon des offenses qu'ils avaient pu commet- Ire contre elle. Marie répondit qu'elle leur pardonnait de bon cœur et les priait de lui pardonner également, puis elle les exhorta a demeurer fermes daus la religion catholique et à vivre en paix et en amitié les uns avec les autres. Elle écrivit ensuite durant plusieurs heures des lettres et son testament dont elle fit le duc de Guise exécuteur principal, recommandant à Henri III sa mémoire et ses dernières dispositions. Puis elle dit qu'elle n'avait plus qu'à songer h paraître devant^ Dieu, et fit passer une lettre à son aumônier, retenu hors de sa présence dans le château, pour le prier de passer avec elle la nuit en prières et lui donner son absolution. Elle voulut qu'une de ses femmes lui lût l'histoire du bon larron, comme l'exemple le plus rassurant de la clémence divine : « C'était un grand pécheur, dit- elle, mais pas si grand que moi. Je supplie Notre Seigneur, en mémoire de sa passion, d'avoir souvenance et mercy de moi comme il l'eut de lui à l'heure de sa mort !. »
Se sentant faliguée, elle se mit au lit afin de retrouver des forces pour le dernier moment : ses femmes étaient toujours en prières, et quoique les yeux de la reine fussent fermés, on voyait au léger mouvement de ses lèvres et à une sorte de ravissement répandu sur son visage/ qu'elle s'adressait à son Père céleste. Au point du jour elle se leva et dit qu'elle n'avait plus que deux heures à vivre. Elle choisit un de ses mouchoirs à franges d'or pour servir à lui bander