‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés (volume 2)Chapitre 129 sur 171 · II · texte numérisé non relu

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comme elle allait prier, un ministre protestant, le docteur Fletcher, s'avança pour l'exhorter à mourir. Marie refusa ses services : «Je suis ferme, dit-elle, dans la religion catholique romaine, et je désire verser mon sang pour elle. » Après avoir récité en latin les psaumes de la pénitence et cmhrassé avec ferveur le crucifix, elle supplia Dieu en anglais de donner la paix au monde, la vraie religion à l'Angleterre, la constance aux persécutés et à elle l'assistance de sa grâce; puis ayant prié pour le pape, pour l'Eglise, pour les monarques et les princes catholiques, pour le roi son fils, pour la reine d'Angleterre, elle dit avec une effusion qui arracha des larmes de tous les yeux : « Comme tes bras, seigneur Jésus, étaient étendus sur la croix, reçois-moi de même entre les bras étendus de ta miséricorde ! »

Sa prière finie, elle se leva et, repoussant le bourreau qui s'approchait pour l'aider a quitter une partie de ses vêtements, elle dit en souriant qu'elle n'avait jamais eu semblable valet de chambre et appela, |>our lui rendre ce triste service, ses deux suivantes favorites demeurées à genoux au bas de l'échafaud, et de temps en temps elle mettait son doigt sur leur bouche pour arrêter l'explosion de leur douleur : « Réjouissez-vous, leur disait-elle, je suis bien heureuse de sortir de ce monde et pour une si bonne cause. » Elle déposa son manteau et son voile, s'assit encore une fois et donna sa bénédiction à ses serviteurs. Le bourreau s'étant jeté à ses pieds et sollicitant son pardon, elle répondit qu'elle l'accordait atout le monde. Embrassant alors ses deux jeunes suivantes et les lié-

nissant de nouveau du signe de la croix, elle s'agenouilla d'un grand courage, les yeux bandés et tenant le crucifix sur son cœur. A la vue d'une si grande fermeté unie à tant de douceur, le bourreau luimême frappa d'une main mal assurée, et au troisième coup seulement il abattit sa tète K Ainsi mourut, après dix-neuf années de captivité, une co»»«dératiou

sur la vie

reine sur laquelle l'opinion du monde flotte encore in- ei certaine. Dieu seul connaît le fond des choses d'une '\™rl manière absolue, l'histoire ne prononce que sur des Marie smari. témoignages toujours incomplets, jamais infaillibles, et beaucoup de ses arrêts n'ont point sans doute été ratifiés par la sagesse infinie. Cependant lorsque l'historien croit avoir recueilli des preuves suffisantes, il est tenu de condamner ou d'absoudre, et si nous appliquons à Marie Stuart cette règle nécessaire, il serait difficile de ne point la reconnaître complice de l'attentat dont son mari Darnley fut victime. Le3 écrivains catholiques qui, dans un but religieux, ont fait tant d'efforts plus ou moins légitimes pour la justifier, n'ont point ainsi rendu, autant qu'ils l'ont pensé, service à la religion. Quiconque, en effet, croit à l'innocence de Marie Stuart, s'étonne que la divine justice ait permis que de si cruelles angoisses, terminées par une mort sanglante, lui fussent infligées; on souffre à la seule pensée de tout ce qu'endura pendant tant d'années, une femme, une reine privée de son fils, de son trône, de sa liberté; et le murmure suit la surprise. Mais notre

I. Collect. Jetb., martyre de Marie Stuart, p. 307. Celle relation est presque de tout point confeme à celle de Brantôme dam son discourt sur la reine d'Êcotae.

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âme, péniblement émue au souvenir de tant de souffrances, se sont soulage si nous pouvons nous due qu'elles ne furent point complètement imméritées et • qu'elles ont porté leur fruit salutaire en purifiant la victime, en la rappelant à elle-même, en la relevant par l'infortune, par la résignation chrétienne, par le courage et par la foi : la profondeur de la chute aide à comprendre la rigueur de l'épreuve, et nous voyons dans celle-ci le moyen de retour au hien, à la grâce et à hieu. L'intérêt religieux était à cette époque le plusgrand des intérêts du monde, et Marie Stuart était, parmi les catholiques, la personne la plus considérable «les trois royaumes. Elle disait vrai lorsqu'elle écrivait au duc de Guise qu'en adhérant aux adversaires de son culte die eût échappé à la mort qui l'attendait; et il est hors de doute que l'heure de son apostasie eût été celle de sa délivrance. Elle n'était redoutable aux yeux d'Elisabeth que par sa foi, et ce fut la cause véritable du prestige «ruelle exerçait sur les catholiques en Ecosse, en Angleterre et en Irlande. Conserver ou rendre trois couronnes a son Eglise , racheter à ce prix ses égarements , telle fut la noble ambition qui ne la quitta jamais : Marie Stuart y sacrifia tout jusqu'à sa vie, elle souffrit et mourut pour sa religion et s'éleva ainsi douloureusement et par degrés au rang des martyrs. Frappés du glorieux résultat de l'épreuve, nous ne contestons [dus les scandales qui précédèrent l'expiation; nous sommes portés à les oublier, et, entre les deux reines que la destinée opposa l'une à l'autre, notre cœur incline tout entier pour celle qui souffre et qui meurt plutôt que de se racheter par un lâche mensonge; nous ne voyons

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plus que son courage, ses grâces séduisantes et ses inalheure, que des traits charmants haignés de larmes et un royal bandeau teint de sang. Marie Stuart, enfin, par tous les dons de la nature, dont elle était ornée, par la durée de son infortune, par sa résignation chrétienne, par l'ardeur de sa foi, par la grandeur héroïque qu elle montra en face de la mort, demeure, aux yeux de la postérité , après tant de souffranees qui l'épurent el la sanctifient, un objet de pitié incomparable, de touchant respect et d'admiration douloureuse.

La population prolestante de l'Angleterre parut délivrée Cnim«

et

d'une grande crainte et fit éclater toute sa joie en appre- <]is<imuitiion liant la mort de la reine d'Eeosse; mais celle qui l'avait ordonnée, aussitôt qu'elle eut satisfait sa haine, comprit l'atteinte qu'un tel coup allait porter a sa réputation et peut-être à sa puissance en éveillant au loin des ressentiments redoutables. Elle essaya d'échapper, à force d'hypocrisie, à cette responsabilité terrible : elle feignit, durant plusieurs jours, d'ignorer la mort de sa maie; en l'apprenant, elle joua la surprise et la colère, elle prétendit que la reine d'Ecosse avait élé mise à mort sans son ordre et contre son gré : elle lit enfermer à la Tour et traduire en justice son secrétaire Davison, qui avait, dit-elle, fait exécuter l'arrêt à son insu; elle chassa de sa présence son vieux serviteur Burleigh, qui otrril de résigner tous ses emplois. Leicester lui-même fut éloigné, elle prit le deuil de la victime el lui fit de magnifiques obsèques. Elisabeth espérait ainsi détourner la colère des rois d'Ecosse, de France et d'Espagne. Ses craintes étaient fondées : l'indolent Jacques VI montra d'abord plus d'ardeur à venger sa mère qu'il

n'en avait fait voir pour la défendre, et passant des menaces aux acte3, il envahit les comtés anglais du nord et ravagea la frontière. La reine fît les plus grands efforts pour l'apaiser; elle y parvint par ses artifices et en lui faisant craindre de se rendre odieux au peuple sur lequel il était appelé à régner après elle et de travailler ainsi dans l'intérêt de Philippe II. Un motif semblable arrêta Henri III. La mort de Marie Stuart avait causé dans Paris une émotion extraordinaire ; les fougueux prédicateurs de la ligue tonnaient contre Elisabeth, qu'ils nommaient la Jézabcl d'Angleterre, et Henri, cédant à l'indignation publique, s'entendit avec Philippe II pour l'attaquer : mais il craignit ensuite de rendre les Guises et le roi d'Espagne trop puissants s'il parvenait à la renverser, et il renonça par politique à la vengeance. Philippe II seul y songeait sérieusement : pour la rendre plus sûre il la différa, et plusieurs années s'écoulèrent avant le moment d'exécuter ses projets.

La puissance et la réputation d'Elisabeth eurent pour base principale, dans son long règne, les intérêts de la religion prolestante, qu'elle défendit, par les armes, en France et dans les Pays-Bas, et qu'elle consolida en Angleterre. La très-grande majorité des lords et des communes ayant adopté la réforme, ne s'opposa point à l'extension d'une autorité dont la force et le prestige étaient employés pour leur propre avantage, dans l'intérêt de leur commune croyance, et contre des adversaires redoutés. Ils furent même complices des actes despotiques et cruels par lesquels la reine crut devojr s'affermir contre les louchant efforts de scs ennemis. Les deux statuts de la première U religion. mJ]^ (|e son règne , connus sous le nom d'actes de

suprématie et d'uniformité, rétablissaient, comme on l'a vu, toutes les lois d'EdouardiVI touchant la religion. Par le premier, il devint impossible de remplir une fonction ecclésiastique ou d'occuper un bénéfice sans abjurer l'autorité du |>ape et sans reconnaître la suprématie de la reine : par le second, la stricte conformité aux rites de l'Eglise anglicane fut prescrite et rendue obligatoire sous peine de châtiments sévères. La haute cour ou commission ecclésiastique était chargée de veiller à l'exécution de ces deux statuts : néanmoins durant les dix premières années d'Elisabeth, la tolérance, exclue des lois, ne fut pas complètement méconnue dans la pratique, et dans plusieurs comtés les catholiques exercèrent ouvertement leur culte.

Leur situation empira dans le royaume et fut rendue intolérable par la conduite imprudente du pape Pie V !, qui, après l'avortement de la grande insurrection des comtés du nord, eut recours contre Elisabeth aux armes spirituelles, en vertu de ce droit que la cour romaine n'a pas cessé de revendiquer, et qui consiste à déposer les princes temporels hérétiques ou coupables de grands crimes envers l'Eglise, en déliant leurs sujets du serinent de fidélité. Pie V déclare, par une bulle, Elisa- Bu,,e

du

beth déchue du trône pour crime d'hérésie, et ses su- pape Pie v jets dégagés du devoir d'obéissance. Cette bulle, publiée EHwbetïi. le 24 février 1570, fut répandue et affichée en Angle- <"o. terre par un ardent catholique nommé Felton, qui paja de sa vie son audace, et s'applaudit de mourir mar-

4 Le* historiens catholiques sool d'accord lur ce point avec le» protestants. Voyes Lingard, Biit. d'Angl., règne d' Elisabeth.

tyr pour sa foi. Elisabeth , irritée, répondit avec son parlement à la bulle du pape par l'acte terrible de la Rigoureux treizième année de son règne, qui déclare traître et en-

StftlUll

conire !«• COurant la peine de trahison quiconque publierait une

catholiques. ,

bulle de Rome, réconcilierait quelqu un a 1 Eglise romaine ou s'y réconcilierait lui-même : toute personne qui apportait dans le royaume des croix, des images et autres objets bénits i>ar le pape, était punissable de la prison et de la confiscation, et enfin la non révélation d'actes semblables était passible des mêmes peines que la non révélation du crime de trahison Un autre statut non moins redoutable de la même année, appliquait ces châtiments à tout individu qui mettrait en doute, dans ses paroles, le droit de la reine à la couronne ou l'accuserait publiquement d'hérésie ou de schisme, et a quiconque nierait que les lois et les statuts du royaume règlent légitimement le droit et la succession à la couronne, ainsi que les formes du gouvernement2. Cet acte même, dans la pensée de ses auteurs, devait avoir un effet rétroactif3, et ce fut alors que les communes d'Angleterre élevèrent la voix contre la royale captive d'Elisabeth, et supplièrent la reine, dans l'intérêt de la grande cause, de procéder criminellement contre la reine d'Ecosse.

Les catholiques n'étaient pas aux yeux d'Elisabeth les seuls ennemis que l'intérêt de la religion lui suscitait et qu'elle crut devoir combattre : les guerres atroces du continent, les sanglantes persécutions de Philippe 1!

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