‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés (volume 2)Chapitre 141 sur 171 · Birch, II · texte numérisé non relu

Birch, II

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ennemis usèrent pour le perdre des armes qu'il leur donnait contre lui môme : ils entretinrent la reine de ses folles dépenses, de ses nombreuses intrigues, de ses paroles orgueilleuses et légères, et préparèrent ainsi de loin la chute du favori. Elle devint imminente à la suite de grands troubles survenus en Irlande, où les indigènes se soulevèrent en masse contre la population anglaise. Dans un conseil où le choix du lord lieutenant ou viceroi de cette contrée était vivement disputé, Essex ayant

scène rbtoati s0"16"" avec lroP de chaleur son avis contre la reine, entre Ewet reçut d*e]\e un soufflet : Essex, par un mouvement irréu reine, fléchi, porta la main à son épée, et, retenu par le grand amiral, présent à cette scène, il sortit furieux, s'écriant qu'il n'eût jamais souffert cette insulte du père d'Elisabeth et la supporterait encore moins d'un roi en jupon. Cependant avec le temps il recouvra, du moins en appa rence, son ancienne faveur, et la mort le délivra de son Ma°rt plus dangereux ennemi. Le grand trésorier Burleigh exlord Burieigh. pira dans l'année 1598, laissant la réputation méritée (1598) d'une fidélité à toute épreuve, d'un esprit sage, éclairé par une longue expérience, mais sans beaucoup d'élévation, et qui ne sacrifia jamais à un entraînement passionné les résultats du calcul, les suggestions d'un grand sens pratique et d'une froide raison. 11 se trouvait en possession d'un pouvoir immense, employé quarante ans avec un rare succès au service de sa religion, de sa souveraine et de son pays, et il transmit à Robert Cecil,

bien dépeinte dam cci ligne* du journal d'Harringtoa : • La reine cnnnall If» moyens d'abai»»cr cet esprit hautain ; mais l'esprit hautain ne sait pas plier, ri l'iM de cet homme semble agitée par un flut et reflut perpétuel comme Ici vagues d'un ocian soulevé. • {iïngœ anfù/urr, v. 1, p. 80.)

son fils, une partie de son crédit et de ses honneurs Cette même année mourut Philippe II le rival d'Henri IV, ae|,^,°rlpe„ le grand ennemi d'Elisabeth et de son peuple; il expira à l'âge de soixante-dix ans, usé par les excès de l'intempérance autant que par les soins et les soucis du trône. 11 avait régné quarante-deux ans, mettant un dévouement qui ne fut pas sans grandeur, une rare énergie, une étonnante profondeur de calculs et une activité prodigieuse, au service d'une cause, seule véritable à ses yeux comme à ceux des ennemis de toute lumière et de toute liberté, et non moins funeste à ses peuples qu'à l'humanité tout entière. Il eut pour successeur son fils Philippe III, jeune prince de vingt ans sans expérience et sans fora», sous lequel la guerre se prolongea durant quelques années encore entre l'Angleterre et l'Espagne.

La sanglante révolte de l'Irlande secondée par les se- situation cours de ce prince, les égarements et la chute du comte , lrf*)iie d'Essex, assombrirent les dernières années du règne d'E-

lisabeth. La, réforme religieuse ne s'était point étendue en Irlande parmi la population indigène : celle-ci était restée catholique et se trouvait ainsi séparée, par le culte comme par la nationalité, des chefs qui l'administraient, et de la population anglaise qui avait formé des établissements importants dans l'île. Quelques soulèvements avaient eu lieu, et un irlandais, Hugues de Dungammon, qui s'était signalé au service de la reine dans ces troubles, avait été récompensé par le don du comté de Ty-

t . Catnden rend a Burieigh ce beau témoignage : qu'il avail asses vécu selon l'ordre de la nalure, asseï austi pour la gloire, pas assez pour son pays (salis naturœ, eatisque gloria?, patrie autem non satis). Pars îv, Biêloriar. Ettsab. Atigl. Rffi»., p. 709.

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roue. Son ambition s'accrut avec sa fortune : il se rapprocha dp ses compatriotes, gagna leur cœur et exerça dans la province dïlster nn pouvoir presque sourerain. prenant en main la défense des indigènes et réclamant pour eux le libre exercice de leur culte. Plusieurs gouverneurs anglais qui se succédèrent essayèrent en vain de le réduire par les armes, et l'on vit bientôt, dans lTls ter. tous les indigènes soulevés contre la population de Etpériiii-.u rrtCe anglaise» Elisabeth résolut enfin de rétablir dans ce d'Irlande mn m\or\^ méconnue, et le comte d'Essex obtint

tous ' •

leM»«ttd'Et«es.]e commandement de l'armée destinée à réduire l'Ir (1599) lande K Sa conduite ne répondit ni à ses promesses ni à l'attente de la reine: au lieu d'écraser Tyrone il négocia avec lui. traîna la guerre en longueur et fut soupçonne d'aspirer pour lui-même à la royauté de l'île. Dénoncé à Elisabeth, il prévint sa disgrâce en quittant sou armée pour se présenter devant sa souveraine, et. un jour, tandis qu'elle le croyait encore en IrUinde, il entra dans son cabinet, et se jetant à ses pieds, il la supplia «l'entendre sa justification de sa bouche et de ne point le sacrifier à ses ennemis. Etonnée d'un retour si soudain. Kciour Elisabeth n'en parut point d'abord irritée : elle lui donna

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arrwtaiit.r» sa main à baiser, et le comte se crut pardonné; mais le soir même, et sur les observations que firent à la reine le comte deNottingham, lord Gobham. sir Walter Raleigh et leurs amis, tous adversaires du comte, elle donna l'or-

I. Il avait sollicité ce commandement comme une faveur; il crut entoile ) voir un* di«peo*e, et il emle une lettre de lui dam laquelle il considère *• nomination à la viee-royaule d'Irlande comme l'<euvre de ae* ennemi» et comme un c\il. Voy. Jnhu Nicbol*. Tke profr«**e* and f»a»aV/i« froctsuvH •( tfuren Elhobelh. \<>l. III, p. ÏA2.

d'K^ex.

KI.ISAUI I II

cire de l'arrêter 1 el le lit traduire devant une commission de dix-huit membre*, qui U condamna, pour sa conduite en Irlande, à perdre ses emplois et à demeurer prisonnier à la volonté de la reine.

Elisabeth s'adoucit par degrés, mais ne pardonna point. Ayant su le comte gravement malade dans sa prison, elle prit intérêt à son rétablissement, mais ensuite son courroux se ralluma, elle refusa durement de l'admettre en sa présence et de renouveler un privilège lucratif, pour la fabrication des vins doux, qu'elle lui avait accordé an temps de sa faveur. Irrité de ce refus, désespéré, furieux , Kssex n'écouta plus (pie la vengeance : attribuant à ses rivaux le ressentiment <|ue lui marquait complu la reine, il résolut de les arracher d'auprès délie : il comptait sur le concours du Ion* maire et des princi- (,B0°) paux citoyens : il crut enfin qu'il lui suffirait, pour être suivi du peuple dont il était l'idole, de l'appeler aux armes, et il trama un complot pour s'eni|>arer du |>alais, se saisir de la reine et purger la cour de ses ennemis. Pressé d'agir par un billet qn il reçut d'une part inconnue, il réunit ses amis à la hâte durant la nuit et se dislisait à marcher à leur tète, lorsqu'au matin, le garde des sceaux, lord Kgerlon. ;seeomp:igné du lord chef de la justice, vint.se présenter a sa porte et lui demanda l'explication du rassemblement armé dans sa maison, « On

I. l.ei agitation! de la reine ont été décrite* au naturel, par lir John fljr-

• ington, qui fui admi» pr<»» d'elle en ce moment : • Klle tremblait «le tolère, allant et venant d'un pu* rapide el le vi*age tout bouleverse. Quand je m'agenouillai devant elle, elle me prit par la ceinture et »Vrria en jurant : • Par le

• Fil* de Dieu, je ne »ui» plus reine : cet homme (le comte d'R«H«\) e*t au-

• de*«u« de moi : par quel ardre e»l-il vrnu? » {Xuçtt anttqu«, v. I, p. 356.)

en veut à ma vie, » s écria Kssex, et enfermant le* lords dans son propre appartement, sous la garde d'amis dévoués, il s'élança dans la rue l'épée à la main, suivi des comtes de Rutland, de Southampton, des lords Sandys et Monteagle, et d'une centaine de partisans. Il tenta de soulever la multitude en protestant qu'il n'avait d'autre but que de garantir sa vie contre les violences de ses adversaires et d'afl'ranchir la reine sa maîtresse de leur tyrannie : le peuple, quoiqu'agité,ne répondit point à son appel : le conseil le fit proclamer traître et mit sa personne à prix. Essex, découragé, rentra chez lui où il ne trouva plus les lords qu'il y avait enfermés pour les relenir en otage, et il tenta, pour dernière ressource, de se défendre en fortifiant son hôtel. Une grande fermentation régnait dans la ville, où le comte avait de très-nombreux partisans, les ministres, haïs du peuple, semblaient irrésolus, lorsqu'Elisabeth annonça qu'elle marcherait elle-même au-devant des conjurés : Aucun, disait-elle, ne soutiendrait ses regards. D'énergiques mesures furent aussitôt prises pour forcer les conspirateurs dans leur dernier asile 1 et le canon fut braqué sur la maison d'Essex. Il se rendit alors, après avoir obtenu d'être jugé selon la loi et fut conduit à la Tour avec Southampton et ses principaux partisans.

m prowf. Us furent traduits devant un tribunal de vingt-cinq (icoi) paire désignés par le conseil, et présides par le lord trésorier Buckhurst, grand maître de la maison royale Essex voulut récuser comme ses ennemis personnels

I. Voye* dan* Rymer, t. xvi, an. 1601, la d'Ewei el set complice*.

KUSABKTH.

quelques-uns de ses juges : eette autorisation lui fut refusée. 11 était aceusé, ainsi que Soulliampton et tous ses complices, d'avoir voulu déposer .et tuer la reine, et parmi les avocats de la couronne chargés de soutenir l'accusation, il eut la douleur de voir François Bacon, comblé de ses bienfaits et pour lequel il avait été lui-môme auprès d'Elisabeth un ardent et infatigable protecteur. Essex repoussa fièrement et avec beaucoup d'énergie la pensée du crime odieux qu'on lui imputait : il n'avait appelé le peuple aux armes, dit-il, que pour arracher la reine aux embûches de ses ennemis Cobham, Raleigh, Cecil, et il accusa en particulier celui-ci de trahison comme ayant vendu la succession d'Elisabeth au roi d'Espagne pour l'infante Isabelle. Mais Essex ne put produire aucun témoignage sérieux à l'appui d'une accusation si grave et fut lui-même convaincu d'avoir voulu s'emparer de la personne de la reine pour la tenir sous sa tutelle : il entendit Bacon le comparer à l'athénien Pisistrate, qui obtint des gardes en alléguant des dangers personnels 1 et qui devint un tyran. A ce mot Essex leva la tête, et sans reprocher ses bontés à son accusateur, il invoqua leur ancienne amitié à l'appui de quelques faits sur lesquels il établissait sa défense. Bacon évita de répondre et fit un cruel rapprochement entre l'accusé et Henri de Guise, comparant la folle entreprise d'Essex à la journée des Barricades : c'était l'envoyer à la mort. Essex ne plaida pas plus longtemps pour sa vie, mais il sollicita l'indul-

I. Esset at*il précédemment dénoucé quelques-uni dé tes eunemis comme ■ysnl formé le projet de l'assassiner, cl uc sortait plu», sous ce prélcilc, qu'accompagné d'hommes armé».

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