‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés (volume 2)Chapitre 142 sur 171 · II. i · texte numérisé non relu

II. i

gence de ses juges i>oiii* son ami le comte de Southampton qui, par affection pour lui, s'était jeté dans un si grand péril : tous deux furent condamnés à perdre la tète.

Essex désormais n'avait plus d'espérance que dans la miséricorde de la reine et dans le souvenir de sa tendresse. De graves historiens 1 ont affirmé qu'au retour de son expédition de Cadix, il avait reçu d'Elisabeth une bague précieuse comme une garantie de son attachement : elle lui aurait dit, selon eux, que si jamais la haine de ses adversaires le mettait en danger, il suffisait qu'il lui envoyât ou lui montrât ce gage pour se la rendre propice. Essex y eut, dit-on, recoars dans l'extrémité où il se voyait réduit : il envoya la bague à la comtesse de Nottingham, avec prière de la remettre sans retard à la reine. La comtesse fut détournée par son mari ou par Cécil -, de s'acquitter de ce message, et la bague ne fut pas remise. Elisabeth, partagée comme toujours entre des sentiments contraires, demeura d'abord irrésolue et refusa de signer l'arrêt. Puis, circonvenue par les ennemis du comte, aigrie par de perfides rapports qui excitèrent sa fureur jalouse et blessèrent profondément son amour-propre 3 , irritée des aveux que fit Essex

1. Hume entre autres, d'après Os borne, qui rapporte le sait comme cerlaiu, et aussi d'après de Maurier dont le père tenait ces détails du prince Maurice de Nassau, à qui sir Dudley Carlclon, ambassadeur de Hollande, les avait racontés.

2. Hume nomme, dans cette circonstance, le comte de Nollingbam. mais Osborne désigne Cecil, p. 91.

3. Ses ennemis employèrent clandestinement certaines femme» dont le comte avait jadis trompé la crédulité et qui s'en vengèrent en etcltant contre lai ia colère d'Elisabeth. Elles firent a celle-ci des rapports sur les volages amours d'Esseï et sur son ingratitude envers sa royale bienfaitrice qu'il avait nommée une vieille femme aussi disgraciée d'esprit que de corps. (Osborne, Mémoim )

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ELISABETH. !t\.>

louchant des négociations qu'il avait ouvertes avec le fils de Marie Stuart pour lui assurer la succession au trône «l'Angleterre, offensée enfin de ce qu'il n'implorait point sa grâce et attribuant son silence à la bain ou au mépris, elle ordonna d'exécuter la sentence. Essex devant ses juges s'était montré superbe et dur pour ses ennemis; mais, après sa condamnation, un changement complet s'opéra dans son cœur : tout son orgueil tomba soudain : l'ambitieux t|**,rîîr comte, le fougueux chef de guerre, le favori jaloux dis- «l parurent, et Ton ne vil plus en lui que le chrétien resigné, patient, plein de rqpentir et de fol 11 fît l'aveu (,60,) détaillé de son crime dont il reconnut le châtiment juste et nécessaire et il demanda, par humilité, d'être exécuté en secret. 11 parut redouter les témoignages d'une sympathie populaire et enthousiaste : son cœur, dit-il, en serait ému, exalté peut-être. L'échafaud fut dressé à sa demande dans l'intérieur de la Tour 2; il y monta le 28 février 1601 en implorant la miséricorde divine pour ses péchés, en pardonnant à ses ennemis et en priant pour la reine. Sa tête tomba au troisième coup, et lorsque le bourreau parut en public il faillit être mis en pièces par le peuple. Ainsi mourut à la fleur de l'âge, à trente-trois ans, le magnifique Essex, après une vie aussi brillante qu'agitée, qui posséda longtemps tout ensemble le cœur de la nation et celui de sa souveraine, rare exemple d'un courtisan et d'un favori don

I. Ce changement remarquable dans lecomie *e manifesta a la suite d'un entretien sévère qu'il rut alors avec son chapelain A»blon, qui, selon sa propre expression, laboura son coeur (ploughed his h'cerl).

3. Beaucoup de pvi tonnes refusèrent «l'ajouter foi à celle demande, e| de ce nombre fut Henri IV. (Winwood, l, 30'J.)

MO

le peuple ait moins déploré l'élévation mie la chute.

Son supplice fut aussi sa vengeance : Elisabeth conçut d'amers regrets de sa morl, et sa douleur redoubla lorsque, visitant la comtesse de Nottingham, malade et à l'agonie, elle obtint, dit-on, de sa bouche mourante, l'aveu du message qu'elle n'avait pas rempli et qui, |>eutêtre, si elle s'en fût acquitté, eût sauvé la vie de l'infortuné comte. A cette nouvelle l'affliclion d'Elisabeth se changea en fureur et secouant la malade sur sa couche, elle s'écria que Dieu lui ferait grâce, peut-être, mais qu'elle ne lui pardonnerait jamais Plusieurs des complices d'Essex, entre autres sir Christophe Blount et sir Charles Davers, périrent après lui sur l'éehafaud. Quelques-uns obtinrent leur grâce et de ce nombre fui le comte de Southampton, en faveur duquel Essex luimême avait intercédé. La reine reconnut bientôt le tort immense que sa rigueur envers celui-ci avait fait à sa popularité; et pour la première fois, lorsqu'elle parut en public après ce tragique événement, elle fut accueillie par des murmures.

Pour subvenir aux grandes dépenses de la guerre d Irlande comme de celle que la reine poursuivait contre l'Espagne, sur le continent et dans les colonies, elle avait épuisé les subsides considérables répartis sur quatre années par son dernier parlement dissous en 1593 : elle avail en outre aliéné une partie des terres de sa cou-

4. Le docteur Lingar.l a cuiilrslé le fait de IVitvoi de la bague intercepter par la comtesse de Noltingham, quoiqu'il ait été élabli par Bircb, Osborne et de Mamier. Hume, qui le rapporte «l'apte» cet témoignage», ptralt n'en |<a» douter: cependant il n'en e»t pa» fait mention dans les écrits qui nous sont pan mu» de» personnes qui ont assisté sus derniers moment» d'Elisabeth.

runiie et décrété des emprunts pour des sommes, requises de ses sujets comme dons volontaires, mais partout strictement et arbitrairement perçues. Toutes ces ressources ne suffisant plus, il devint indispensable d'obtenir le vote légal de nouveaux iui|>ots, et la reine, dans les dernières années de son règne, convoqua deux parlements encore pour cet objet, l'un en 1597, l'autre en 1601. Elle obtint de tous deux d'abondants subsides : mais un esprit nouveau s'éveillait dans la nation en même temps que s'y affaiblissait la crainte des périls suscités par l'étranger : cet esprit, bien timide encore, était celui des réformes et de la résistance aux abus de la prérogative royale. Il se fit jour plus particulièrement dans le parlement de 1601, le dernier du règne, et se manifesta surtout dans la question des monopoles.

La reine continuait à donner aux personnes qu'elle désirait favoriser, un privilège exclusif, pour la fabrication et la vente d'une foule d'objets de nécessité première, comme les draps, le vinaigre, les huiles, le papier, le salpêtre, etc. Les lettres-patentes signées de son sceau, pour chaque objet, constituaient ainsi dans des mains particulières autant de monopoles, et ceux-ci don- w, liaient lieu à d'intolérables abus, en élevant outre me-

du

sure le prix des denrées. Ils provoquèrent au sein du parlement parlement des plaintes sérieuses et les réclamations les i« ,Ilpni«. plus vives, dont quelques membres, et entre autres les ^160|J députés Hackwell, Martin et sir Francis Moore furent les hardis interprètes malgré la défense de la reine aux

I Aj»rè* «voir écouté une longue éuuiueraliou de ica monopole», un membre, le dépulé llitkwell, s'écrit : Le pain ue »'y lrouvc-l-il pis comprit? Et tomme on te récriait de louiet paru, llackwell reprit ; fi uoui ne meltontoi-

deux chambres, d'intervenir sans son aveu dans les affaires d'État. Elisabeth cependant reconnut la gravité de ces plaintes qui avaient d'innombrables échos dans toutes les villes du royaume et qui déjà lui avaient été exprimées dans de nombreuses pétitions, sans qu'elle en eut jusque-là tenu compte. Informée des murmures des communes, elle s'empressa avec un tact admirable, de prévenir de leur part une résolution où elle aurait vu une atteinte à sa prérogative 1 : elle manda en sa présence leur président et donna une nouvelle preuve de son habileté consommée el de cette dissimulation profonde qui était un des traits distinclifs de son caractère en feignant de n'avoir été instruite que par les pétitions de ses sujets et les représentations de son conseil, des griefs occasionnés par certains privilèges onéreux, pour l'octroi desquels sa volonté avait été surprise : elle les abhorrait, dit-elle, et elle s'emporta avec violence contre ceux qui les avaient obtenus. Elle voulut que le président fit connaître à la chambre ses véritables sentiniouopolei. ments touchant les monopoles, et celui-ci, (Kir son ordre, annonça aux communes que les privilèges jus temenl odieux seraient retirés, et qu'il n'en sérail plus établi que dune manière conforme aux lois. Ainsi fut suspendu et clos par une concession op|H>rtune et gracieuse un débat mémorable, dans lequel les

Concession d'Elisabelli

•Ire a tc. i, %uyt sûr» qu'avant le prochain parlement l« pain au » scia un monopole. (D'Ewci, Jovinat, 0i8.)

4. Hit'ii ne m'a paru plus remarquable dans celle fpaude affaire Av> uwuopolc* <jue l'empressement de la reine a prévenir, par une cooceuiM en ap paterne spontanée, une résolution foi nielle «les <<>iumiiucv i- ne \i>i>pas <pir l'illeul'tOB ail éié jusqu'à prirent appelée sur rc fi.il.

conseillers de la couronne, et nul plus que François Bacon, firent profession des doctrines les plus serviles. Kobert Cécil seul montra une réserve prudente et digne de son père, en défendant la prérogative sans essayer de justifier ses abus. La harangue par laquelle l'orateur des communes exprime à la reine la reconnaissance de l'assemblée est un monument curieux de l'opinion dominante à cette époque, touchant les droits illimités du tronc. Son langage humble et adulateur jusqu'au sacrilège », n'est comparable en exagération qu'à l'excès de sollicitude et de tendresse que la reine, dans sa réponse, témoigne à son peuple dont l'amour, dit-elle, est la seule chose qui ait du prix à ses yeux. Les communes prouvèrent mieux encore quelques jours plus tard leur reconnaissance à leur souveraine, en lui accordant quatre subsides entiers et huit dizièmes et quinzièmes, avant que la reine eût elle-même accompli, touchant la révocation des monopoles, aucune de ses promesses * Les sommes ainsi votées, dit l'historien contemporain, étaient plus considérables qu'aucune de celles qui eussent encore été accordées par les précédents parlements sous ce règne *, et leur unique objet fut de mettre la reine en état de vaincre la révolte en Irlande.

D'autres soins occupaient encore Elisabeth a cette époque. Son regard s'étendait sur l'Europe; elle méditait de frapper au cœur la maison d'Autriche, et ses pro-

1. l'ttiMCurs lois itam l'efiMMOn do M p.ralitude l'orateur mit la reine île nitcau atecla Divinité, pour »a l.otilé cl >a sagesse.

2. La plupart «le «es monopoles ne furent aliolij ou révoqué» que sou» le rèp.nc auivant.

.1. D'Kwe», p. f.liK.

jets concouraient sur ce point avec ceux que formait Henri IV pour assurer la paix du monde. Ce prince, le plus grand roi du xvi" siècle était venu à Calais au commencement de Tannée 1601 : la reine d'Angleterre lui députa quelques-uns de ses principaux officiers pour l'inviter à franchir le détroit, et afin de rendre leur entrevue plus facile, elle se rendit de sa personne à Douvres 2, où le roi cependant ne put la visiter. Il envoya à sa place son ministre Rosny, qui reçut d'Élisabetli le plus grand ac- Miitioo cue*!> el avec Mui el,e s'ouvrit sur les projets mutuels de R<»ny qu'elle nourrissait en commun avec Henri IV depuis

eu

Ani-ieierr*. plusieurs années. Ces grands projets furent alors dé- (icoi) battus et arrêtés avec Rosny : il fut convenu entre eux,

que les deux souverains emploieraient tous leurs efforts ^Ttrc10" Pour décider les ro*s protestants d'Ecosse, de Danemark EUnbtth et de Suède à se joindre à la France, à l'Angleterre et à Hcuri iv. la Hollande; que les six états, unis par une association

intime, travailleraient en commun à mettre dans une

1. Je me crois fond* a nommer ainsi Henri IV qui uuii»ail, à U grandeur des vue* de Charles 0>nl rl à l'habileté consommée d'fc'lisabetb, quelque» rayons du cœur de saint Louis. — D'après l'opinion récemment e*> priiuée par un célèbre éciivaiu protestant, Léopold llanke, les traits principaut du caractère de ce prince étaient : la fermeté, le courage, l'énergie active, la dignité que donnent le sentiment du droit au pouvoir «l d'une grande mission à remplir. Tout cela se combinai! en lui avec l'idée du devoir, avec des vues étendues, généreuses, patriotiques et avec un grand fonds de bouté naturelle. Henri se crut jusqu'à la On, dit lu même auteur, appelé au grand rôle de tuodîra/eiir religieux de l Eviope. (Rauke , Histoire 4t t'runet.)

S. Elle lui éciivit de Douvres une lettre remplie des termes de la plus vive affection : • le m'étais promis re bonbeur, dil-elie de vous embrasser des deos bras, comme étant votre très-loyale sœur el fidèle alliée, el vous, ce mien cber frère que j'aime cl honore plus que chose au aiuude. (Vcntoiic* de Sutlf, an «60M

complète indépendance la Hollande et la Suisse; qu'ils agrandiraient ces deux républiques des provinces enlevées à la maison d'Autriche, donnant à la Hollande les dix provinces belges, à la Suisse la Franche- Comté, l'Alsace, et le Tyrol ; que la confédération, grossie de ces nouveaux peuples, enlèverait l'empire à la branche allemande et rendrait de nouveau électifs les royaumes de Bohême et de Hongrie. Il fut arrêté, en outre, que les confédérés feraient tout ce qui dépendrait d'eux pour qu'à l'avenir les trois religions, la catholique, la luthérienne, et la calviniste, subsistassent à côté l'une de l'autre sans se nuire, qu'ils travailleraient enfin à établir, entre les monarchies formant les principaux états de l'Europe, une égalité de puissance qui garantit l'indépendance de tous '. Telle fut la convention célèbre qui, sans être formulée en traité, fut formellement agréée par Henri et par Elisabeth et qui eût épargné à l'Europe un demi -siècle de guerre, si l'exécution n'en eût été prévenue et rendue impossible par la mort de ses auteurs.

La reine approchait du terme de ses jouis mais il lui fut encore accordé de voir à ses pieds ses ennemis. La guerre continuait en Irlande où Tyronc avait pris le nom d'O'Neal et s'était fait reconnaître pour roi par les insurgés. H reçut d'Espagne un renfort considérable (septembre 1601). Philippe III qui, à celte époque, convoitait sérieusement peut-être pour l'infante Isabelle sa sœur, le trône d'Élisaleth, tenta de s'assurer

1. Vojea le* UEtonontUs royaUs ou ilemotus de Sully dan» la collection Pciitol, l. IV, p. 35-46. L'authenticité Je celle ■Usité conudenliclle de Sully ■ «lé parfaitement établie par M. Puir»on, dau» ton excellente Uitloxrt du »r«w« d'Ileuti If, I. il, p. 88 ».

Maladie

de la reine.

d'abord la possession de l'Irlande, et, jugeant le moment propice, il envoya dans l'île, au secours de Tyrone, quatre mille Espagnols, sous les ordres de don Juan d'Aguilar. Celui-ci débarqua à Kinsale et invita le peuple entier a s'insurger contre l'hérétique Elisabeth dont la déchéance, dit-il, avait été solennellement prononcée par plusieurs pontifes Le nouveau lord lieutenant Montjo) ruina ses plans par une conduite habile et hardie : il prévint la jonction des insurgés avec les Espagnols et tint ceux-ci assiégés dans Kinsale, où Tyrone tenta sans succès de les secourir. Enfin à la suite d'un heureux combat sous les murs de cette place, Montjoy força d'Aguilar a capituler : les Espagnols se rembarquèrent, et Tyrone, bientôt après, fit sa soumission et se rendit prisonnier. Cette victoire et l'enlèvement d'une riche cargaison d'or appartenant à l'Espagne furent les derniers événements militaires du règne.

Elisabeth avait étouffé la révolte dans ses états, vaincu ses ennemis au dehors, porté aux extrémités du monde la gloire et la terreur de son nom, et elle ne goûtait plus ni ses prospérités ni ses triomphes : elle souffrait d'un mal étrange et nerveux dont plusieurs fois déjà elle avait senti les atteintes, et un noir chagrin s'empara d'elle. Quelques auteurs l'ont attribué au repentir, aux cuisants regrets de la mort d'Essex. Cette catastrophe sanglante laissa sans doute des traces profondes et douloureuses dans l'âme d'Elisabeth, mais elle ne suffit point pour expliquer son inconsolable tristesse , sa mélancolie

I. Le pape Clément VIII w> ait accordé tics indulgence* pléniéres aux m •uiçes comme a iou*<vm qui prendraient le* arme» mit ire Elisabeth pour k i. >niic de remue. (Camdrn, p M '< >

sombre el mortelle '.Celte reine si superbe et si impérieuse avait à son tour reconnu son maître; le temps inexorable s'était appesanti sur elle : en vain, pour s'abuser sur ses progrès, avait-elle essayé de dissimuler avec elle-même ; elle avait récusé ses miroirs et déclaré faux et trompeurs les portraits qui reproduisaient ses traits flétris 2 ; elle avait nié sa faiblesse croissante, ne retrancliant rien de ses exercices accoutumés, imposant à son corps presque septuagénaire les fatigues des festins, de la chasse et du bal *, s'eflbrçant enfin de faire accroire aux autres et de croire elle-même qu'elle ne changeait point, parce que rien ne changeait autour d'elle. De toutes parts cependant lui étaient venus des avertissements douloureux et sinistres : elle voyait déjà tous les esprits préoccupés de l'attente d'un nouveau règne ; les mécontents s'enhardissaient, les murmures comme les espérances allaient croissant : des négociations étaient suivies avec l'étranger pour sa succession prête à s'ouvrir ; les ministres, les hommes le plus en crédit auprès

1. depuis U lernierc cviifpinlinn, quoique le péril fui passe, elle semblait menacée d'un ennemi invisible. Elle «Mail devenue d'une irritabilité cstreine. frappait du pied et tenait a la main une epéc qu'elle enfonçait avec i.qjè dan* li boiserie de »ou appartement \Harria|}lou, .Vttfcc anliquœ, I. 1, p. 318.)

2. I llisahi iIi fil à ce sujet une proclamation où elle annonçait qu'il serait fait de sa personne un portrait officiel : elle défendait en même temps d'exposer ou de reproduire aucun de ses portraits antérieur», tous défeclueui, disait elle, el ceux qui voudraient la peindre aéraient lenus de te conformer eue lenteutau modèle qui serait donné. Voyei Luigard.

3. Elle continua jusqu'à la Go aea promeoade» anuuelles dam les cbàteauv delà noblesse, où la musique, les jeu» cl les danses occupaient ses heures. (Lettre de Henri Howard au comte de Nar, 1602.) L'année qui précéda celle de »a mort elle ouvrit le bal avec le due de Ncvers ( le Heaumer, I. il, p. ISO ' Elle avait même alors un uouveau fafori, le comte de l.lanricardc, que Heaume nomme a loti Clonrarly, ». n. p. 183.

514 m nui IV. CHAPITRE III

d'elle, engageaient d'avance au roi d'Écorné leur coucours et leur foi l. Elisabeth avait vu Essex lui-même négocier avec Jacques pour le même objet, et maintenant les forces avec le courage l'abandon uaient 2; la religion qui éclairait son intelligence n'échauffait pas son cœur : rappelant le passé, elle trouvait, dans ses souvenirs, moins de sujets Je consolation et d'espérance que de regrets et d'effroi; elle craignait de mourir et elle sentait les approches de la mort.

Transportée à Hichmond, sa faiblesse augmenta et retroussant tous les secours de l'art, elle passa plusieurs jours dans les soupirs et les larmes, s'entretenant averses familiers des plus tristes épisodes de son règne, et de temps en temps, son humeur aigrie s'échappait en éclats violents et terribles. Elle se dit obsédée par des fantômes, son lit l'épouvantait, l'éclat des lumières blessait sa vue et elle se tint trois jours et deux nuits assise sur des coussins, au milieu de sa chambre, les yeux habituellement fixés sur le plancher, dans une muette stupeur, sourde aux exhortations des lords du conseil et des prélats qui l'entouraient, refusant toute consola tiou et toute nourriture; et comme son ministre Cécil la conjurait de se mettre au lit en lui rappelant quelle devait à son |>euplc de prendre soin d'elle-même, elle s'emporta contre lui jusqu'à la fureur, fit sortir tout le inonde à l'exception du lord amiral son parent : elle

1 . Voyc«, iur les négociation» MCrMcg du roi d'Ccoœ a»ec Cécil , le* 3l<mvUtt dt Hirch, I. Il, p. oM-515

2. A l'oumlure île ton dernier parlement, «'He «oulut paraître d*n» l'apparul «le la royauté, elle (Je. bit suu» le poids : le garde de» vceaui la iouHbI : il M ul Tempo; 1er.

I l ISA HH I H

l'appela près d'elle et lui dit : «Je sens un joug de fer sur mon cou : je suis enchaînée, vous dis-je, je suis morte1. »

Elle consentit enfin à s'aliter, et dans la dernière nuit de sa vie, ses ministres essayèrent d'obtenir qu'elle déclarât son successeur. D'après un témoignage authentique, Cécil lui nomma successivement le roi de France et le roi d'Écosse, puis enfin lord Beauchamp, né du mariage secret de Catherine Grey et de lord Hereford : à ce mot, la reine, muette jusqu'alors, répondit irritée: « Je ne veux pas d'un homme de rien sur mon trône 2. » D'autres documents dignes de foi attestent qu'elle nomma positivement pour son successeur le roi d'Ecosse. Le lendemain, en la présence de l'archevêque de Cantorbéry, Whitgift, et de ses chapelains, la reine fut invitée par Cécil à confirmer le choix de la veille, mais elle était trop faible pour parler, et portant la main à la tête, elle fit le signe d'une couronne, indiquant ainsi qu'elle voulait un successeur qui fut roi. Elle vécut encore deux ou trois jours, attentive aux pieuses ex-

4. Le docteur Lingard a tiré ce* détail* préticui du manuscrit de miss Souibwell, demoiselle d'honneur de la reine, el qui fut témoin de ses derniers momrnla. Camdeu, dans son récit, rapporte a peu près 1rs mêmes parole*, p. 910. Celle dernière scène prouve sulfisammenl que ce ne fui pas le repentir ou le regret de la mort d'Essex qui abrégea les jours d'Elisabeth, autrement elle n'eût pai retenu près d'elle et jusqu'à la fin, daus la plus grande intimité, le lord amiral comle de Noltingham el moriel ennemi d'Esse*.

2. Lingard dit, d'après miss Souibwell, un fils de miftrnble. Camden, qui n'était pas présent, attribue le tépouie suivante a la reine : Nolim *t vilis' miki succédai, p. 919. Catherine Grey, saur de l'intéressante et iuforlnnée Jeanne Grey, paye cruellement aussi l'honneur de ta royale naissance : elle avait épousé en secret et sans l'aveu de U reine, lord Hereford : Elisabeth ne reconnut pas ce mariage el retint la malheureuse Catherine en prison où elle mourut le cœur brisé après une captivité de cinq années.

.*>2<J LIVRE IV. UUI'ITM III.

hortations du primat qui ue la quitta plus, et donnant ses pensées à de pieuses lectures et à la prière. M«n Elle expira sans agonie le 25 mars dans la soixante

.1 Elisabeth. .... 1 . , ° ,

dixième année de son âge et le conseil Ût aussitôt proclamer comme héritier de la couronne le roi d'Ecosse Jacques VI, au milieu du deuil public et de l'inquiétude générale.

wMtëw Elisabeth par son caractère, par son génie et la longue politique, durée de son règne, exerça la plus grande influence sur l'Angleterre et sur son siècle, et elle mérita par quelques-unes de ses qualités, l'admiration de ses contemporains et les éloges de la postérité. Elle offrit d'ailleurs aux regards, dans sa personne comme dans sa vie, des oppositions nombreuses, un singulier mélange d'ombre et de lumière. Vaine et dissimulée à l'excès, pleine de caprices, de jalousie et de ruses, portant les prétentions à la beauté jusques dans une vieillesse avancée, et tirant encore une vanité puérile du titre de reine vierge qu'elle se donnait à elle-même 2 : rappelant d'autre part son père Henri VIII par son orgueil, par son despotisme, par ses persécutions cruelles, par ses empor-

1. Scion Turner, Elisaheth n'avait • mort que soixante-sept ans. J'ai adopté l'opinion générale.

2. Le docteur Lingerd, très-partial contre Elisabeth, a recherché avec un soin minutieux tout ce qui pouvait porter quelque atteinte a sa lépulalion morale : Sharon lurncr nous semble avoir réuni im plut de succès toute* le» preuve* qui tendent a établir que «es mœur* repèrent pure* (Hodtrn kiitorv of Eugland part Ihtttcond. (dit. 4', p. 707-720), H nous croyons ri curieui problème résolu delà façon la plus probablcpar le témoignage que rend, dans »« mémoires, a Elisabeth, le français Michel deCasteluau en ces termes : • Et ai tm l'a voulu taier faussement d'avoir de l'amour, je dirai avec vérité que ce ionl invention* forgées de ses malveillants et és cabinets des ambassadeurs, pour dégoutter de son alliance ceux auxquels elle eut ete utile, liv. III, chap. •

HIMHHH. 527

lemeilts et ses vengeances : tantôt plus qu'un homme et tantôt moins qu'une femme 1 ; mais reine avant tout, et possédant mieux que personne le grand art de gouverner, d'inspirer le dévouement en commandant l'obéissance2. Son orgueil, si redoutable à la noblesse, aux évêqncs et aux puissants, s'efTaçail dans ses rapports avec les humbles, avec les bourgeois et les paysans; elle visitait les pauvres comme les riches dans ses excursions annuelles, s'entretenant avec les plus obscurs de ses sujets d'une manière affable, s'enquérant de leurs besoins et de leurs vœux, prenant à leur bien-être un intérêt sérieux, habile enfin à 3'assurer, par tous les moyens, une popularité durable.

Parmi toutes les causes qui concoururent à la réputation de celte puissante reine et à sa grandeur, il faut compter la fortune qui ne l'abandonna jamais et sans laquelle les plus grands efforts demeurent stériles : ce fut la fortune qui empêcha ses innombrables ennemis de se concerter et de l'écraser en l'attaquant tous ensemble; ce fut elle qui permit à Elisabeth de vaincre Philippe II avec des forces très-inférieures et de lui survivre. Leur lutte fut le grand spectacle de l'Euro|Hî au

1. Mttgee anliquir. I. I, p. 345. — Lctne de sir Robert Cecil h tir John Hariiiqjloii, 2!) uni 1003.

2. L'exemple le plui remarquable <le l'attachement qu'Elirabelh avait su inspirer a tes sujets el de sa popularité, est celui que donna un écrivain nomme Slubbe, condamné a perdre une main pour avoir censuré trop vivement dans un pamphlet le projet de mariage entre Elisabeth et le duc d'Anjou, en riprimant la crainte que ce prince catholique, s'il devenait le mari de la reine, ne prit trop d'ascendant sur elle. Après l'etéculion de la sentence, ayant perdu la main droite, il leva son chapeau de la main gauche et cria : Longue vie à la reine Eli*abeth. (Voyei Strypc, III, 480.)

xvi« siècle où l'on vit en présence les intérêts les plu* considérables du monde moderne, ceux des deux religions qui se disputaient l'avenir : leur but fut aussi différent que le génie des deux |>euples soumis à leur sceptre, mais tous deux montrèrent pour l'atteindre une égale énergie, un même mépris pour les droits sacrés de la conscience humaine. Cette dernière assertion pourra sembler étrange, appliquée à Elisabeth dans laquelle on a voulu personnifier le génie même du protestantisme, établi en Angleterre par son frère Edouard et défendu |»ar elle dans son royaume comme en Europe. C'est une grave erreur : tout intérêt à ses yeux fut subordonné à raffermissement du sceptre dans ses mains et à la forte constitution du pouvoir royal, tandis que Philippe II subordonna tout, même sa puissance et ses entreprises, dans la dernière période de sa vie, au grand intérêt du catholicisme, se considérant comme le premier soldat de l'Eglise, comme le ministre armé du Saint-Siège, toujours enclin à voir dans tout mouvement d'indépendance ou de rébellion, un attentat contre Dieu même : Elisabeth au contraire, considérait toute protestation contre le culte rétabli par elle, tout effort pour se soustraire aux prescriptions de son Église, comme un crime contre elle-même et contre sa prérogative dont elle était plus jalouse que ne le fut jamais aucun roi. Philip|>c se fit un devoir d'être impitoyable; il répandit le sang à flots par motif de conscience, par fanatisme religieux : Elisabeth en versa pour sa cause personnelle et par raison d'État.

Si l'Angleterre qu'elle tint un demi -siècle sous sa main puissante a gardé un respect religieux pour sa mémoire, c'est que, pour les peuples, il y a un grand près-

tige dans le spectacle delà force intelligente al longtemps victorieuse, c'est qu'ils sont indulgents pour ceux qui les servent et dont l'ambition, même excessive, se déploie utilement pour leurs intérêts, c'est qu'Elisabeth fil beaucoup avec peu et obtint sans prodigalité des résultats immenses et populaires : elle maintint la paix à Tinté rieur, rendit au dehors l'Angleterre redoutable, vainquit l'Espagne, triompha du papisme armé contre elle et de ses doctrines subversives de l'indépendance de l'autorité civile1, donna l'essor au génie national, domina sur les mers et révéla aux Anglais le secret de leur force et de leur puissance : la postérité s'est montrée reconnaissante, et en jugeant l'œuvre d'Elisabeth, elle a aussi tenu compte des périls de sa situation, des innombrables difficultés qu elle eut à vaincre et qu'elle surmonta.

L'Angleterre a la (iu «lu XVI» siècle.— Religion, gouvernement, industrie, population, coin mercr, moîor», coutume», etc. — Hommes célèbres dans le» lettre», dans la politique et la guerre. — Considérations générale».

Le caractère principal du gouvernement d'Elisabeth est la réunion du pouvoir religieux et du pouvoir civil dont la concentration mit en ses mains une force irrésistible parce qu'elle fut populaire. Il suffit, pour en être

I. Le Saiul- Siège s'attribuait le droit de délier les sujets du serment d'obéissance et de fidélité envers leurs princes temporels. La proposition coutraire est exprimée dans le premier drs quatre articles de la fameuse déclaration de l'assemblée du clergé de France eu 4 085, on Bossuel a résumé les doctrines fondamentales de l'Église gallicane.

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