‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés (volume 2)Chapitre 26 sur 171 · Rymcr, I. ix · texte numérisé non relu

Rymcr, I. ix

2. Les chroniqueurs contemporains, Moiulrelc! et LefevreSttnt Rémi, ra- «rie

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siège «irisc «on »oi insensé et sa cour partagée en factions ennemies tbrfeur et trieuses, était alors sans gouvernement, et tout acconl j>r puissant contre l'étranger fut dans les premiers jours impossible. Harfleur cependant, où s'était jetée une brave noblesse, fut vaillamment défendue et ne succomba qu'après un mois d'une lutte héroïque : les habitants furent mis à rançon et expulsés, et le roi résolut de faire de la place conquise une ville toute anglaise comme l'était déjà Calais. Son armée avait soufTerl durant le siège des pertes énormes causées moins par le fer que par les maladies : la dyssenterie et les fatigues l'avaient réduite de moitié, et déjà de trente mille hommes qu'il avait amenés devant cette place, il n'en avait plus que quinze mille. Ce nombre était insuffisant pour conquérir le royaume, et d'autre part l'armée française sous le connétable d'Albret, et sous les ducs d'Orléans et de Bourbon, commençait à se réunir en Picardie. Henri V répugnait à se rembarquer et à ramener en Angleterre, après la prise d'une seule ville, les restes de son armée \ictorieusc : et mettant son es|>oir dans les lenteurs d'un ennemi divisé, il crut avoir le temps de gagner par terre Calais, où il comptait s'arrêter, se refaire et recevoir des renforts.

Malgré l'exacte discipline observée par les Anglais, la population , toute française de cœur , se montra partout hostile, et ne leur permit de compter que sur eux-mêmes : ils sortirent de Normandie harcelés par les garnisons des villes, et se dirigèrent vers la Somme, qu'ils comptaient passer au gué de Manche - Tache, de funeste mémoire |»our la France. Le gué était gardé : Henri remonta le tleuve, et trouva tous le.? |>as-

sapes détruits ou défendus : déjà l'inquiétude gagnait l'armée, lorsqu'un pué difficile à travers des marécages, et négligé des Français, fut enfin découvert. Henri effectua le passage, puis poursuivit sa route vers Calais; mais, dès le lendemain, il apprit que l'armée française s'avan- Rencontre çait i>our lui fermer le chemin, et peu de jours après, à 6"j£* la hauteur du village d'Azincourt, les deux armées furent proches l'une de l'autre. Les Anglais, de heaucoup inférieurs en nombre, se crurent au moment d'être attaqués : les hommes d'armes, saisis d'un mouvement religieux, descendirent de cheval, et, se mettant à genoux les mains jointes, ils demandèrent à Dieu de les prendre sous sa garde. L'attaque, cependant, n'eut pas lieu, et le roi, afin de disposer de toutes ses forces uniquement pour le combat, en se délivrant d'une garde onéreuse, mit conditionnellement en liberté tous ses prisonniers. Us restaient libres s'il était vaincu, mais dans le cas où il serait vainqueur, il leur enjoignait de le rejoindre à Calais. Bientôt après, les armées furent en présence : les Français offraient aux regards une masse énorme d'environ cinquante mille hommes, dont quatorze mille à cheval. Les Anglais, fort affaiblis, comptaient au plus quinze mille combattants, sur lesquels un cinquième à peine de cavaliers ; tous les autres étaient des archers : et comme un chevalier, sir Walter Hungerford, dit au roi qu'il n'eût pas été inutile de faire venir d'Angleterre dix mille hommes de plus de ces braves gens, Henri, qui, dans toute cette journée, fut véritablement grand, répondit pour donner courage aux siens : « Par le nom de Notre Seigneur, je ni; voudrais pas un homme de plus. Lejnjmbre que nous avons, c'est le nombre

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(|ue Dieu a voulu : les Français placent leur confiance dans leur multitude, et moi, dans celui qui fit vaincre si souvent Judas Machabéc. »

L'énorme disproportion des forces était compensée du côté des Anglais par l'avantage du terrain, qui se resserrant entre les viUages d'Azincourt et de Tramecourt, où les Français étaient campés , les empêchait de se déployer, et rendait inutile pour eux l'avantage du nombre. La terre grasse et fangeuse était en outre détrempée par les pluies de l'automne : les grands chevaux de bataille pouvaient à peine s'y mouvoir sous leurs cavaliers immobiles et emprisonnés dans leurs pesantes armures, et ils offraient aux traits des archers un but immanquable.

Les armées passèrent la nuit en présence, et des conditions de paix, offertes par Henri V aux princes français, ayant été rejetées, chacun se prépara au combat pour le lendemain. Du côté des Anglais, dont le péril était imminent, les préoccupations étaient grandes et sérieuses : la plupart se confessèrent à la hâte, demandant l'absolution de leurs péchés, et, en même temps, ils préparaient leurs armes : les archers aiguisaient les pieux qu'ils enfonçaient devant eux pour s'abriter contre l'ennemi, et mettaient des cordes neuves à leurs arcs : tout se faisait dans leur camp par commandement du roi, à voix basse et sans bruit. Du côté des Français, de grands feux étaient allumés-, tout était bruyant et confusément agité. Une foule de gentilshommes, plutôt que de reposer sur la terre humide, fatiguèrent leurs montures en passant la nuit à cheval et tout armés* Les princes tirent aussi de nombreux chevaliers, et leur

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camp fut le théâtre de quelques scènes touchantes. Tandis que les Français attendaient ainsi, chacun sous sa bannière , les périls du lendemain , ils détestèrent les haines de parti qui les avaient longtemps séparés, et s'embrassant mutuellement avec effusion, ils se pardonnèrent leurs offenses les uns les autres

Au point du jour, le roi d'Angleterre, après avoir en- ***** ( tendu trois messes selon sa coutume, mit en liime son armée, la cavalerie au centre, les archers sur les flancs, et, monté sur un petit cheval pris, le front ceint d'un casque à couronne d'or étincelante, il adressa aux siens quelques paroles énergiques et brèves, les invitant à se souvenir de leurs parents , de leurs femmes et de la vieille Angleterre, qui attendait d'eux un beau retour.

Les Français formaient trois énormes escadrons resserrés dans un étroit espace sur trente-deux hommes de profondeur : au front de bataille étaient le connétable, les ducs d'Orléans, de Bar et d'Alcnçon , les comtes de Nevcrs, d'Eu, de Richemont, de Vendôme, et une multitude de seigneurs, éblouissants sous leurs armures d'acier, leurs écussons et leurs riches bannières. Les archers des communes étaient aussi accourus en grand nombre; mais là comme à Crécy, on n'en lit mil cas : quel besoin avait-on d'eux, les Français n'étaientils pas déjà trois fois plus nombreux que l'ennemi, et les seigneurs se disputant les première rangs dans la bataille, de quel secours pouvaient être aux derniers les flèches des archers? Quand tout fut prêt dans l'armée anglaise, le >ieux Thomas de Hcrpinglien jeta pour si-

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