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Mort Beaufort ne jouit pas longtemps du fruit de ce grand
du Cardin I
Beaufori. crime, qu'il n'ordonna point peut-être, mais qu'il toléra et laissa impuni. Six mois après la mort de son rival, il le suivit dans la tombe : il mourut gorgé des richesses qu'il avait amassées durant sa vie, en s'étonnant de n'avoir pu s'en faire un rempart contre la mort1, et au moment même où, délivré du rival qu'il haïssait, il touchait au but d'une ambition qui, sous les glaces de l'âge, devenait chaque jour plus âpre et plus ardente.
Sa mort fut suivie de cruelles et irréparables disgrâces pour les armes de l'Angleterre : les places de la Normandie avaient la plupart été démantelées faute d'argent, elles se donnèrent aux Français : les Anglais furent partout battus et expulsés : le duc de Somerset, qui avait remplacé le duc d'York en France comme régent du royaume, assista, sans pouvoir y mettre obstacle, aux revers des Anglais dans la Normandie. L'armée française, conduite parDunois, assiégea Rouen que Somerset et Talbot tentèrent en vain de défendre : la population joignit ses efforts à ceux des assiégeants et les Anglais furent expulsés. L'année suivante , le connétable et le comte de B«uiiie Clermont remportèrent sur eux une sanglante victoire dc à Fourmigny. Cette journée, plus considérable par ses
rourmigny.
résultats que par le nombre des combattants, décida du ' ' sort de la guerre : toutes les villes de la Normandie s'insurgèrent ou furent reprises et celte belle province avec ses deux capitales et ses cent forteresses, fut de nouveau réunie à la France. Déjà, de toutes les possessions continentales de la couronne d'Angleterre, il ne lui restait
J. Hall, d'apre» le U'iiiuii;iia(;e «lu docteur J. Baker, rliapclaiu du cardinal.
plus que la Guyenne qu'elle possédait par droit héréditaire beaucoup plus que par conquête, et qu'elle perdit l'année suivante.
Chacune des pertes que faisait l'Angleterre en France, chaque revers de ses armes, retentissait au cœur des Anglais : la honte et la colère y accumulaient depuis longtemps contre le gouvernement des ressentiments redoutables, grossissaient tous ses torts et en faisaient autant de crimes inexpiables. Suffolk était alors à la tète du conseil, et c'est lui surtout (pie menaçait la vengeance populaire. S'il faut en croire la chronique contemporaine, son administration était justement détestée : tout était mis à l'enchère dans le royaume : les flatteurs des ministres avaient seuls accès auprès du roi et de la jeune et impérieuse reine; une petite faction dont les chefs, sous Suffolk, étaient lord Say et Févèque de Salisbury, dirigeait les affaires et pressurait le pays K On accusait, en outre, Sutlblk d'avoir vendu en France , pour des sommes énormes , les conquêtes de Henri V, payées du plus pur sang de l'Angleterre : n'était-ce point, d'ailleurs, sous son commandement que les armes anglaises avaient subi devant Orléans leurs premiers affronts? N'était-ce pas lui, enfin, qui avait marié Henri VI à une princesse française, abandonnant, pour ce fatal mariage, le Maine et l'Anjou? Son adversaire, disait-on, le bon duc de Glocester, qu'il a\ait fait mourir, était l'ennemi de la France, le digne fils du conquérant, et l'orgueil national offensé, autant que la justice, demandaient à Suflblk
i, &mltM. CrovUml.
compte de son sang. Les prodigalités de la cour allaient croissant avec la misère publique, ces griefs lui furent également imputés, et curent de profonds retentissements au sein des communes : en l'année 1449, Suffolk fui mis par elles en accusation. Le roi intervint, arrêta la procédure et prononça comme juge; mais, craignant de pousser les communes à quelque extrémité par une absolution complète, il rendit un jugement équivoque. Sullblk, dit-il, n'était à ses yeux ni acquitté ni convaincu, un exil de cinq ans lui était infligé. Mais ses ennemis acharnés dans le peuple, dans l'armée, dans la flotte, voulaient son sang : le roi , en essayant de le sauver, précipita sa lin tragique et, à sa sortie de prison, une multitude furieuse demanda sa tète. Suffolk, après avoir vécu quelques semaines retiré dans ses terres ne s'y crut plus en sûreté et s'embarqua pour Calais : son navire fut arrêté à peu de distance du rivage par un des plus gros bâtiments de la flotte, dont le capitaine le Ht saisir et conduire à son bord, où il le salua par ce seulement mot sinistre : « Sois le bienvenu, traître! » Un confespopuiaire. juj fuf donne dans la nuit, et le lendemain le duc
Mort violente
de fut jeté dans une chaloupe où il vit un billot et une hache, et debout tout auprès, un matelot qui lui or- («4M) (jonna je s'agenouiller, et au sixième coup fit tomber sa tète 2.
1, f/ctt de là qu'il .cnvil j, ton AU une lettre admirable, qui nous a été conservée et qui montre ce qu'il eût été si l'ambition n'uùl corrompu son cœur. Celle lettre a été publiée dans la collection de Fenu.
2. Cet événement, un des plus obscurs «le l'histoire, est encore entouré «le mystère; cependant une opinion Ires-vraisemblable, accréditée par plusieurs écrivains et embrassée par le judicieux Sharou Turner, attribue le meurtre de Suffolk a l'irritation populaire. («i«/or. of Engl. during tkt middlc âges.)
Le cardinal d'York prit dans le gouvernement la place de Suflolk, et les affaires du royaume ne furent pas mieux conduites : les mêmes abus provoquèrent les • mêmes plaintes : un auteur contemporain d'un grand poids, le docteur Gascoigne, chancelier d'Oxford, les attribue tout ensemble aux hommes élevés en dignité dans l'Eglise et dans l'administration : il nous montre le trésor au pillage, les conseillers de la couronne se partageant les taxes et les revenus, les évêques occupés seulement à s'enrichir et se dispensant de tous leurs devoirs, le roi esclave des favoris de la reine, distribuant aveuglément les honneurs et les bénéfices, s'indignant des prévarications de ses ministres et les oubliant le lendemain : il nous fait voir les favoris sappuyant sur les parlements, pour lever des taxes qu'ils se partageaient, et convoquant ceux-ci à dessein dans des bourgades éloignées, où ils disposaient à leur gré du petit nombre de membres des communes qui consentaient à s'v rendre : il montre enfin la chaire retentissant de tous ces fléaux, et une multitude de prédicateurs , tonnant contre l'indigne conduite des prélats et des conseillers du roi, et enflammant les ressentiments populaires Le résultat inévitable d'un pareil état de choses fut d'abord le soulèvement des masses contre les dépositaires du pouvoir, et ensuite la guerre entre ceux qui aspiraient à s'en emparer. Le sang du intorreciiom. malheureux Suflolk avait allumé la soif d'une populace irritée : tous les chefs de l'administration furent
M«nu«crii cité par Turuer. ( Mttoirc d'Angleterre , règne de Henri VI.)
poursuivis avec fureur, et la dignité épiscopale dont la plupart étaient revêtus , ne les garantit pas du péril. L'é\èque de Chichcster fut massacré à Portsmoutli ; l'évèqae de Salisbury , traîné hors de son église par ses propres diocésains, dans ses habits pontificaux, eut le même sort : le roi, épouvanté, convoqua un parlement à Lcicester, et les nobles s'y rendirent accompagnés de leurs tenanciers et armés pour se défendre tout à la fois contre les courtisans et contre la multitude. Déjà l'espérance et les regards des mécontents se tournaient vers le prince que la naissance rendait, depuis la mort du duc de Glocester, le plus proche héritier du trône, vers Richard, duc d'York1, qui avait succédé en France au duc de Bedford, comme régent de ce royaume pour Henri VI. Ce prince, doué de talents égaux^à son ambition, avait ensuite inspiré de l'ombrage au parti dominant : remplacé dans cette charge éminente par le comte de Warwick , il avait accepté le gouvernement de l'Irlande, qu'il administra plusieurs années avec sagesse, et où il résidait à l'époque où mourut Suiï'olk.
Le parlement était encore à Leicester quand tout à coup on apprend que le peuple de Kent est soulevé, el qu'une grande multitude marche sur Londres, conduite par un irlandais nommé Jean Cade, qui prenait le nom
i. l/î «lue d'York faccaduil dans Ici deux ligne» d'Edouard III. Edouard, ciuquièmc. liU de ce monarque, avait lai»sé dm» iils : l'ainé inounil a Auucourl ^ans posleiilé ; le >cc«<nd, comle do Cambridge, avait épousé la p-lilc fille et l'héritière de Lionncl , troisième fil* d'Kdouard 111 : leur dentier fut le duo d'York, qui, par sa mère, était |>lu» près du doue d'un degré que Henri VI, qui descendait de Jean de Gand, duc de Lanra«tre, quatrième fil» d'Edouard.
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de Jean Mortimer et se donnait pour cousin du duc d'York. Les insurgés s'avançaient précédés d'un manifeste où ils énutnéraient de nombreux griefs et se disaient armés pour la réforme des abus. Le parlement est aussitôt dissous, le roi bâte son retour à Londres, une armée fidèle de vingt mille hommes se rassemble sous ses ordres, et il s'avance au-devant des rebelles. Une bataille s'engagea aux Sevcn-Oaks; l'armée royale y fut battue et perdit ses deux chefs, les frères Stafford, tués L'un et l'autre dans l'action. Le roi vaincu transigea, il se soumit à envoyer à la Tour son trésorier, lord Say, suc**, et, ne se voyant pas en sûreté dans sa capitale, il gagna j^cl'il Kenilworth avec les débris de son armée : Londres ouvrit ses portes aux rebelles. Jean Gade, revêtu de l'armure et du costume des chevaliers, v fit une entrée triomphale : il avait ordonné le respect des propriétés et des personnes; néanmoins, il livra aux bourreaux lord Say et son gendre Cromer, shériff du comté de Kent, et dès lors il ne fut plus maître de réprimer les violences de ses partisans. Le pillage de plusieurs maisons de la capitale rendit le courage aux habitants ; ils s'armèrent, attaquèrent les rebelles sur le pont de Londres, et les mirent en déroute. Une amnistie fut otîerte et acceptée, à la suite de laquelle les insurgés quittèrent la ville et rentrèrent dans leurs foyers. Le pardon accordé fut alors annulé comme extorqué par la Sa nior( force : on mit à prix la tète deCade, il fut tué en combattant, et quelques autres chefs de l'insurrection furent arrêtés et exécutés.
Le duc d'York, à cette époque, était encore en Irlande, où il avait étouffé une insurrection, et s'était concilié,
par son administration équitable autant que ferme, les Marche sympathies des indigènes. Au bruit des troubles qui duc d"\ork agitaient la capitale et plusieurs comtés, il part sans uôdrc*. donner avis de son retour, et se rend dans ses domaines du pays de Galles, où il invite ses principaux partisans à le rejoindre et, de là, avec une escorte de quatre mille hommes, il se dirige sur Londres. La cour fait d'inutiles efforts pour l'arrêter : le duc entre dâns la capitale, se rend à Westminster où le roi réside, et , fléchissant le genou devant lui, il lui adresse de vives représentations sur les fautes de son gouvernement, auxquelles il attribue la perte des conquêtes du continent et la désolation du royaume, et il insiste pour la prochaine convocation d'un nouveau parlement. York s'éloigne ensuite après avoir fait comprendre ce qu'il peut |Mir ce qu'il ose, et il se retire dans son château de Forteringay, où il attend l'heure propice pour agir.
Depuis la mort du duc de Glocester et du cardinal de Beau fort, la maison de Lancastre n'avait plus à opposer à l'ambition de la maison royale d'York ou de Glarence que le duc de Somerset, neveu de Beaufort et descendant comme lui de Jean de Gand l. Ce prince, qui avait succédé au duc d'Yrork comme régent de France, achevait alors de perdre la Normandie. Rappelé par Hunri VI et nommé connétable d'Angleterre, il fut mis à la tète du gouvernement, mais il portait aux yeux de la nation le poids accablant de toutes les défaites des Anglais en
4. Il était TiU du frère atné du rardinal Beaufort, par conséquent pelil-iîh de Jean de Gand et de Catherine Swinford, dont l'union ne fut légitimée par le parlement qu'après la naissance du cardinal et de son frère.
France. A son arrivée, la population de Londres s'insurgea, pilla, sa résidence de Black-Friars el s'il n'eût échappé par la fuite à sa fureur, il eût péri précipité dans la Tamise. Tel était l'étal des choses dans le royaume, RittlM lorsqu'au commencement de l'année 1451, le parlement j,n *>Yotk s'ouvrit à Westminster. Les deux partis de Lancastrc et , *l
1 de Somonwl .
d'York v furent représentés par leurs chefs, les ducs d'York et de Somerset; leur inimitié avait été nourrie depuis longues années, par un enchaînement de circonstances fatales, et une lutte prochaine semblait inévitable.
Une accusation de trahison au sujet de la perte de la Normandie fut intentée à Somerset par le duc d'York et soutenue par les communes; le roi s'interposa et couvrit de sa protection le ministre accusé. Hepoussé sur le trrrain de la légalité, York a recours à des moyens plus dangereux; il rassemble une armée dans le pays de Galles et avec elle il revient sur Londres. L'armée royale
marche à sa rencontre, des deux parts cependant on négocie, la lutte est ajournée; York déclare qu'il n'en veut point au roi mais à ses mauvais conseillers, et de nouveau il dénonce et accuse Somerset. Le roi cède et s'engage à le faire arrêter. York, sur cette assurance, congédie son armée et se rend sans garde dans la tente royale, ou il rencontre Somerset et se voit tr&Jii. Le roi le ramène à Londres prisonnier et un conseil est convoqué |H>ur décider de son sort.
La Guyenne échappait alors à l'Angleterre. L'illustre Talbot, que Jeanne d'Arc seule avait pu vaincre, avait été envoyé dans cette province pour la défendre, mais ses efforts furent impuissants contre l'armé»» française, h. 13
IVli LIVRE III. CHAPITRE IV.
forle (le 40,000 hommes, sous les ordres de Dunois. («union Talbot mourut eu héros avec son fils, à la journée de laGaycBM Castillon l. Bientôt après toute la Guyenne fut réunie à
8 rlpuuTon00 'a couronnc ^e France, il ne re8Ui plU8 à l'Angleterre, <«« de «es vastes possessions sur le continent, que la seule
Anglais.
ville de Calais.
Ces nouveaux désastres des armes anglaises ajoutaient dans le royaume à l'exaspération des esprits, et le bruit se répandit que le fils du duc d'York rassemblait une armée pour marcher avec elle à la délivrance de son |)ère. Le conseil cède à l'épouvante, il arrache du due d'York un serment d'obéissance au roi et de fidélité. Ce prince recouvre à ce prix sa liberté ét se retire dans sa résidence du pays de Galles, à Wigmorc, ajournant sa vengeance. Somerset reste à la tete du gouvernement et, pendant deux ans, au faîte de la fortune, il administre sans obstacle et gouverne à son gré le pays, la cour et le monarque.
Un parlement tenu à Heading accorde au roi des subsides pour sa vie et impose chaque comté et chaque ville pour la levée et l'entretien d'une armée de
4. Voir MoDiIrelel.— La mort de Talbot ci de son fils a été pour Shakespeare le sujet d'une scène immortelle :
T Al. ROT. — Fly to revenge my deatb, if I be slain. JoilM. — Hc that (lies s», will ne'cr return again. TALB. — If wc bolb stay we bolh are sure to die.
Ipon my blesùng I rommand thee go.
Joiiv — Te figbt 1 will but not lo fly tbe foc. TALB. -— Part of tby falher may be aav'd in tbec. John. — No part of hifl», but will be shamc in me, etc.
(kinç Henri 17, Ont part, act. IV.)
20,000 archers : le parlement est prorogé et convoqué de nouveau à Westminster : là, le roi, par l'organe du cardinal Kemp, remercie les communes de leur libéralité et s'engage en retour à supprimer les abus dont la nation gémit et à faire droit à ses justes plaintes; mais Maladie lorsque Somerset se croyait le mieux affermi, le roi dflHe,,n^ perdit tout à coup la raison, la mémoire et l'usage de (U53> ses membres. Cet événement funeste précipita la chute du ministre, jeta les affaires dans la confusion et déchaîna sur le royaume les fléaux de l'anarchie et de la guerre civile.
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