‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés (volume 2)Chapitre 59 sur 171 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Gl'ERRE DES DEUX ROSES. — FIN DE LA DYNASTIE DES PLANTAGENETS.

Première époque de la guerre civile, jusqu'au couronnement

.l'Edouard IV.

Au moment où le roi perdit l'usage de ses sens, tous les regards se tournèrent vers le duc d'York. Laitière Marguerite vit sa puissance ébranlée; elle mit au monde un fils après dix années de mariage, dans ces circonstances si critiques pour sa fortune, et la naissance de

cet enfant, nommé Edouard, qui, en d'autres temps, aurait pu consolider son pouvoir, acheva de le renverser. Le roi, depuis longtemps, avait perdu, par la faiblesse de son esprit et de son caractère, le respect d'une grande partie de la nation '. La perspective plus ou moins prochaine de l'avènement du duc d'York au trône par des voies naturelles, en sa qualité d'héritier présomptif, avait jusque-là modéré l'impatience d'un graud nombre et des plus sages; mais lorsqu'ils n'eurent devant les yeux que la |>erpétuité du gouvernement d'une femme universellement détestée, entre un eufanl mineur et un roi insensé, les ennemis de la reine se lassèrent et ils hésitèrent moins à demander à la violence un changement qu'ils n'espéraient plus du cours ordinaire des événements. Le duc d'York prit la direction des affaires; Somerset fut arrêté dans l'appartement même de la reine et un parlement fut convoqué à Reading. Là, l'incapacité absolue d'Henri VI ayant été constatée avec les formes les plus rigoureuses, le parlement fit un acte qui, rédigé au nom du roi, des lords et des communes, nommait le duc d'York protecteur du royaume jusqu'à l'époque où le prince de Galles, ayant atteint l'âge de discrétion, serait lui-même revêtu de ce titre 2. L'importante charge de gouverneur de Calais fut en môme temps enlevée au duc de Somerset et donnée au duc d'York.

Henri VI demeura dix mois comme insensible et en léthargie. Vers Noël enfin il recouvra la raison et la santé. La reine reprit aussitôt sur lui son ancien ascen-

4. Noua in avons u» curieux lémoienage dans un fragment de Charlea d'Orllan» cité par lu mer. (Histoire d Angleterre durant te moyen âge.) '2. Rotul. Parlciiieul.

HESRI VI. HH

<lant; Somerset sortit de prison, recouvra la charge de sa délivrance gouverneur de Calais et ce fut au due d'York à trembler. 11 s'éloigna ivre de vengeance, appelant à lui ses partisans et ses nombreux vassaux. Somerset avait pour lui l'impérieuse Marguerite et. par elle, le roi, toujours docile aux volontés de la reine : la querelle des deux rivaux, également exaspérés et implacables, était parvenue à ce point extrême où elle ne pouvait plus être ridée que jkir les armes. Toute la nation se partagea entre les deux maisons d'York et de Lancastre; des marques distinctives furent adoptées par chacune : les partisans de la première arborèrent comme signe de ralliement la rose blanche, ceux de la maison de Lan- Beie Jjinclie castre la rose rouge, et ces gracieux emblèmes de la , el

la Ilote rouge.

fraîcheur et de la beauté donnèrent leur nom à Tune des guerres les plus désastreuses et les plus sanglantes dont l liistoire fasse mention.

Marguerite rallia autour d'elle et du roi tous ceux que les liens du sang ou des services antérieurs attachaient à la maison de Lancastre. Les comtés du nord étaient fidèles à sa cause; Percy et Clifford lui amenèrent des. renforts du Norlhumbcrland et du Cumberland et sou parti comptait, avec eux, parmi les chefs les plus émioents après Somerset, le duc de Buckingham, Edmond Hatham, comte de Itichmond et Jasper Haiield, comte de Pembroke. Ces deux derniers, frères utérins du roi, étaient issus du second mariage de sa mère, Cathcriue de France, avec Owen Tudor, seigneur du pays de Galles, et souche de l'illustre maison des Tudor, qui régna plus d'un siècle sur l'Angleterre. Les comtés de l'ouest et du sud et surtoul la \illc de Londres étaient

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favorables au duc d'York, qui par sou mariage avec lad y Cécile Neville avait gagné l'appui de ses frères les puissants comtes de Salisbury et de Warwick. Celui-ci, qui fut nommé le faiseur des rot*, est la plus grande ligure de cette sanglante époque. Il n'était pas moins célèbre par sa bravoure que par sa magnificence et l'on assure qu'il nourrissait journellement trente mille personnes dans les nombreux fiefs et cbàteaux qu'il possédait en Angleterre. 11 était l'idole du peuple et ses nombreux clients obéissaient à ses volontés plus qu'au souverain ou aux lois. 11 fut, dit un historien célèbre, le plus puissant aussi bien que le dernier de ces grands barons qui imposaient autrefois à la couronne et qui rendaient le peuple incapable de se plier à aucun système régulier Me gouvernement civil J.

Le but principal des deux partis, comme cela s'était vu en France, dans des circonstances semblables , durant la minorité et ensuite pendant la démence du roi Charles VI, était de conquérir le pouvoir et de le conserver avec une apparence de légalité ou de justice, en . s'assurant la po^ession de la personne du roi. Première La première rencontre à main armée eut lieu le btl^lle 13 mai 1455, à Sainl-Alban, entre deux corps peu conseioi-Aibê». sidérables de chaque parti : Warwick à la tète d'une (U55) troupe intrépide de Gallois insurgés, décida le succès. Les royalistes furent mis en fuite et laissèrent morts sur le champ de bataille deux cents hommes et trois chefs illustres, le comte de Northumberland, lord Clifford et le duc de Somerset.

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