‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés (volume 2)Chapitre 6 sur 171 · BD01ABD III · texte numérisé non relu

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La reine reçut donc ces braves gens du roi Edouard et prit soin d'eux; mais les habitants de Calais furent chassés de leur ville qui fut repeuplée par des Anglais, devint une colonie de cette nation et durant deux cents ans ouvrit la France aux années étrangères.

La prise de cette importante place fut suivie d'une seo.n.u trêve entre l'Angleterre et la France. Le roi Philippe VI avait fait d'inutiles efforts pour la secourir, et, durant |M la trêve même, un brave chevalier français, Gefïroy de Chavigny, tenta vainement de la reprendre, en l'achetant au poids «le l'or de son nouveau gouverneur. Informé de la négociation pour cet objet, le roi Edouard ordonna au gouverneur de la poursuivre et se rendit secrètement dans la place , avec le jeune prince de Galles, son fils, et une nombreuse escorte de chevaliers, à la tête desquels était le vaillant Gautier «le Mauny, sous la bannière duquel le roi voulut combattre, avec son fils, sans se faire reconnaître. Au jour convenu , l'argent fut livré; les Français attendaient que les portes leur fussent ouvertes : elles s'ouvrirent en effet, mais au lieu «les traîtres «pii devaient les accueillir, ils en virent sortir une grosse troupe de chevaliers qui fondirent sur eux la lance en arrêt. Un petit nombre de Français échappa; presque tous, après des exploits héroïques, furent tués ou pris, et parmi ces derniers, fut le fameux chevalier Eustache de Hibaumont, qui combattit longtemps corps à corps et sans le connaître, contre le roi Edouard, lui remit enfin son épée et reçut de lui en retour, avec une courtoisie incomparable, le prix delà valeur *.

I. Jet ode au detirde donner ici textuellement cet te belle pajjc dan* laquelle «iî<mi\ peut-être qu'en aucune autre Froissard lw»u* enseigne ce qu'il \ avait d«

Ravage» La trêve cependant durait encore et un fléau, plus la p 8,e" terrible que la guerre, ravageait alors toute l'Europe;

(*3*9) la peste, venue d'Orient, enleva à Londres seulement 57,000 personnes. Ce fléau exterminateur s'étendit de l'homme aux animaux ; les cadavres répandus dans les champs et sur les routes infectaient l'air. On abandonna les travaux de l'agriculture, les cours de la justice se fermèrent; tant de calamités servaient d'aliments à la superstition et au fanatisme : des enthousiastes des deux sexes crurent que leurs souffrances étaient agréables à la divinité; on les vit par bandes nombreuses parcourir demi-nus les villes et les campagnes et se déchirer les épaules à coups de fouet, pour effacer, disaient-ils. les péchés du monde; on les nomma les Flagellants.

généreux et de causais dans les moeurs guerrières de l'époque. Après nous avoir montré le roi Kdouard, revenu vainqueur de ce rude combat, et donnant à Calais un festin aux vaillanls chevaliers français, ses captifs, où ils furent sertis au premier mets par le prince de Galles el les chevaliers d'Angleterre, le roi étant assis à table avec eux, il ajoute : • Quand on eut soupé, on leva les tables : si demeura le dit roi en la salle entre les chevaliers français et anglais, el était a un bout et portait un cbapeb't de fines perles sur son

chef. Si commença le roi a aller de l'un a l'autre et à entrer en paroles

et s'en vint devers monseigneur Kuslacbe de itibaumout, cl lui dit joyeusement :

• Messire Eustache, vous êtes le chevalier du monde que je visse oneques

• mieux ni vaillamment assaillir ses ennemis, ni son corps défendre; ni ne

• trouvai oneques en bataille, la où je fusse, qui tant me donnât a faire corps

• h corps que vous avez fait ; si vous en donne le prix, et aussi font l<>us les ■ chevaliers de ma cour par droite sentence. • A donc prit le roi le chapelet qu'il portait sur son chef, qui était bon et riche, et le mit sur le chef a monseigneur Eustache, el lui dit ainsi : • Messire Kustache, je vous donne ce chapelet - pour le mieux combattant de la journée cl vous prie que vous le portiez cette

• innée pour l'amour de moi. Je fais bien que vous êtes gai el amoureux, el que » volontiers vous vous trouvez entre dames el demoiselles; si dites partout là

• ou vous irez que je vous l'ai donné , et comme vous êtes mou prisonnier,

• je vous quitte voire prison el vous pouvez partir demain s'il vous plall. •

(Chroniques, cccxix.)

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Les rivalités, les haines qui fermentaient dans les cœurs, semblèrent s'éteindre tout à eoup dans l'épouvante de la mort, mais ecs passions n'étaient qu'assoupies et se réveillèrent bientôt plus ardentes et plus terribles.

Seconde période de la guerre avee la France — Fin du rèune

d'Edouard III.

Le roi Jean avait suecédé à son père , Philippe de Valois, sur le trône de France où il débuta par des violences. Il fit arrêter et mourir sans jugement le comte d'Eu, connétable, qui, prisonnier des Anglais et libre sur parole, était venu en France recueillir sa rançon, et il donna sa charge à un étranger, Charles de la Cerda, ennemi personnel de son parent, Charles, roi de Navarre et comte d*Evreux, fameux dans l'histoire sous le nom de Charles le Mauvais. Ce prince assassina le nouveau connétable et lui-même, peu d'années après, fut surpris par le roi, à Rouen, à la table du dauphin, avec Geoffroi d'Harcourt et quelques chevaliers de son parti. Ils furent tous à l'instant décapités, à l'exception «lu roi de Navarre, dont Jean épargna la vie par respect pour la dignité royale, mais qu'il priva de sa liberté en renfermant dans la tour du Louvre. Ces actes violents furent une des causes qui portèrent Edouard à renouveler les hostilités avec la France à l'expiration de la trêve : il se dit te vengeur des chevaliers exécutés sans jugement, donna

des hostilités en hc l'Angleterre el

la France.

au prince Noir 1 son fils l'investiture de la Guyenne, lui prescrivit de commencer la guerre dans cette province, et lui-même descendit en Normandie avec une armée. Le prince ravagea le Languedoc, porta le fer et la flamme au cœur du royaume el s'avança jusqu'à Tours; mais bientôt un nouveau soulèvement des Kcossais qui s'emparèrent de Berwick rappela Edouard dans la Grande-Bretagne. 11 reprit Berwick, ravagea une partie de l'Ecosse et acheta d'Edouard Baliol a, moyennant une modique pension annuelle, tous ses droits à la souveraineté de ce royaume 3.

Le roi de France cependant avait obtenu des états généraux des subsides considérables avec lesquels il leva une grosse armée, et, rassuré pour la frontière du nord par 1 eloignement d'Edouard, il marcha avec toutes ses forces au sud à la rencontre du prince de Galles. A son approche, les Anglais se retirent et sont atteints par les Français près de Poitiers. Déjà la disette se faisait sentir dans le camp et le prince Noir anglais demandait à capituler. Si Jean n'eût pni nt combattu, les Anglais pouvaient être vaincus par la famine et réduits à poser les armes; mais, à cette époque chevaleresque, la prudence et le calcul entraient pour peu dans le gain des batailles. L'armée française d'ailleurs était forte de plus de cinquante mille soldats et l'armée ennemie n'en comptait que huit mille : le roi Jean résolut donc de combattre, il pouvait compter sur la victoire.

1. On nommait ain*i le prince de Galles a cause «le l'armure noire qu'il portait,

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