Hymer, I. iv
Le princc'Noir établit son camp sur un coteau, à Mail- Outilla pertuis, près de Poitiers. Ce coteau était couvert de haies ' c 1 Mm et de vignes et impraticable à la cavalerie ; il cacha ses ,336) archers dans les buissons, creusa des fossés et se couvrit de palissades, enfin il fit de son camp une grande redoute, ouverte seulement au milieu par un étroit défilé ; au haut de ce défilé était l'armée anglaise, à pied et serrée. Avant le commencement de l'action, deux légats interposèrent leur médiation; le prince de Galles consentait à restituer ses conquêtes et ses prisonniers et à ne pas servir contre la France pendant sept ans; mais Jean exigea qu'il se rendît prisonnier avec cent chevaliers. Les Anglais refusèrent, et le combat s'engagea; un corps de trois cents gendarmes français pénétra dans le défilé ; une grêle de flèches le détruisit. Le corps qui le suivait, troublé par celte attaque, se rejeta sur l'aile gauche et la mit en désordre. Ce n'était qu'un combat d'avantgarde, mais une embuscade anglaise, forte de six cents cavaliers, se précipita tout à coup sur la division du centre; celle-ci, saisie d'une terreur panique, prit la fuite avant de combattre. A cette vue, Chandos, le plus illustre capitaine de l'armée anglaise, dit au prince Noir : « Chevauchez avant, la journée est votre. » Les Anglais descendent la colline et renversent tout devant eux. «Trois fils du roi, dit Froissard, avec plus de huit cents lances saines et entières, qui jamais n'approchèrent leurs ennemis, s'enfuirent. » L'aile gauche se réfugia en désordre derrière la réserve que commandait le roi en personne. Là étaient le roi et son plus jeune fils; autour d'eux la fleur de la noblesse française. Les Français avaient encore l'avantage sur leurs ennemis, bien
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inférieurs en nombre; mais Jean, pour son malheur, se souvenant que le désastre de Crécy avait été causé par l'impatience de la cavalerie française, se mit à crier : « A pied, à pied!» Lui-même descendit de cheval et se mit en avant des siens, une hache de guerre à la main. La mêlée fut rude et sanglante, mais les chevaliers français étaient inhabiles à lutter à pied contre les cavaliers et les archers ennemis ; ils combattirent jusqu'à ce qu'ils fussent tous pris ou tués. Là périt l'élite de la chevalerie ; le roi resta presque seul, tète nue, blessé, intrépide, frappant bravement de la hache, avec son plus jeune fils qui parait les coups des ennemis; il fallut se rendre. Le prince Noir, à peine âgé de vingt-six ans, se montra, comme à Crécy, digne de sa fortune; il entoura de res|>ects le roi vaincu. « Jamais, dit Froissard, il ne voulut s'asseoir à la table du roi, malgré les prières que le roi lui sut faire. Ainsi «lisait toujours qu'il n'était encore suffisant, qu'il appartins! de lui seoir à la table d'un si hault prince et de si vaillant homme, tel que la journée l'avait montré K »
Troisième ^e vainqueur conclut une trêve de deux ans avec irève. ic dauphin de France, nommé régent du royaume, (•357-1359) puis il conduisit son prisonnier en Angleterre; leur entrée dans Londres fut signalée par une pompe et une magnificence inouïes, qui, déployées en apparence pour honorer le monarque français, rendaient [dus éclatant encore le triomphe du prince de Galles. Jean, monté sur un coursier magnifique, traversa les rues décorées de tapisseries et garnies de deux rangs