I. Mnnslrrlel
Méconieiilc-
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sir Richard Woodville, peu après le mariage de sa fille Elisabeth avec Edouard IV, fut nommé comte Rivers. Elle acquit sur le roi un immense ascendant, dont elle lit usage pour élever rapidement ses proches aux honneurs , et sa famille passa subitement , comme il arrivait si souvent dans ces temps orageux, d'un état de proscription et de ruine au faite de la fortune. Ce fut l'origine et l'une des causes de la rupture de Warwick avec Edouard. L'élévation subite et immodérée de la famille d'Elisabeth offensa son orgueil : à ce premier motif d'irritation il s'en joignit d'autres, et »»eul quelques historiens ont prétendu qu'au moment même où ce mariage fut conclu, Warwick en négociait un pour le roi avec la princesse Bonne de Savoie, bellesœur de Louis XL II s'irrita, disent-ils, en se voyant trompé par Edouard, et dans une situation équivoque aux yeux de Louis. Quoi qu'il en soit, la raison véritable de sa rupture avec le premier fut peut-être l'importun souvenir des services qu'il lui avait rendus, et dont le poids se faisait trop sentir dans les rapports d'un sujet avec son souverain. Edouard était impatient de sortir de tutelle : il avait comblé de richesses et d'honneurs Warwick et ses deux frères : l'un d'eux, lord Montagu, était gouverneur des Marches orientales d'Ecosse, et avait reçu les biens des Percys avec le titre de comte de Northumberland ; l'autre tenait les sceaux et venait d'être promu au siège archiépiscopal d'York; Warwick enfin lui-même joignait aux vastes domaines des Spencers, aux comtés de Warwick et de Salisbury, et aux charges de grand-chambellan et de grand-amiral, la lieutenance d'Irlande et le gouvernement de Calais. Commines nous il. 14
apprend que le produit de ses emplois montait à 80,000 couronnes par an, indépendamment des immenses revenus de ses propriétés. Cependant cette fortune prodigieuse ne lui suffisait pas, et elle ne mit point son Ame sordide à l'épreuve des séductions politiques de Louis XI, dont il accepta une pension secrète et de honteuses gratifications.
Les largesses intéressées du roi de France portèrent peut-être Warwick à combattre un projet d'alliance et d'union entre Marguerite, sœur du roi d'Angleterre, et Charles, comte de Charriais fils du duc de Bourgogne, qui, descendant de la maison de Lancastre, avait jusqu'alors favorisé Henri VI, et désirait maintenant se rapprocher d'Edouard. Désigné parce monarque pour négocier avec le roi de France, Warwick avait été reçu à sa cour avec des honneurs extraordinaires, et s'était tu, non-seulement traité par lui en public à l'égal d'un souverain, mais aussi l'objet de ses attentions secrètes. Le bruit des relations cachées qu'il entretenait avec Louis parvint sans doute jusqu'à Edouard, et prépara la disgrâce du comte, quoique le roi ait d'abord, et durant quelque temps, dissimulé. De premiersnuages élevés entre eux furent en apparence dissipés; maisapres le mariage de la princesse Marguerite avec le comte de Charolais, récemmentdevenuduc de Bourgogne par la mort de Philippe le Bon, son père. Warwick sentit son crédit ébranlé, et, cherchant à se susciter près du trône un appui contre le roi lui-même, il donna sa fille au duc de Clarence, son frère : leur
I. Ce prince, qui devint si célèbre tous le soin Je Charles le Téméraire, épousa la princesse Maruuerilc l'année suivanle.
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mariage fut conclu contre le gré d'Edouard et malgré sa défense.
Plusieurs insurrections fonnidables éclatèrent à cette époque sur divers points du royaume, et surtout dans le comté d'York : dans l'une d'elles on vit figurer des membres de la famille Neville, et les rebelles s'autoriser, à tort peut-être, du grand nom de Warwick. Ces mouvements insurrectionnels étaient dirigés contre les Woodville, dont l'un, lord Hivers, père de la reine Elisabeth, et l'autre, sir John Woodville, son frère, étaient en butte au courroux populaire. Ils furent pris tous Rupine deux et aussitôt mis à mort. Warwick accourut au- warwid près du roi comme pour se justifier, et, le voyant mal ac- dyjo^tA ,v. compagné, il s'assura de sa personne, et revint avec lui à Londres, où il donna l'étrange spectacle d'un ministre tout-puissant entre deux rois prisonniers.
L'histoire de ces temps est fort obscure, et on ne sait avec certitude ni les causes de plusieurs événements importants ni leurs suites. Warwick, à cette époque, quoique coupable envers Edouard de torts qu'un roi n'oublie pas, même en les pardonnant, n'avait point encore traité avec Henri. Le parti de Lancastre, cependant, abusé par les apparences, avait repris courage et relevé son étendard dans les Marches d'Ecosse. Warw ick alors, opposant aux insurgés le roi même qu'il tenait en sa puissance, mais auquel il n'avait point retiré son hommage, étouffa l'insurrection, dont les chefs portèrent leur tète sur l'échafaud. Edouard recouvra peu de temps après sa liberté, sans qu'on sache par quels moyens il s'affranchit, et il pardonna leurs offenses à Clarence, son frère, et à Wanvick. Mais les protestations d'entiVr
212 LIVRE ni. CHAPITRE V.
oubli d'une part, do dévouement de l'autre, couvraicntdes
ressentiments implacables; une nouvelle insurrection
éclata dans le comté de Lincoln : les habitants, dirigés
par sir Robert Welles, prirent les armes, chassèrent les
officiers royaux, et furent ensuite battus et dispersés par
le roi lui-même à Elsingham. Les chefs «le la rébellion
furent exécuté**; mais, avant de subir leur supplice, ils
portèrent témoignage contre Clarence et Warwiek, et
ceux-ci, convaincus d'avoir excité sous main les rebelles
qu'ils s'étaient engagés à combattre, furent contraints
de fuir à l'étranger.
i:r*»nciiii- Warwiek se retira en France : Louis XI aussitôt ern-
, ,l'on . , brassa sa querelle, et, par sa médiation, la reine Maroc Warwiri
et de guérite fit sa paix avec le comte proscrit, principal au-
la reine
Marguerite, teur de toutes ses disgrâces : réconciliés maintenant par leur haine commune contre le roi Edouard, ils conclurent un traité portant que le jeune prince fils de Henri VI et de Marguerite, épouserait Anne Néville, fille de Warwiek ; que Marguerite et le comte joindraient leurs forces pour rétablir Henri sur le trône, et qu'à défaut de descendants de ce prince, le duc de Clarence hériterait de la couronne.
Edouard était à Londres, endormi dans les plaisirs au sein d'une trompeuse sécurité, quand tout à coup il fut réveillé par l'orage prêt à fondre sur lui. Attiré dans le nord par le faux avis d'un mouvement insurrectionnel, il abandonna la capitale et les comtés du sud où le grand nom de Warwiek était le plus populaire et valait une armée. Louis XI s'était déclaré pour Henri VI : Charles le Téméraire embrassa chaleureusement la cause opposée, celle d'Edouard, qui
d'ailleurs était son beau-frère, et il entreprit de fermer la mer à Warwick. Mais une tempête dispersa sa flotte : RéltWifJe le comte débarqua en Angleterre, proclamant Henri VI, meM et employant pour relever sa maison les talents et le Hwmïw. même pouvoir qui l'avaient renversée. (U7o)
Warwick entra aux acclamations du peuple dans Londres, où la reine Elisabeth et ses trois filles trouvèrent un asile inviolable dans L'enceinte sacrée de Westminster. II réunit rapidement une armée et marcha vers le nord à la poursuite d'Edouard qui, environné de périls et de trahisons, et abandonné d'une partie de son armée, fut à son tour obligé de fuir. Il dut son salut à la vitesse .
c Finie
de son cheval et fit voile pour la Hollande, où le duc de J'EJoutrd iv
sur le
Bourgogne, sans oser, à cette époque, se prononcer trop comment, ouvertement pour lui, dans la crainte d'avoir à combat- (M7ft) tre tout ensemble l'Angleterre et la France, le secourut cependant en secret. Il lui donna des sommes considérables et le mit en état de songer à rétablir sa fortune, tandis que Henri, reconnu par un nouveau parlement qui déclara Edouard usurpateur, et délivré de prison plutôt que d'esclavage, ressaisissait une ombre d'autorité avec les vains attributs du rang suprême. Onze jours avaient suffi à Warwick, pour achever cette nouvelle révolution dont la promptitude remplit l'Europe d'étonnement, mais qui obscurcit la gloire de son auteur tout en ajoutant à sa réputation politique cl militaire
Troisième époque de la guerre civile. — Kelour et rétablissement d'Kdouard IV. — Fin de son rèene.
La fortune des deux rois rivaux éprouva rapidement de nouvelles vicissitudes. Marguerite, à cette époque, était encore en France, à la cour de Louis Xi, où elle se préparait, avec l'aide de ce prince, à seconder les efforts de Warwick, pour sa cause, lorsqu'elle apprit presque en même temps le début de cette entreprise et son heureuse issue. Mais sachant Edouard sur le continent, dans les états du duc de Bourgogne, son beau-frère, et connaissant ses talents et son audace, elle jugea prudent d'attendre, avant de passer l'Angleterre, des forces nécessaires pour consolider sa fortune. Kdouard, en effet, dans l'adversité, trouva en lui-même des ressources qui lui avaient manqué sur le trône et déploya toutes les qualités nécessaires pour en triompher. L'Angleterre d'ailleurs avait relevé les couleurs de la maison de Lancastre, plutôt par surprise et pour éviter l'effusion du sang que par dévouement et par conviction. Tous les hommes influents qui avaient auparavant soutenu la cause opposée et qui avaient fait leur soumission pour conserver leurs emplois et leurs honneurs, se sentaient mal affermis et menacés. D'autre part, plusieurs qui par vengeance avaient trempé dans cette révolution se voyaient en butte aux métiances et au mépris de leurs nouveaux alliés, et personne, entre ceux-là, n'était plus profondément blessé dans ses prétentions ou dans son orgueil que
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!i» duc de Clarence qui, après s'être joint à Warwick, pour renverser son frère, fit la paix avec celui-ci, et conspira i>our le rétablir, contre Warwick.
Edouard se confiait davantage dans l'assistance qu'il »«'OMr obtiendrait de ses partisans en Angleterre , que dans le f»eu de lorces dont il disposait, et après six mois de séjour, sur le continent, il débarqua avec deux mille hommes, à Ravenspur sur l'Humber : Là il fut rejoint par son frère Glocester et par les lords Hastings et Rivers, et marcha rapidement sur York, évitant de s'annoncer comme roi avant d'être en état d'agir en souverain et de l'être en effet, et se bornant, comme autrefois Henri IV, à revendiquer l'héritage de sa maison. Personne, pendant quinze jours, ne voulut ni le combattre ni le seconder, et traversant, à marches forcées, un pays soumis à son rival, avant même que Warwick eût eu connaissance de son débarquement, Edouard à son tour captiva l'admiration par son activité merveilleuse et par son audace, tandis que des vents furieux retenaient en France Marguerite et son armée.
Celte conduite à la fois prudente et hardie lui rallia des partisans : avec trois mille hommes il se dirigea sur Londres, et s'avança, sans obstacle, jusqu'au château de Warwick, domaine du puissant comte de ce nom jadis son plus ferme soutien, maintenant son implacable ennemi. Là, le duc de Clarence lui amena un utile renfort de quatre mille hommes et les deux frères scellèrent leur réconciliation à la vue de toute l'armée. Warwick alors tenta d'arrêter leur marche et laissant derrière lui Londres et son fantôme de roi, sous la garde de l'archevêque d'York, son frère, il s'avança à la rencontre
d'Édouard , et l'attendit dans les murs de Coventry. Édouard cependant avait repris son titre royal. Ce nom suprême, qui dans la mauvaise fortune glace les cœurs indifférents ou même amis, et qui gagne dans la prospérité jusqu'aux adversaires , rallia sous la bannière de la Kose blanche de nombreux partisans. Sans s'arrêter pour combattre Warwick, Édouard marcha directement sur Londres, dont la trahison de l'archevêque d'York, ou KJoûnnMv son c"°r°î> lui ouvrit les portes. 11 y fut de nouveau pro- • i-n.H. c]amé : Henri VI rentra captif dans la Tour, dont il ne du i finir sortit plus vivant et, peu de jours après, une sanglante
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bataille fut livrée à dix milles et au nord de Londres, dans les champs de Barnet. Warwick fut vaincu et ne voulut |kis survivre à sa défaite : il périt en combattant et avec lui s'évanouit la grandeur de la maison de Néville. Ce comte fameux avait été vingt ans, par ses talents et sa puissance, l'homme le plus considérable de cette sanglante époque. Son besoin d'agitation, son activité désordonnée, dit un célèbre historien, ont été exprimés par le surnom de faiseur de rois que le peuple lui donna et qui indique plus d'ardeur pour la vaine possession du pouvoir que pour la poursuite d'un noble but, et un empressement presque égal à élever un roi sur le trône et à l'en précipiter selon le caprice du moment *.
L'issue de cette campagne rapide eût été différente si Warwick avait pu recevoir le renfort que lui amenait de France la reine Marguerite, qui prit terre à l'embouchure de la Wye, dans le pays de Galles, le jour même de la bataille de Barnet. Pembroke l'attendait sur la rive