‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculésChapitre 107 sur 145 · H y eut 234 pour l'affirmative, contre · texte numérisé non relu

H y eut 234 pour l'affirmative, contre

dans toute transaction publique ou particulière, d'un oubli complet de tout principe d'honneur et d'honnêteté.» I ne année ne s'était point écoulée, et déjà celui qui parlait ainsi, siégeant dans une coalition célèbre à côté de lord North, donnait la mesure des attachements et des haines politiques. Une nouvelle attaque enfin fut faite contre le cabinet, et le coup mortel aux ministres partit Moiion de leur propre camp : sir John Rous, jusque-là soutien »jr john Kous. fidèle de lord North, fil une motion directe pour déclarer que l'administration n'avait plus la confiance des communes. La motion ne fut écartée que par une majorité de neuf voix, et il devint évident que la portion sérieuse et indépendante de la chambre refusait son concours. Lord Surrey, cinq jours plus tard, prenait la parole pour re- Fin de nouveler le combat, lorsque le premier ministre, sans1 adm,™s,r*,,on rien perdre de sa sérénité habituelle, déclara qu'il avait ,ord >or,hrésigné le pouvoir, et que son administration avait cessé M,rs ,782 d'exister. Elle avait duré douze années, pendant lesquelles on vil avec surprise le plus doux des hommes couvrir de son nom les mesures les plus rigoureuses; et il convient de reconnaître qu'il eût laissé comme ministre une réputation honorée, s'il eût montré autant de fermeté pour soutenir ses propres opinions qu'il déploya de talent pour défendre celles des autres.

Le roi Georges était alors en proie aux sentiments les plus pénibles pour un prince : non-seulement il avait à dévorer l'affront d'une défaite pour l'Angleterre et d'une cruelle disgrâce pour sa couronne, il se voyait aussi avecune répugnance douloureuse encore une fois contraint de subir le contrôle de ces grandes maisons whigs dont les prétentions et les exigences orgueilleuses lui étaient in-

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supportables: l'influence de Rockingham et de ses amis dominait dans le parlement, et la capitulation de York- Town n'était pas plus amère au monarque que la nécessité d'appeler de nouveau cet homme d'Etat à la tète de ses conseils. Il essaya tout pour s'y soustraire, et parla même sérieusement d'abandonner son trône et de se retirer en Hanovre. Il finit cependant par se résigner à sa situation de roi constitutionnel ; il céda, et Rockingham, nommé premier lord de la trésorerie, fut chargé de formiuisière mer un cani„et# La nouvelle administration futcomposée, Rockinciiam moitié de l'ancien parti de lord Chatam, dont le chef ac- 1782 tuel était lord Shelhurne, et moitié du parti de Kockinghani, dont les représentants dans le cabinet furent lonl John Cavendish, chancelier de l'Echiquier, l'amiral Keppel, premier lord de l'Amirauté, le duc de Riclunond, grand-maître de l'ordonnance, et Fox, secrétaire d'Etal '■ l'autre portion du cabinet compta également cinq membres, lord Shclburne, secrétaire d'Etat, lordCamden, président du conseil; le duc de (îrafton, garde du scetn privé, le général Conway, commandant en chef, et Dunning créé lord Ashburlon, chancelier du duché de Lancastre. Entre ces deux fractions du cabinet, distinguées seulement par des nuances, le chancelier tory, lord Thurlow, fut maintenu comme modérateur dans la possession du grand sceau.

Les difficultés qu'eut à surmonter l'administration juste» nouvelle étaient immenses. Outre une guerre générale à pltiaiM terminer au dehors, d'ardents partis à satisfaire ou à rirl«»dt. contenir à l'intérieur, et de graves mécontentements à 1 778-1782 aPa»ser> gouvernement eut aussi à se préoccuper de l'Irlande, où fermentait, |>armi les protestants mêmes,

un esprit hostile et dangereux. Ce pays depuis longtemps avait beaucoup souffert des restrictions oppressives apportées à son commerce. Il possédail encore à cette époque un parlement séparé par l'organe duquel ses plaintes se firent entendre, et il avait demandé, en l'année 1778, d'être mis en possession, pour ses relations commerciales avec l'étranger, d 'avantages égaux à ceux que l'Angleterre offrait comme gage de réconciliation à ses colonies insurgées. Cette demande était juste; mais elle souleva en Angleterre une forte opposition née de prétentions rivales. Edmond burke la soutint avec courage, et sa conduite loyale lui coûta sa popularité à Bristol, qui l'avait élu ; lord North n'eut pas la force d'appuyer des réclamations dont l'équité n'était pas douteuse, et les Irlandais n'obtinrent que des concessions illusoires. Le mécontentement s'accrut, il devint général, et l'Irlande, s'autorisant de la crainte légitime d'une invasion française, arma, sous le nom de ro/on- Agiuiion laires irlandais, une nouvelle milice. L'esprit national ''*,,on»,c en bâta la formation, et au bout d'une année, ce Vo|on,airci pays comptait déjà 50,000 volontaires sous les armes. C'est en de telles circonstances que s'assembla le parlement d'Irlande en octobre 1779. L'opposition s'y montra pleine d'ardeur et en forces : elle avait de justes motifs de plaintes et une bonne cause : il lui fallait un chef, elle le trouva dans un membre obscur encore et bientôt célèbre de la chambre basse, dans Henri Grattan. Il joignait à un Hcnri Cra|un caractère noble un patriotisme ardent et une éloquence «» i«

parlement

dont les éclats passionnés et brûlants rappelaient celle de «rirUndt-. Chalam. Il prit en main la cause du commerce irlandais : l77U il ne borna point ses demandes à de modiques privilèges,

à des concessions limitées, il prononça le mot fameux de libre échange (free trade), accueilli alors, seulement en Irlande, avec enthousiasme, et qui, un demi-siècle plu* tard, fut ré|H;té en Angleterre par une ligue puissante avec une force irrésistible et victorieuse. Ce mot rallia comme un seul homme toute la population irlandaise, protestante et catholique, et les chambres du parlement de Dublin adoptèrent deux graves mesures au bruit des émeutes. Par la première, elles se refusèrent à lever de nouvelles taxes; par la seconde, elles ne consentirent à voter les subsides annuels que pour six mois. Un membre de l'administration, le premier avocat de la cou ronne, nommé Burgh, osa davantage. « Que parlez- vous de paix? dit-il. L'Irlande n'est point à l'état de paix, elle couve la guerre : l'Angleterre y a semé ses lois comme les dents du dragon de la fable, et il en est sorti des Emeutes UOmmes armés. » Plusieurs magistrats furent en butte Dublin aux outrages et aux violences d'une populace déchaînée : 1779 une prompte fuite déroba l'avocat-général à sa fureur; elle pilla sa maison de fond en comble : les volontaires de la milice intervinrent faiblement pour arrêter ou punir ces coupables excès.

Lord North, accablé du poids de la guerre et rendu prudent par l'expérience de la rébellion américaine, reconnaissant d'ailleurs l'équité des premières demandes du peuple irlandais, résolut de les satisfaire, et trois bills, présentés par lui dans ce but, furent adoptés sans opposition. Ce succès, accepté d'abord avec une reconnaissance enthousiaste, servit bientôt, comme il était à prévoir, d'encouragement à d'autres exigences, et la valeur des actes qui subordonnaient le parlement d'Irlande à celui d'Angle -

terre fut universellement contestée. Ces aclcs se réduisaient à deux seulement ; le premier, quidataitde Henri VII, Pétitions était la loi Poynings, appelée ainsi du nom de son auteur pJJTu «pfél vice-roi d'Irlande sous ce" règne, et par laquelle tous les actes du parlement irlandais, à l'exception des bills de «ubordonnaieni finances, étaient soumis à l'approbation du conseil privé * de la couronne : le second acte, présenté la sixième an- 1 AnR,elerre* née de George Ier, attribuait en termes formels au roi et au parlement d'Angleterre, le droit de légiférer pour l'Irlande : tels étaient les deux actes qui subordonnaient sous le rapport législatif l'Irlande à l'Angleterre et contre lesquels la première ne cessa point de prolester. Déjà, sous Guillaume III, en 4697, un livre éloquent avait élé publié à Dublin par l'Irlandais Molyneux, contre le droit que s'arrogeait le parlement britannique sur son pays 1 : plus lard, le célèbre Jonathan Swift demanda aussi le rappel de la loi Poyninijs et, pour l'obtenir, il ne fallut pas moins que tous les dangers et les malheurs dont l'Angleterre se vit menacée durant la guerre d'Amérique. Déjà en 1778, les lois pénales rendues contre les catholiques irlandais avaient été fort adoucies dans leurs dispositions relatives aux héritages 2. L'effet de ces premières mesures conciliantes fut de réunir en Irlande

I. Le litre de Molyutui dédié au roi fui condamné comme séditieux par 1rs communes, qui pritenl a rode occasion plusieurs résolutions pour prévenir le retour de semblables tentatives. Parliam. hiiiory of England> vol. V, p. 440- 441. Bltckslone, dans ses commentaires, rapporte au droit de conquête tous ceux que l'Angleterre s'arrogent sur l'Irlande.

2 tutre autres concessions faites aui catholiques, on leur acrorda le droit de pos«éler la terre avec bail de neuf cent quatre- vint»» dis-neuf ans (a). Ils obtiurent ainsi le droit de possession illimitée, mais non celui de propriété ab. solue, qui ne leur fut accorda qu'en 1782. (.) Geot^. Ul, t7-t8an. ch. 49

Assemblée de

Duiiganoon.

Féf. 1782

Klsolulion populaire

toute la population protestante et catholique par un sentiment commun de patriotisme : le peuple irlandais se leva comme un seul homme, pour demander le rappel des lois qui soumettaient le pouvoir de son parlement à celui du parlement britannique et du conseil privé. Ce vœu national se produisit de tous côtés à la fois par des pétitions, par des adresses et des résolutions votées dans de nombreuses assemblées ou meetings dont la plus fameuse fut celle des délégués de toute la milice volontaire, réunis au nombre de deux cent quarante-deux à Dungannon : la, une motion fut prise à l'unanimité : elle portait que toute tentative ayant pour objet de faire reconnaître en Irlande le pouvoir souverain comme émanant d'une autre autorité que de celle du roi, ainsi que des lords et des coin mimes d'Irlande, serait illégale et coupable. Henri Grattan avait dicté cette motion : il en présenta une autre dans les communes, tendant à faire admettre la parfaite égalité des deux parlements, et indiqua le 16 av ril 1782 pour le jour où il provoquerait sur ce grand objet un vote décisif. Dans l'intervalle cependant, lord Norlh succomba et légua cette grave question à résoudre au cabinet de son successeur, Hockingham. Au jour indiqué, Grattan se leva dans les communes d'Irlande : il relevait à peine de maladie, son corps amaigri semblait usé et miné par la souffrance, mais sa parole était de flamme, et à mesure qu il parlait il secouait son mal : si jamais, dit un témoin oculaire, un esprit |>arut agir indépendamment de son enveloppe matérielle, ce fut dans cette circonstance mé morable '. Il considéra la question comme déjà résolue

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