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I. Utire de sir Eyre Coole au conseil de Madras

642 LIVKK VI. CHAPITRE V.

Les Hollandais perdirent aussi, dans le cours de l'année, plusieurs de leurs possessions sur la côte de Coroniandel et à Ce vlan : mais ces succès furent obscurcis par la défaite d'un corps anglais et indigène que surprit une des armées de Mysore sous les ordres de Typoo-Saïb, fils d'Hyder-Ali (fév. 1782). Après une lutte acharnée, les vaincus furent presque tous massacres, et les survivants gémirent enfermés dans les cachots d'Hyder-Ali à Serin gapatam.

Les énormes dépenses de la guerre de l'Inde avaient été supportées presque toutes par le Bengale : le trésor de cette présidence était vide, et les directeurs de la Compagnie, dans leur correspondance avec le gouverneur général, ne diminuaient rien de leurs exigences. Il fallait tout ensemble les satisfaire, donner aux actionnaires de gros dividendes, et pousser la guerre avec vigueur, et pour atteindre ce double objet, Haslings ne fut arrêté par aucun obstacle; il ne recula ni devant les plus grands périls ni devant le crime. Parmi les vassaux tributaires de la Compagnie était Chayte-Sing, rajah de Bénarès, la ville sainte des Indous. Ce prince ayant refusé d'acquitter un subside extraordinaire auquel Haslings l avait imjiosé, fut condamné à l'amende énorme d'un demi-million ster-

odieu«es ' lintr- Hastings vint en personne et avec une insuffisante â'flufiBg< escorte saisir sa proie à Benarès, au milieu d'un peuple

Béuirèi. innombrable, qui se souleva furieux et l'assiégea dans le |78I palais même, d'où déjà le faible Cheyle-Sing s'était enfui épouvanté. Dans cet extrême péril, le gouverneur-général fit preuve d'un rare sang-froid ; il parvint à s'écuapper durant la nuit, et, réunissant rapidement une force imposante, il déposa Cheyte-Sing et mit la main sur son

Irésor qu'il trouva inférieur à son attente, et que se partagea son armée. Privé de cette ressource, Hastings convoita les immenses richesses qu'avait laissées en mourant Sujali-Dowlah, vice-roi de la province d'Oude, et qui étaient déposées à Fyzabad sous la garde de sa veuve et de sa mère (1 arracha par intimidation du jeune vice-roi une partie des richesses paternelles : n'obtenant plus ensuite que des refus des deux princesses, gardiennes de ce trésor évalué à trois millions sterling, il eut recours aux plus odieuses violences pour les contraindre à lui en livrer les restes, et la torture même fut employée dans ce but contre leurs ministres. Hastings s'assura ainsi les moyens de forcer tous les obstacles, de vaincre tous ses ennemis : il conserva l'Inde à l'Angleterre; mais il entacha l'honneur de sa patrie et le sien.

Jamais la puissance britannique en Orient n'avait été plus en péril qu'à cette é|»oque : la flotte française, depuis longtemps annoncée, parut enfin au commencement de 1782 sur la côte de Coromandel : elle avait pour amiral le bailli de Suffren », l'un des premiers.hommes Arriïée de mer dont la France puisse s'enorgueillir. Suffren, dans u Jj^ sa marche rapide, avait déjà pourvu à la défense de la fnnçaiae

tout

colonie hollandaise du Cap de Bonne-Espérance, et trois l'amiral batailles, glorieuses quoique indécises, livrées à son d* Surfren* digne rival, sir Edward Hugues, avaient rendu son nom 4782

4. Sujib Dowlab avait eu pour successeur ion fils enfui» i Asaph ul Dowlab, qui transféra ta résidence, de FyiabaJ, où il laissa ton trésor tous la garde des deui princesses, dans la ville do Luckoow, naiasanle alor* et que lea derniers événements ont rendue si célèbre.

2. Le litre de bailli avait été conféré a Suffren dans l'ordre de Malle auquel il appartenait.

fameux. Sa présence ranima l'espoir d'Hyder-Ali, qui méditait encore, au moyen d'une ligue des princes indi gènes, d'expulser les Anglais de toute la Péninsule indoustaniquc. La mort confondit subitement ses projets:

Mort

d'Hydcr-Ali. le redoutable sultan de Mysore expira dans les derniers née. 1782 jours de l'année (1782), laissant à son fils Tipoo-Saïb son trône, son armée, son courage, tout hormis son génie. Suffren cependant poursuivit ses glorieux exploits: il Elî prévint l'arrivée de la flotte ennemie à Ceylan, où il ensurr.cn. ieva aux Anglais la place de Trinquemale qu'il avait con- 1782-1783 quise. Leur flotte se montra dans ces parages deux jours trop tard : elle était de douze vaisseaux : Suffrtn en a\ait ^ quatorze, et engagea le combat contre l avis de ses ca- M«tl pitaines. Il courut de grands périls que son habile Trinq!!«n«le. audace surmonta : les deux flottes firent des pertes à peu 1782 l)r^s ^a^es °* nircnl séparées par la nuit. Au début de l'année suivante (1783), Suffren, avec des forces inférieures, quinze vaisseaux contre dix-huit, parvint à délivrer le marquis de Bussy et un corps français enfermés dans Gondelour, et il contraignit ensuite la flotte anglaise à s'éloigner: mais déjà les préliminaires delà paix avec la France étaient signés ; la nouvelle en parvint à cette époque dans les Indes, et les hostilités furent suspendues.

Depuis la capitulation de lord Cornwallis à York-Town et la résolution qu'avait prise le gouvernement anglais de ne plus envoyer d'armée tn Amérique, il était de\enu évident que les Etats-Unis n'avaient plus aucun intérêt dans la guerre, et que celle-ci ne se prolongeait que pour l'avantage de leurs alliés d'Europe. Déjà des négociations pour la paix avaient été commencées à Paris, entre un

correspondant de lord Shelburne, Richard Oswald, et le secrèies

célèbre représentant des Etats-Unis, Benjamin Franklin *. pour lapait

Ces négociations malgré les instructions du congrès, de- |»A^ie"er« meurèrent d'abord secrètes par suite de la clause qui cl.

I Amérique.

dans le traité d'alliance, entre le gouvernement français et les Américains, ne permettait point à ceux-ci de <782 conclure séparément une paix ou une trêve avec l'Angleterre 2. Enfin, après de longs débats, un traité préliminaire fut conclu, par lequel l'Angleterre reconnaissait L rtToo n'a 1"° d'une manière absolue l'indépendance des Etats-Unis; rindég«°dance elle leur laissait, dans la délimitation des frontières, la Etats-Unis, vaste contrée connue sous le nom de Western lerrilory m? (territoire de l'Ouest), et partageait avec eux le droit de

1. Celui-ci t'adjoignit trois collègues qui furent MM. Jay, Laurent el Adams. Deux obstacle* arrêtèrent longtemps les négociations : l'Angleterre •l'une part refusait d'accorder aux Américains, de parlagcr arec eut la pêche a Terre-Neuve, cl d'autre pari elle exigeait que les loyalistes américains fussent indemnisés de leurs pertes. Elle céda sur le premier point cl l'esprit fertile de Franklin lui suggéra sur le second chef un -expédient ingénieux : il demanda que la stipulation faite en faveur des loyaliste] fût réciproque et qu'ils fussent tenus eux-mêmes d'indemniser les patriotes des ferles qu'ils Uur avaient f m éprouver durant la guerre dan» les Etats ou ils avaient momentanément trio 1 plié. Celte demande paraissait équitable; mais une telle clause devait conduire • d'innombrables procès, à des délais sans Dn, devant lesquels le gouvernement anglais reculj : il cessa d'exiger pour les loyalistes les réparations aussi élen lues et spécifiées d'une minière absolue et complètement obligatoire.

2. M. Piikin, dan» ton histoire justement estimée, s'est attaché a éoumérer les nombreux molifs qui portèrent les envoyés américains a négocier a l'insu du comle de Vergennes sans tenir compte de la défense du congrès. L'importance de ces molifs fait comprendre leur conduite, mais ne la justifie pas. Franklin le reconnut, el lorsque Vergennes lui adressa des reproches à ce sujcl, il s'avoua coupable ainsi que ses collègues d'un oubli des convenances, cl ajouli que le traité ne serait valable qu'apièt la paix conclue enlrc l'Angleterre et la France. Pitkin, ut tvprà, vol. 11, p. \ 47- I 50

pêche à Terre-Neuve et la navigation du Mississipi depuis son embouchure jusqu'à sa source. Par une des clauses de ce traité, le congrès s'engagea à recommander d'une manière expresse aux législatures séparées de restituer aux loyalistes leurs biens confisqués : il fut arrêté enfin que l'Angleterre retirerait ses armées et ses floltes de tous les territoires et des ports quelles occupaient encore dans les limites des treize Etats. Néanmoins, ce traité ne devait devenir définitif qu'au moment où la paix serait conclue entre la Grande-Bretagne et la France. George lïl se fit violence pour souscrire à ces conditions ; il se résigna cependant, et à l'ouverture du prochain parlement (nov. 1782), il annonça noblement sa résolution en ces termes : « En offrant de reconnaître, dit-il, l'indépen- » dance de nos anciennes colonies de l'Amérique du Nord » et leur séparation de la couronne de mes royaumes, j'ai » sacrifié toute considération personnelle au vœu et à » l'opinion de mon peuple. J'adresse au Dieu tout-puis- » sant mes très-ferventes prières pour que la Grande- » Bretagne ne subisse aucune conséquence fâcheuse du » démembrement de cet empire, et pour que l'Amérique » échappe aux calamités qui ont récemment fait sentira » l'Angleterre combien le gouvernement monarchique » est indispensable à la conservation des libertés eonsli- » tutionnelles. Les liens communs de la religion, de la » langue, des intérêts et des affections naturelles, main- » tiendront, je l'espère, une permanente union entre les » deux pays. J'apporterai à cet objet mes désirs et mes » soins. »

Les préliminaires d'une paix devenue indispensable furent signés à Versailles le 20 janvier 1783, entre l'An-

gleterre, la France et l'Espagne. L'Angleterre céda à la

France, dans la mer des Antilles, l'île importante de pJ"j,*re,

Tabago, et à l'embouchure du Saint-Laurent les petites „ e",rc

I Angleterre,

îles de Saint-Pierre et de Miquelon. Toutes les autres kFraac*, conquêtes faites dans ces parages furent mutuelleinenl l'&ptfM, restituées : en Afrique, la France recouvra la rivière du ll*"4i Sénégal avec ses dépendances, l'île de Gorée et plusieurs vmo.iic. forts; l'Angleterre retint en sa possession la rivière de 1783 Gambie et le fort James : dans les Indes, elle restitua Pondichéry, Chandernagor, Mahé et le comptoir de Surate : enfin, la clause honteuse relative à la démolition du port de Dunkerque, stipulée à la paix dTtrecht, fut abolie dans le nouveau traité.

Par le traité avec l'Espagne, cette puissance demeura en possession de l'île de Minorque et des Florides : les autres prises furent restituées.

Aucun traité préliminaire ne fut signé à cette époque avec la Hollande, mais une trêve fut conclue avec cette puissance, et il y eut alors cessation d'hostilités dans le lrèv^afec monde entier. Toutes les fractions de l'opposition se réu- Hoiiiode. Dirent pour déclamer avec emportement contre les traités préliminaires qui reconnaissaient et consacraient le douloureux démembrement de l'empire britannique, comme s'il eut été possible de ne point constater ce qui, . depuis longtemps, était devenu un fait incontestable : mais, fidèle à son rôle habituel en des circonstances semblables, l'opposition ne songeait en cela qu'a donner satisfaction à l'orgueil national, en paraissant admettre que r Angleterre aurait pu traiter à des conditions meilleures. On vit se former alors une ligue étrange et connue dans l 'histoire, plus particulièrementque toutes les autres ligues

coaiiiion précédentes, sous le nom de coalition, cnire le minisire fcnuee déchu qui avait prêté son nom et son autorité aux melon! Nonb sures les plus violentes durant une guerre de huit années,

et

durit» Foi. et le fougueux chef de parti qui avait flétri ces mesures et 1783 accablé leur auteur même des termes les plus injurie ux \ et qui n'avait cessé d'appeler la paix de tous ses vœux et de toute la puissance de sa parole. Lord North et Charles Fox s'unirent cependant ; ils attaquèrent les traités déjà miatttta signés, sans toutefois prétendre les annuler, et une mo- LIp*7é lion exprimant un blâme à ce sujet pour les ministres leicommunc». fjUj jes avaient conclus, fut votée dans les communes à la 1783 majorité de 17 voix (21 février 1783).

Ce vote porta le coup mortel au cabinet de lord Shel burne : George 111 se vil alors, avec une répugnance facile à comprendre, en face d'une coalition détestée, et contraint de négocier et de s'entendre avec les hommes qu'il haïssait comme ses ennemis personnels, ligués maintenant avec celui qu'il avait longtemps considéré comme le plus fidèle serviteur de sa couronne, et en qui il ne voyait plus qu'un déserteur de sa cause. 11 hésita longtemps avant de remettre le pouvoir en leurs mains, et lord Shelbume, par son ordre, essaya de détacher lord ( du*0 North de ses anciens adversaires devenus ses amis. N'ayant "d'c iorT mi ^ réussir, Shelbume résigna sa charge de premier siuiburuc lord de la Trésorerie, et le roi l'offrit au jeune chamelier de l'Echiquier, William Pitt, sur qui déjà s'arrêtaient

|. Foi irait attaqué lord North tout à la fois comme ministre et |iat ttculier, le dénonçant comme le grand criminel d'Etat, demandant ion sang en cipiation de ses méfaits, déclarant qu'il n'y trait point de sûreté a le rencontrer seul, et qu'agir de concert arec lui c'était se rendre infâme. Adulphus, Il i$ tory of England frvm the occasion h tkt deceut of Gwg* III, roi. iv, p. 30.

tous les regards. Mais Pilt, maître de lui-même, comprit avec l'instinct de l'ambition éclairée par une froide raison, que son heure n'était pas venue. La paix, quoiqu'elle fût arrêtée en principe, n'était pas encore irrévocablement signée : il la savait impopulaire, et cependant il eût été obligé de la conclure, et il eût rencontré en face de lui sur ce terrain si ingrat une opposition formidable qui comptait dans ses rangs Burke, Fox, Sheridan, Cavendish, unis à lord North et à sa nombreuse phalange. Pitt préféra leur laisser le soin d'achever cette tache difficile, et leur donner ainsi le temps et l'occasion d'user leur popularité dans l'exercice d'un pouvoir qui, selon lui, ne pouvait être que de courte durée : il refusa les propositions tle la couronne, déclarant qu'il ne conserverait son emploi de chancelier de l'Echiquier que jusqu'à ce que le roi eût formé son nouveau cabinet. Enfin, après un mois de négociations et d'attente, les communes votèrent presque à l'unanimité1 une motion présentée par Coke, député de Norfolk, et portant (pie le roi serait prié de faire cesser une situation si anarchique et de former une administration qui eût la confiance du pays. Le jour même Pitt donna sa démission, et presque aussitôt le duc de Portland, successeur de lord Shelburne à la Trésorerie, forma le ministère auquel l'histoire attacha le nom de la coalition qui lui donna naissance.

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