III
l'action personnelle du monarque. Le roi n'hésita plus a user de sa prérogative pour renverser son cabinet. 11 fit redemander les sceaux de leur charge aux deux secrétaires d'Etat 1 ; et remit provisoirement le grand sceau cbute à lord Temple. Celui-ci, par son ordre, envoya le lende- ^y^, main à tous les autres membres du cabinet leur lettre de .
la coalition.
destitution, et lui-même, aussitôt après, résigna les pou- ^ voirs qu'il n'avait reçus durant quelques heures, que pour congédier les ministres de la coalition.
L'Angleterre se trouvait alors dans une de ces situations dont les périls ne peuvent être conjurés que lorsque les classes dirigeantes ont assez de lumière pour comprendre leurs intérêts et lorsqu'il se rencontre, pour les leur faire reconnaître, un homme aussi ferme qu'habile, également en possession de la confiance du prince et de celle du pays. Georges III le trouva dans le fils du grand homme qui lui avait été si odieux, dans William Pitt. C'est à lui qu'il s'adressa pour sortir de cette crise périlleuse : il lui donna de nouveau la mission de former un cabinet, et cette fois Pitt l'accepta.
Il fut nommé premier lord de la Trésorerie, et corn- w- p,u
premier
posa l'administration nouvelle dont, sous lui, les princi- minime paux membres furent Thurlow, lord chancelier ; lord Go- Administration wer, président du conseil; le duc de Rutland, garde du nouve,,esceau privé; lord Carmathan et lord Sydney, secrétaire 4™4 d'Etat; lord Howe, premier lord de l'Amirauté2. Deux hommes d'un grand mérite, William Grenville, parent de
4. Il leur fil uroir qu'une entrevue personnelle avec eux ne lui serait point ag'éable.
2. Le duc de Cbandos fui nommé grand maître de la maison du roi cl le duc de Ricbmond maître de l'ordonnance.
Pitt, etDundas firent partie de l'administration nouvelle, le premier comme payeur général des forces, le second comme trésorier de la marine. Ces deux hommes, dont l'un, William Grenville, bien jeune encore, avait à peine révélé sa capacité, étaient les principaux auxiliaires de Pitt, dans la lutte contre une opposition, non moins redoutable par les talents de premier ordre qu'elle comptait dans son sein, que par ses ressentiments et sa grande majorité numérique; et les adversaires de Pitt parlaient avec une compassion dédaigneuse de ce jeune ministre de vingt-quatre ans qui, avec ses seules forces, allait avoir à combattre les Fox, les Burke, les Sbéridan, les North, les Wyndham et lant d'autres chefs ou orateurs renommés. La lutte était en apparence désespérée : Pitt l'accepta cependant et déploya, en face de tant de périls, non moins de courage que de prudence et de mesure.
On vit alors se succéder dans les communes une série de motions violentes contre le nouveau cabinet créé, disaient-elles, d'une manière extra-légale et jeté comme un défi à la représentation nationale : la chambre enleva de sa seule autorité, à la Compagnie des Indes, certains avantages qu'elle possédait en vertu d'un acte du parle ment : elle ajourna le vote du bill des subsides dont la première lecture était déjà faite : Erskine enfin, dans un comité pour une enquête sur la situation du pays, aux approches de l'ajournement habituel, aux fetes de Noël, fit décider le vote d'une adresse au roi pour l'engager à ne point dissoudre le parlement Une dissoluliou pa-
I. l'itt qui, ii cau»e de ta nomination a la Trésorerie, avait été fournis a la réélection, n'assistait pas aux débats delà chambre. En aoo abaeuce, un de set amit déclara que le ministre ne songeai! pas a la dissoudre.
raissait inévitable; niais, aux yeux de Pitt, le moment n'en était [>as venu : il voulut laisser à une opposition si violente le temps de se perdre dans l'opinion par ses violences mêmes. Le roi fit une réponse évasive à l'adresse votée par la chambre en ne s'engageant à satisfaire que pour un temps limité au désir que lui exprimaient les communes Celles-ci, après l'ajournement de Noël, reprirent leurs séances et en même temps leurs attaques ; elles firent défendre à la Trésorerie, sur la proposition de Fox, et sous la menace des peines de la trahison, d'émettre aucuns fonds pour les services publics en cas de prorogation ou de dissolution de la chambre; elles ajournèrent le vote du bill annuel qui donnait à l'armée une existence légale (mutiny bill); puis, sur la motion de lord Surrey, elles décidèrent que la situation exigeait un ministère investi de la confiance de la chambre et de la nation. Un membre de l'administration, Dundas, ayant proposé d'ajouter à ces deux derniers mots le nom du roi, l'amendement fut rejeté : la chambre enfin, à la majorité de vingt-une voix, déclara que l'existence du ministère était en opposition avec les principes constitutionnels et nuisible aux intérêts du roi et du pays.
Le ministre en butte à tant d'attaques n'avait cependant fait encore aucun acte personnel qui les provoquât ou les justifiât : Georges III ne pouvait se méprendre sur leur signification véritable; elles étaient toutes suscitées par l'usage qu'il avait fait de sa prérogative et dirigées contre les droits de sa couronne même, dont il était ja-
I. Soyei assuré», dit le roi en terminant, que je ne mettrai obstacle à tolre réunion prochaine par aucun eiercice de ma prérogative, toit pour une p-*rogalion, aoit pour ui:e disiolulion. Parliamtntaitf histonji vol. «tv, 264.
loux plus qu'aucun prince de sa maison : il défendit son ministre, il le maintint malgré tous les efforts de la coalition pour le renverser, et il se dit de nouveau prêt à retourner en Hanovre, plutôt que de subir encore une fois le joug d'une opposition factieuse. Pi H, d'autre part, s'efforçait d'amener à lui l'opinion, en lui donnant toute satisfaction légitime contre les abus, sans froisser aucun intérêt légitime, et sous le feu des plus vives al taques, il présenta lui-même aux communes un projet Bill d'organisation nouvelle pour l'administration de l'Inde : Jw' œ D'N> dont H conjura en vain la chambre de discuter ,*^j?Ii*,™,,onpaisiblement les clauses, contenait en germe, sur la double administration des affaires de l'Inde par l'Etat et par la Compagnie, les principales dispositions du bill qu'il fit adopter quelques mois plus tard et qui a régi l'Inde jusqu'à nos jours Le ministère annonça qu'il se proposait d'agir avec la Compagnie par voie de persuasion et non de violence, et que le bill présenté avait ob tenu son assentiment a. Le projet néanmoins rencontra son rejet, dans la ebambre une opposition violente et systématique, guidée par Fox, par Burke, et sous l'effort de laquelle, à la seconde lecture, il succomba. Cette conduite passionnée des communes jeta le mécontentement et l'a-
1. Ce bill conservait le* principaux privilèges do la Compagnie, niait il iur-ordonnait le» acte» politiques des directeurs à l'examen ou au contrôle d'un comité dont les membres nommés par le mi seraient pris dans le cabinet oe dans le conseil privé. Ce comité n'avait aucun moyen de patronage : tous les fonctionnaires, bortnis le gouverneur géuéral et un très-petit nombre d'employés principaux, seraient à la nomination des directeurs, leur axancemot était déterminé) psr des icgles fîtes ; d'énergiques mesures enfin pour II répres • sion des abus étaient adoptées dans ce nouveau bill. Parliamenttty kistory, ▼ol. XXIV, p. 413-420.