IV
le reste de l'armée jacobite. Tous les étals protestants, toutes les grandes sectes dissidentes avaient fourni leur contingent à celle de Guillaume : on y voyait les Life- Guards d'Angleterre sous Ormond et Oxford, les gardes écossaises sous James Douglas, la cavalerie de Hollande guidée par Portland et Ginkell. L'Allemagne y était représentée par plusieurs de ses princes à la tête de quelques corps d'élite, et parmi les troupes auxiliaires on distinguait un régiment de Brandebourg et un autre de Finlande, une redoutable brigade danoise sous le prince Charles de Wurtemberg : mais deux corps surtout semblaient animés d'une terrible ardeur stimulée par la soif de la vengeance, c'étaient les huguenots français commandés par Caillemot, et les Anglais protestants de l'Irlande à la tète desquels se distinguaient les vaillants défenseurs d'Ermiskillen et de Londonderry
touvcnl contre celui qui l'emploie. Les rapparies di»linguent h peine entre l'ami et l'ennemi, et ne reçoivent ni ne donnent aucun quartier. Leurs rendezvous sont de nuit, en des lit ux solitaires, ou ils arrivent de tous côtés par des sentiers connus d'eux seuls : la, dans les ténèbres et les lieux déserts, ils décident leurs expéditions scélérates. Leur nombre grossit a mesure qu'ils approchent du but, et n'agissant qu'à la nuit close, il est impossible de reconnaJtfc leurs traces, si ce n'est par les cris de ceux qu'ils égorgent et h la lueur des incendies qu'ils allument... On les rencontre habituellement sans armés; ils cachent leuis mousquets dans les trous des vieux murs ou dans des fossés ; de surle que des corps entiers de troupes régulières sont souvent attaqués à l'improviste et mis eu déroule axant d'avoir pressenti le péril. Leur retraite est rapide et leur refuge assuré au fond des marécages ou ils s'ensevelissent jusqu'à la bouebe. Ils ajoutent aux horreurs de la guerre en mutilant d'une affreuse façon les corps de ceux qu'ils tuent. Ils arrachent même les cadavres des tombes pour dérober leurs linceuls, a (Dalrymplc, Mémoires, I. I, p. 454-455.)
I. Ces derniers, parmi leurs chefs, comptaient toujours l'intrépide docteur Waltar, tout récemment élevé par tluillaumc au siège épiscopal de Darry, et
Toule cette année dont Guillaume était l'ànie, forte d'environ trente-six mille hommes, avait sur celle de Jacques la supériorité du nombre, mais celle-ci cou \erte par un fleuve occupait une excellente position défensive. En s'exposant pour la reconnaître, le roi Guillaume fut touché d'un boulet à l'épaule : son sang coula; ou le crut tué : mais après un léger pansement il remonta à cheval, parcourut le front de tous ses régiments, ct contre l'avis formel des vieux généraux et de Schomberg, il annonça la bataille pour le lendemain.
Elle commença avec le jour. La droite de l'armée an- Bl,*',,c
de
glaise eut l'ordre de franchir le fleuve en amont afin de u Boyne. tourner la gauche de l'ennemi et de lui fermer la retraite. jcoo Le corps irlandais qui gardait la rive opposée fut culbuté et le passage s'effectua. Lauzun vit le péril et détacha rapidement dans cette direction sa vaillante brigade soutenue l>ar Sarstield à la tête de quelques escadrons. L'aile droite des Anglais fut ainsi arrêtée, tandis que leur centre et leur aile gauche descendaient à leur tour dans le fleuve où ils eurent à soutenir, encore engagés au milieu des eaux, le feu terrible de la rive opposée et le choc de la cavalerie irlandaise. Tout le poids du combat tomba sur les réfugiés français souvent rompus, et ramenés une dernière fois à la charge par Schomberg, qui fut bientôt enveloppé et tomba mort percé de plusieurs coups. La mêlée fut horrible et le succès douteux : enfin le roi Guillaume, après des efforts inouïs, atteignit la rive à la nage avec une partie de son aile gauche : à sa vue toute
qui Toulut guider encore au tombal ses brares concitoyens dans ce jour décisif pour la cause de leur libelle civile cl religieuse.
L'infanterie irlandaise du comte d'Antrim jeta les armes et s'enfuit honteusement. La cavalerie tint ferme et disputa longtemps la vietoire : Guillaume la chargea plusieurs fois le bras en écharpe et tenant l'épéc de la main gauche. Une halle perça ses habits, une autre emporta le talon de sa botte : mais il aimait le péril, ne trouvant que là l'entière aisance de la parole comme de la pensée, des mots heureux et d'entraînantes saillies. Il décida lui même sa fortune et enfonça cette cavalerie si redoutable : Hamilton son chef tomba blessé et demeura prisonnier. Guillaume était vainqueur : l'infanterie irlandaise fuyait dans toutes les direetions, la cavalerie était détruite. Le roi Jacques témoin de son désastre s'éloignait lui-même rapidement du champ de bataille où il n'avait point paru. Les Français soutinrent seuls sur la gauche, et sans rompre, le dernier efl'ort du combat : ils serrèrent leurs rangs et couvrirent la retraite. Guillaume arrêta la poursuite : il s'était surpassé lui-même dans cette grande journée, où, malgré sa blessure, il resta dixsept heures a cheval, payant de sa personne et présent partout ».
I . Le docteur Rurmi rapporte tu ces (ormes la conduite du roi «près la batôllt, d'après le lémoiguafle de ton médecin: « Le roi, dit il, ne revint qu'à minuit, «près avoir été en action pendaul dix-sept heures, malgré sa blcaaure. Il ne fil parallre ni joie ni le moindre air de vanité; et quand ceux qui approchaient le plus familièrement de sa personne lui firent les compliments qu'on ne tnauque jamais d'adresser aux princes eu pareille occasion, il fit si peu d'alUuli<>n a leurs louanges, qu'ils comprirent tout de suite que la meilleure manière de lui fu'wc leur cour était de lie lui parler ni de sa Llessuie ni de tout ce qu'il avait fait daus celle journée. Il ordonna de prendre soiu des blessés, recommandant expressément les prisonniers, el même Hamilton, dont il avait eu forl a se plaindre, ainsi que ses propres
M il I U Ml. III ET M Ulll- II.
La chute <1e Droghéda, la nouvelle fuite de Jacques en France, la prompte soumission de plusieurs places, entre autres de Dublin, où Guillaume fit le 9 juillet une entrée Soumission
solennelle, et raffermissement de son troue en Angle- Dublin, ferre furent les conséquences immédiates de sa victoire. La guerre d'Irlande cependant n'était pas finie; l'armée du roi Jacques avait été vaincue et dispersée mais non anéantie. Sa nombreuse infanterie subsistait : elle recula vers l'ouest et se rallia presque tout entière dans les murs de Limerik. Lauzun jugeant cette place incapable de résister, remonta plus au nord et s'établit avec la brigade française, près de la mer, à Galway. Guillaume suivit de près l'armée vaincue, et après avoir tourné au sud est et pris Waterford afin d'assurer, de ce coté aussi, ses libres communications avec l'Angleterre, il se dirigea vers Limerik qu'il assiégea avec toute son armée. Cette ville, la seconde de l'Irlande f>ar son importance, n'avait que de faibles murailles, mal armées et point a le preuve du canon Mais celte même infanterie indigène «lerenw qui s'était comportée si lâchement sur les bords de la rii-ji Boyne, rep. it soudain courage dans une place, dernier P"'
lot Irlandais.
asile de l'indépendance nationale : animée par l'exemple de Sarsfield, elle résolut de s'y défendre jusqu'à la dernière extrémité, et le monde put reconnaître une fois de plus qu'il n'y a pas de faibles remparts pour des
soldat* : en un moi, le roi fui aussi grave el aussi taciturne que «le coutume. • H itt. de mon temps I. T.
I. Gu llaumc lui-même jugeait la place incapable d'uu resi»tauce sérieuse. Il attendait, pour la réduire promplemeul, sa g:ossc arlillene qui était ru mardi,; cl approchait du camp, lorsque Sarsfield, par une manœuvre bar.lie, la surprit et l'enlcTa tout enlieie. Il ne resta plus au toi, pour battre le» rempart», que dt» |.iccc*d'un calibre iiibrnur.
cœurs intrépides. Les défenseurs de Limerik bravèrent toutes les fatigues, toutes les horreurs d'un long siège et soutinrent sans fléchir les efforts d'une armée aguerrie et victorieuse commandée par l'un des grands capitaines de l'Europe. Ils renouvelèrent l'exemple précédemment donné par ceux de Londonderry, et montrèrent que le sentiment patriotique et religieux est partout capable d'enfanter les mêmes prodiges sous quelque drapeau qu'il se
I Cf éc
du produise. Le siège fut enfin levé à l'approche des pluies *,é8c* d'automne; et l'armée anglaise prit ses quartiers d'hiver au cœur du pays. Lauzun et le lord lieutenant Tyrconnel passèrent en France : celui-ci désigna pour exercer le pouvoir en son absence, une junte où Berwick occupa Reiour nominativement le premier rang, mais dont Sarsfield fut Je Guillaume ^ rtiajj^ \^mc el |e Dras (juii|aumej d'autre part, re-
Angicterrc. tourna en Angleterre et abandonna à ses généraux le soin d'achever la conquête du pays.
Marlborough le premier, dans une rapide et brillante expédition de cinq semaines, fit tomber au sud Cork et Kinsale : parti en septembre pour les réduire, il était déjà revenu vainqueur en octobre, méritant du roi à son retour ce grand éloge ; qu'aucun officier, comptant si peu de service, n'était aussi propre que lui aux grands commandements. L'Irlande demeura quelque temps comme partagée entre les deux dominations, el les opérations militaires, suspendues d'un accord commun durant six mois, ne furent reprises qu'au printemps de
Nouvelle l'aQDée suivante, campagne L'armée anglaise, à cette époque, rentra en campagne :
en
Irlande. Ginkcll la commandait, ayant sous lui, comme officiers ,691, généraux , Maekay. Talmash ri le français Ruviguy.
chef des réfugiés français L'armée d'Irlande était nombreuse, mais affaiblie par l'indiscipline et par les divisions entre- les chefs. Tyrconnel revint à cette époque, et un nouveau renfort fut amené de France par deux officiers généraux , Saint-Rutli et d'Usson : le premier était porteur d'un brevet du roi Jacques, qui lui donnait dans l'armée le commandement supérieur. Ses énergiques efforts furent impuissants : Baltymore succomba dès le début de la nouvelle campagne; la forte place d'Athlone, sur le Shannon, eut le même sort, et les deux armées se joignirent enfin dans la plaine d'Aghrim, Brtwlh entre Athlone et Galway. Les Anglais furent victorieux : là périt avec Saint-Kuth et des milliers d'indigènes le ' dernier espoir de l'Irlande. Une nuit sombre déroba seule les survivants au fer des vainqueurs 2.
Cette grande défaite entraîna la chute de Galway, où la faible garnison française capitula : elle obtint de se retirer en armes à Limerik, bientôt investi à son tour et Secon* >lésc
pour la seconde* fois assiégé. Les circonstances n'étaient l.i««rii. plus les mêmes: tout* l'Irlande, à l'exception de cette igoi . seule place, obéissait au roi Guillaume. Une escadre anglaise parut à l'entrée du Shannon, et d'aucune part le secours ne semblait possible. Tyrconnel était mort laissant le commandement incertain et partagé entre d'Usson et ♦ SarsÛeld, et déjà deux premières attaques avaient réussi à couper toute communication entre la ville et l'exté
1. Rurigny avait succédé Jaus ce ci>mniaiil«iiiciil au brave Cailleinol, lut a la Boyue.
2. La nombre de* morli du colé des Irlandais, rn nroporlinn de la force de leur armée, fui plus grand, dil M. Macaubiy, que <lans aucune aulre bataille de «Ile époque (wfri **nr«).
50 UVRB VI, CHAPITRE I.
rieur. Les généraux eux-mêmes, malgré leur grand cou- Trtiié rage, perdirent confiance ; la ville enfin capitula , et un Limeîik. traité fut signé qui permettait aux officiers et soldats de <69J l'armée d'Irlande d'opter entre leur sol natal et le service de France sur le continent. Il était stipulé, en second lieu, que les catholiques irlandais jouiraient du libre exercice de leur religion et de tous les privilèges qui seraient compatibles avec les lois, ainsi qu'ils l'avaient fait * sous Charles II. Une amnistie entière fut promise à tous ceux qui se soumettraient au roi Guillaume et lui prêteraient serment. Telles furent les principales clauses du traité de Limerik , par suite duquel une moitié environ des défenseurs de celte ville passa en France au service de Louis XIV, et de ce nombre fut Sarsiield. Ce traité mit d'Irlande™ fin à la guerre : l'Irlande fut alors contenue et domptée {60l par une législation oppressive, mais non pas plus dure que celle qu'elle eût imposée à ses maîtres si elle les eût tenus sous son pouvoir; et, soit par lassitude, soit par une convietion forte et profonde de la superio rite de la race dominante et de sii propre impuissance, depuis la tin de cette guerre jusqu'au temps de la révolution française, le peuple irlandais, dans le long espace d'un siècle, ne tenta aucun effort pour s'affranchir ou ♦ se venger.
Lue année déjà s'était écoulée depuis le retour de Guillaume en Angleterre, où , après avoir revu les hommages mérités par sa conduite en Irlande et des témoignages manifestes de la joie publique pour sa victoire de la Boy ne, il eut de nouveau à surmonter des obstacles plus grands que ceux «lu champ de bataille pour un esprit supérieur et un cœur magnanime. Ces obstacles.
(il ILLAIME III ET MARIE II. *i7
sans cesse renaissants, surgissaient, comme toujours, des affaires ecclésiastiques, des fureurs des partis , des complots des torys jacobites et de la défection des whigs. En Écosse la guerre, un moment rallumée dans les Highlands s,,uj,c,,0,, par un général jacobitc nommé Uuclian, s'était éteinte, et ■'&»*«• le club dangereux formé jwir Montgommery et les whigs mécontents avait cessé d'exister; mais l'agitation religieuse continuait, et appelait toute l'attention de la couronne. Les états du pays s'étaient assemblés à Edimbourg, et le roi avait nommé lord haut-commissaire pour l'y représenter le sage Melville. Par l'acte de la réclamation des droits , le parlement d'Ecosse avait exprimé le vœu que Tépiscopat fût aboli; il s'agissait maintenant de régler la foi , d'organiser l'Eglise et le culte. L'Eglise
bi - tff r i i i 'iii' Abolition do
yterienne d Ecosse fut partout rétablie comme |>|lj»copat
Eglise nationale , et le parlement écossais adopta l'an- e" cienne confession protestante, telle qu'elle avait été anté- réiabli«em*ut rieurement formulée par une assemblée de théologiens l'E.iUe réunis a Westminster. L'autorité synodale fut confiée à Prc»by,ér,ennesoixante pasteurs ou ministres, seuls survivants entre i69u ceux qui, après avoir exercé leurs fonctions au temps du covenant , avaient été expulsés de leurs chaires par le gouvernement ou par l'épiscopat à l'époque de la restaurationCes soixante ministres, avec l'adjonction d'un certain nombre de pasteurs OU d'anciens choisis par eux, formèrent le conseil supérieur ou synode de l'Eglise presbytérienne, et tout pouvoir leur fut donné pour visiter les paroisses, expulser ou maintenir leurs ministres2.