I. Parlionentaiy hiHory, f»l. xxiv, p
contre l'opposition; elle croyait néanmoins, avec le parti des indépendants, à la possibilité d'un rapprochement ^J^0" entre le cabinet et ses principaux adversaires, et paraissait désirer une administration nouvelle, formée de la fusion d'éléments si opposés. Pitt, toujours attentif à gagner les esprits résolut de se prêter aux vœux du tiers parti, et, malgré ses propres répugnances et celles de Georges III, plus fortes encore que les siennes, pour la conciliation proposée, il consentit à entrer en négociation avec le duc de Forlland, premier ministre dans le dernier cabinet, et chef nominal de la coalition Il voulait laisser à ses ennemis la responsabilité d'un refus, et comptait, à cet égard, sur leur passion mal contenue et mal dirigée. Il ne eu» s'abusait pas : sa condescendance fut imputée à un sen- ct 'uTutte timent de sa faiblesse : l'orgueil de la coalition s'en accrut, C0,D,'ÏÏ*
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et le duc de Porlland refusa de s'entendre avec Pitt, si «• celni-ci, au préalable, ne déposait ses pouvoirs. opposition.
Ce résultat, que Pitt avait prévu, lui fut favorable dans l'opinion, en montrant ses adversaires intraitables, et lui rallia, dans la chambre même, quelques-uns des membres de l'opposition modérée2. Les motions les plus violentes continuaient néanmoins à se succéder dans les communes, mais déjà celles-ci commençaient à s'effrayer de leur impopularité, et le chiffre de la majorité allait sans cesse décroissant. Le roi opposait avec calme, ses droits et ses prérogatives aux adresses votées contre son cabinet, et les
4 . Pitt ayant refuté de l'entendre avec lord Norlb et d'entrer avec lui dans un nouveau cabinet, lord Norlb déclara généreusement qu'il te tiendrait h l'écart de toute combinaison nouvelle, pour ne poiut faire obstacle à un rapprochement désirable.
2. Ils étaient presque loua des amis politiques de lord Norlb.
LIVBE VI. CHAPITRE V.
chefs de l'opposition, exaspérés par ses refus, par la crainte d'il ne dissolution imminente, et par le sentiment de leur péril, eurent de nouveau recours à des résolutions extrêmes. Fox parla de refuser l'allocation des subsides pour les services publics, et une majorité de 208 voix contre 176, ajourna le vote des fonds pour l'artillerie. Peu de jours après, l'orateur habituel du tiers -parti, Powys, fit une motion tendant à supplier le roi d'aviser aux circonstances, et de trouver dans sa sagesse le moyen de satisfaire aux vœux humblement exprimés par ses fidèles communes. Un autre membre, Eden, fut plus précis, il indiqua, par un amendement, le renvoi du premier ministre, comme l'unique moyen d'atteindre au but, et Fox, ea soutenant l'amendement, se livra contre le ministre, avec une verve inépuisable, à des attaques violentes et personnelles, le stigmatisant comme un mannequin mis en jeu par une influence occulte.
Pitt se leva alors, et son discours, animé par la conscience de son droit, par le sentiment profond des exigences d'une saine politique, est un des beaux monuments de l'éloquence parlementaire. 11 sortit de sa modération accoutumée, il éclata en amers reproches contre dePUt? ses adversaires : « La véritatable question, dit-il ensuite, est de savoir si je consens à me démettre, à sortir de charge pour y rentrer aussitôt. Qu'ai-je donc fait, grand Dieu ! pour qu'on m'impute de mettre ainsi mon avantage personnel avant le bien public? Qu'on me démontre que ma résignation contribuera au rétablissement de la paix dans ce pays, et je me démettrai à l'instant; mais je ne résignerai point pour revenir au pouvoir, pour y rentrer en m'abandonnant moi-même à la merci du préopinant.
II m'appelle un ministre nominal, le mannequin d'une influence occulte; mais, si je ne résigne pas le pouvoir, c'est précisément pour ne pas être un ministre nominal de sa création; oui, cV * parce que je dédaigne de devenir le mannequin de l'ho»... Me membre, c'est pour cela que je ne résigne pas, et que je ne répudie ni mon honneur ni ma réputation. Si je quitte le terrain où je suis, ce ne sera pas pour y revenir sous sa protection, pour recevoir ma nomination de sa main, pour être, à sa suite, un pauvre misérable ministre condamné par ma propre conscience 1 , de quelque utilité sans doute à l'honorable gentleman, mais parfaitement inutile à mon roi
et à mon pays » Pitt montra ensuite la gravité,
le crime même d'un refus de subsides non justifié par les circonstances, et l'affreuse perturbation qui en serait l'inévitable conséquence. 11 se porta défenseur de la prérogative royale, en véritable homme d'Etat, appelant avec force l'attention sur l'importance dont elle était pour le pays tout entier. « Celte prérogative, dit-il, a été justement considérée comme une partie des droits de la nation ; oui, certes, elle fait partie de ses droits, et la nation n'a jamais été plus portée à la défendre, ni plus jalouse de la maintenir qu'à l'heure où je parle. Accordez ceci, admettez que les communes soient en droit d'ôpposer un vote négatif au choix des ministres par le souverain, et le pouvoir exécutif se trouvera aussitôt
transféré dans celte chambre L'honorable préopinant
possède cet art séduisant qui donne des grâces à la difformité même; il montre à nos regards une image brillante,
I. To becotne t poor self condemned, helpleti uuproGlable miniiler iu hit tr*iu ! etc.
mais essayez de la serrer dans vos bras, et la séduisante vision s'évanouira, et, à ce fantôme de liberté, succédera l'anarchie, la confusion générale, la ruine de la constitution. Oui, si vous annulez l'indépendance constitutionnelle de la couronne, où sera cet équilibre si vanté de notre constitution, où sera celle balance des trois branches de la législature réglée avec tant de précisiou par nos ancêtres; où sera, je ne dis pas seulement l'indépendance, je dis plus, où sera l'inviolabilité d'aucune des prérogatives de la couronne et la sûreté même de la couronne, si le droit de choisir les ministres est usurpé par cette chambre, ou si leur nominalion est ici annulée sans qu'ils aient donné lieu par aucun acte à une juste défiance, ou sans que le temps nécessaire ait été accordé à l'épreuve de leur politique? C'est pourquoi, bien que la lutte soit terrible, ma conscience, mon devoir, mon respect pour la constitution que nous ont léguée nos aïeux m'affermissent dans ma situation périlleuse; ce n'est point par un orgueilleux mépris, ni par aucune défiance des résolutions de cette chambre, ni patun point d'honneur personnel, beaucoup moins par une coupable soif de pouvoir, que je m'attache à mon poste; les circonstances l'exigent, la voix du pays me crie de défeudre cette forteresse : j'y suis résolu, et je la défendrai1.»
La motion de Powys, modifiée par Eden, fut adoptée; mais cette fois la majorité contre le ministère ne fut plus que de vingt voix; elle tomba à douze dans le vote d'une motion suivante non moins hostile au ca-