Dans l'élection de Wilkes
Les communes ne furent pas seules coupables d'abus de pouvoir au dix-huitième siècle : nous avons vu l'oligarchie des grandes maisons whigs sous Guillaume III, sous la reine Anne et sous Georges III, former dans la chambre des lords, où elle eut longtemps la grande majorité numérique, une ligue redoutable, menaçante pour le pays comme pour le roi, et qui donna naissance à de graves et déplorables désordres. La couronne enfin, qui opposa plusieurs fois avec bonheur sa prérogative aux empiétements des pouvoirs rivaux, fut trop souvent portée à abuser du sien. La révolution de 1688 ne l'avait pas désarmée autant qu'on l'a cru l, et si la portion de la puissance royale exercée par le ministère demeura presque toujours dans une étroite dépendance du parlement, celle qui résidait plus particulièrement dans la personne même du monarque, el oui s'exerçait moins par des actes d'autorité que par voie d'influence, modifia souvent la majorité dans les chambres ou la domina. Ce fait se produisit surtout, sous les Georges, dans les questions relatives au Hanovre, aux catholiques, à l'Irlande et à l'Amérique, et il ne se manifesta jamais d'une manière plus fatale que, sous Georges III, durant la guerre de l'Angleterre contre ses colonies révoltées.
Les vingt-cinq premières années de ce règne nous montrent ainsi tous les pouvoirs enclins à sortir des
I. M. Hallam indique surtout comme ayant ajouté unegiandc force au pnu- Toir royal députa la révolution de I 688, le maintien sur pied il'anc armé? dVuviron vingt mille homme*, et Ica pouvoirs extraordinaires confi.s aui officm de l'Étal dans les affaire* fiscales, par l'enlèvement de la coiioaisiauce de rr« sortes d'affaires au jury. Ili$t. contt., c. XVI.
GEORGES lit. 679
voies tracées par la constitution, et ils les auraient franchies s'ils n'eussent été ramenés les uns par les autres dans leuj orbite. Ce savant équilibre, cette heureuse pondération des grandes forces de l'Etal, est la véritable ga- $j"q"e rantie de la liberté des nations, ou plutôt c'est la liberté , dw
1 trou pouvoir» .
même ». En de rares occasions elles ont agi spontanément de concert sous la pression d'un intérêt puissant ou d'une passion impérieuse : le torrent du pouvoir est alors devenu irrésistible, en état de tout entraîner comme de tout détruire, et si une telle concentration de forces pouvait être permanente, elle serait trop redoutable; mais il n'est pas dans la nature des choses qu'il en soit ainsi. L'intérêt particulier des pouvoirs rivaux le plus souvent les divise, et la nation a acquis depuis 1688 des garanties nombreuses contre les dangers qui pourraient naître d'un tel concert : celles-ci consistent principalement dans le retour fréquentdes élections, dans l'indépendance acquise à l'autorité judiciaire, dans l'extension des droits du jury, dans l'affranchissement de la presse, dans la publication des débats parlementaires, dans l'absence de toute centralisation administrative et surtout dans les mœurs publiques.
L'influence dominante en Angleterre dans la dernière période dont nous venons de retracer l'histoire, comme dans tout le dix-huitième siècle, est l'influence de l'aristocratie, et il faut entendre par là celle des intérêts territoriaux et du petit nombre de familles puissantes, dans lesquelles étaient alors concentrés ces in-
I. Pour qu'on ne puuse abuser du pouvoir il faul que, pur la di*po»':lion des ehotot, le pouvoir arrèle le pouvoir. Moutesquieu, Esprit des lois, I. II, c. IV.
680 LIVMH VI. CHAPITRE V.
térêts qui prévalaient encore, à cette époque, presque également dans les deux chambres. Déjà cependant se faisait sentir et reconnaître dans la nation une tendance marquée vers la prépondérance d'intérêts différents et plus généraux auxquels, par opposition, on a donné le nom d'intérêts démocratiques. La richesse mobilière, le commerce et l'industrie avaient pris des développements immenses, l'opinion publique élevait aussi plus haut chaque jour sa voix puissante, et l'aristocratie elle-même obéissait à son impulsion libérale : des adoucissements considérables avaient été apportés a la rigueur des statuts contre les dissidents et les catholiques, les horreurs de la traite des noirs étaient hautement dénoncées; Burke enfin avait fait accepter les billsqui réformaient une foule d'abus et limitaient les dépenses de la liste civile : des projets de réforme parlementaire étaient en discussion, et le jeune Pitt montrait, dans ses débuts au ministère, un esprit libéral et progressif lorsque l'explosion de la révolution française remplit l'Angleterre d'épouvante. Elle s'arrêta soudain dans sa marche continue, dans le développement successif et naturel des institutions qu'elle s'est données, et elle chercha ses armes, contre la contagion d'idées nouvelles et révolutionnaires, dans les principes d'autorité de son gouvernement politique et dans ceux de son établissement religieux.
Situation Les liens de la discipline avaient été fort relâchés dans >Eg|Cife l'Eglise d'Angleterre, après la révolution de f688, pour plusieurs causes et surtout par suite du défaut de sympathie et d'union entre le haut clergé et le clergé inférieur. On a vu depuis lors au nombre des plus fidèles
défenseurs des droits des Stuarts ceux qui avaient élé le plus opprimés par eux, et ce fut le clergé anglican qui soutint avec le plus de force leurs titres héréditaires. Les évèques qui refusèrent de reconnaître Guillaume furent remplacés par d'autres qui, malgré leurs vertus, n'eurent aucune action morale sur les membres du clergé diocé-
° Causes
sain dont les doctrines politiques étaient si différentes de «>» de celles de leurs supérieurs. Ce défaut d'union et de confiance entre les divers membres du même corps devint très-funeste à sa discipline, il tendit à abaisser son caractère et à le faire déchoir en considération et en importance. D'autres causes l'affaiblirent encore et quelques-unes remontaient jusqu'à l'époque de la réformation. Nous avons dit dans quel état de misère, et par suite de dépendance, le clergé inférieur était tombé après la confiscation de la plus grande partie des biens ecclésiastiques par la couronne Un grand nombre de ses membres dépourvus de tout moyen d'existence, eurent recours pour vivre à des professions manuelles, sans posséder le plus souvent les qualités mondes et supérieures qui les ennoblissent, et beaucoup de prêtres qui avaient reçu une éducation libérale et qui appartenaient à des familles honorables, furent ainsi remplacés par des hommes sans éducation et sans lettres -, que l'appât d'un modique salaire portait à embrasser une profession