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fervente piété. Jean Wesley. dès son plus jeune âge, donna des signes fréquents de ces ravissements internes, de cette pieuse et dévorante ardeur, de cette dévotion mystique et ascétique dont furent remplis les Dominique, les Xavier, les Ignace. Ordonné prêtre, il corn mença, comme missionnaire pour la cause de l'Evangile, celle vie saintement héroïque de fatigues, de privations et de labeurs spirituels qu'il continua soixante ans : il professait les doctrines qui sont celles de l'église anglicane et que. professaient aussi la plupart des églises protestantes; il en tirait quelques conséquences erronées ou exagérées touchant l'action de la grâce : celleci, disait -il, était presque toujours immédiate, soudaine, irrésistible : elle avait pour signes, d'abord la douleur et le désespoir causés par le sentiment de notre misère morale, de notre corruption profonde, et ensuite une joie céleste produite en nous par rassurante de notre régénération , de notre rachat gratuit par le sang du Christ, et de notre entrée dans un nouvel état de sanctification poussée jusqu'à la perfection. Nul, disait Wesley, ne pouvait se croire ni sauvé, ni justifié, ni sanctifié avant d'avoir reçu intérieurement, par la grâce, cette assurance divine. Os doctrines étaient inséparables de graves dangers dans leurs conséquences extrêmes : elles touchaient à des écueils que Wesley aperçut et il les modifia r lus tard
I. Il disait lui-même qu'elle* n'étaient séparées que par un cbe»eu, J'oix pari, de la prédestination calfiniftc el, d'autre part, de rantinomianiime t*> ïiouthcy, Vie At Wesltif.
(•) On donna le nom d'aniinomien» à «eu* qui irnicnl que leur pwfertion en ChnH \-t n»»l •■-dfitui de la loi morale e» les ni di»p*n»e.
en les interprétant. Présentées avec toute la puissance d'une éloquence passionnée, d'une charité sans bornes, d'une abnégation absolue et d'un zèle enthousiaste, elles étaient singulièrement propres à s'emparer tout à la fois de l'imagination et du cœur, à remuer les masses par la terreur et l'espérance et à agiter dans ses profondeurs la conscience endormie. Les prédications de Wes- Effcls ley étaient presque toujours accompagnées d'effets ex- ^* traordinaires et parfois terribles : ses auditeurs, sous sa A*
la prédication
parole acérée comme un glaive, éclataient en sanglots de et en cris déchirants : un grand nombre tombaient dans w*,,ey' des crises nerveuses, suivies de mystiques extases indistinctement attribuées par Wesley à la grâce divine qui perçait les Ames comme la foudre. Cependant et quelle que fut la cause de ces phénomènes pour la plupart irrécusables 1 et souvent accompagnés de trop regrettables effets, le bien produit l'emportait de beaucoup sur le mal : l'œuvre de Wesley et de ses nombreux disciples entretint au sein des populations un grand courant moral et religieux, réveilla les consciences, et attira des âmes innombrables des ténèbres à la lumière et des intérêts matériels au sentiment des choses invisibles et célestes.
Il eut pour ses premiers disciples et coopéraleurs son frère Charles Wesley, qui à la douce et tendre ferveur du chrétien véritable unissait l'éloquence du prédicateur et l'inspiration du poète â, et George Whi-
1 . Cm phénomène» se produisent encore Ires-tiéqtK-inmcut de nos jours : il» oui clé apprécie» par l'un des historiens les plut sérieux comme le» plu» sévères du tuolhodismc, par le célèbre Soulhey, dau» m Vie de Jean Weilcy. Il ne cila qu'un Ires-petit nombre de cas où ils oui été reconnus comme 1 effet du rali al ou de l'imposture.
2. Il e»l l'auteur de» plus hcaui cauiiques de U liturgie weslryenua.
f>86 LIVKE VI. CHAPITRE V.
tefield, leur condisciple à Oxford, le plus véhément et le premier, selon David Hume, enlre lous les prédira leurs de son temps. Tous trois avaient reçu les ordres dans l'Eglise d'Angleterre, dont ils ne voulaient pas se séparer et dont ils étaient appelés, par leurs talents et leur zèle, à être les plus utiles comme les plus actifs instruments. Mais ils furent presque partout repoussés par les ministres de cette Kglise; ici, à cause de* effets dangereux produits par l'interprétation exagérée de la doctrine, ailleurs, et le plus souvent, en raison même de leurs sucYès, et parce que leur zèle présentait un fâcheux constraste avec l'indifférence du clergé. Les chaires de la plupart des églises leur étant fermées, Wesley et les siens tirent ce qui ne se peut faire que dans un pays lihre, où l'agglomération des masses ne produit pas une fermentation jugée dangereuse pour l'I'Hat, ils prêchèrent dans les champs, choisissant de préférence les lieux où les secours spirituels étaient le plus nécessaires, et où, pour des causes diverses, ils avaient cessé de suffire aux hesoins. De grandes multitudes évaluées à dix, vingt et trente mille personnes, accouraient de toutes parts à la voix des prédicateurs, que les récits du temps nous disent animés par l'esprit d'une force merveilleuse et invincible. Leur succès fut immédiat et immense dans les endroits où les populations étaient préparées à les recevoir et à les entendre : en d'autres lieux, où le peuple à demi-sauvage vivait dans l'ignorance presque absolue de l'Evangile, abandonné à des habitudes licencieuses et bru taies, comme dans quelques districts de la Cornouaille et du nord de l'Angleterre, ils eurent de grands obstacles
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à vaincre, ils risquèrent souvent leur vie et ce ne fut qu'après des épreuves multipliées que leurs travaux fructifièrent. Weslev reconnut le besoin de réveiller ainsi partout la foi des troupeaux, par cette mission intérieure au sein de l'Eglise établie, et un certain nombre d'ecclésiastiques ordonnes dans cette église lui prêtèrent leur concours; mais ce nombre était insuffisant, et Wesley, après avoir longtemps hésité, se décida à s'associer des missionnaires laïques, formés par ses instructions et dont il dirigeait le zèle et les travaux. Ceux-ci pénétrèrent jusqu'au milieu des sectes dissidentes sans que là, pas plus que dans l'église établie, aucune séparation s'opérât durant de longues années; mais partout au sein des diverses communions religieuses protestantes, il se .. ... forma une société de membres qui interprétèrent comme àu Wesley quelques points principaux des doctrines du protestantisme, ils s'assujettirent à des pratiques régulières ou méthodiques, propres à réveiller ou à entretenir la foi, s'organisèrent en petites congrégations unies toutes par le lien d'une direction centrale et adoptèrent le nom commun de méthodistes.
Wesley consacra sa longue vie à former ainsi une nouvelle et grande famille religieuse au sein des communions diverses, non seulement en Angleterre mais en Ecosse et en Irlande, en Amérique, aux Antilles et dans quelques contrées du continent. Il connaissait le cœur humain, il était doué d'une grande pénétration, d'une fermeté rare, d'un esprit d'ordre et de gouvernement que peu d'hommes ont possédé à un égal degré, et il déploya dans l'organisation du méthodisme un génie supérieur, digne des plus fameux fonda-
teurs des ordres monastiques 1 ; mais malgré tous ses efforts pour donner, à la société ainsi créée par lui sur tant de points différents, la force qu'on obtient par l'unilé d'impulsion et d'action, un schisme se forma dans son sein, George Whitefield en fut l'auteur. Il avait adopté les doctrines calvinistes touchant la prédestination des élus ou des saints, doctrine énergiquement re poussée et combattue par les deux frères Wesley : ils se séparèrent et formèrent, au sein du protestantisme, deux sociétés méthodistes distinctes, mais en se séparant ils demeurèrent unis par la communauté des inlérèls spirituels, de la discipline et des mœurs, comme par les liens d'une estime mutuelle et d'un zèle supérieur a toutes les épreuves : ils montrèrent même charité sans bornes, même intrépidité, même mépris pour les biens de et; monde, pour ses séductions et ses dangers. Ils déployèrent une activité égale et sans repos, pour porter la doctrine de la grâce immédiate et de la sanctification par la nouvelle naissance jusque dans les recoins les plus sauvages du royaume et dans les contrées lointaines du Nouveau-Monde, bravant avec un héroïsme sublime la faim, le froid, la tempête, la fureur populaire, la haine du clergé, celle des magistrats, l'envie, la calomnie et le déchaînement de toutes les passions humaines contre leur œuvre, dans laquelle ils eurent pour coopé dUcipîeV râleurs des hommes dignes des temps apostoliques et en Ire lesquels se distinguèrent Thomas Olivers 2, James
1. Voyez pour celle organisation savante le petit livre iulilulé Miniét*rt of mttkodism, par VatMtia >V»rd.
2. LMlifluire de ce missionnaire esl uue des plus intéressantes a mAJiier. Il «tait abandouné a tous les vices avant sa conversion, qu'il attribuait teat
Haime, soldat et missionnaire dans l'armée anglaise , Tirlandais Thomas Walsh, le Vaudois Guillaume de la Fletchère, qui par sa vie et par sa mort rappelle quelques-uns des caractères les plus touchants de la légende romaine; John Baxter, le missionnaire des Caraïbes; le docteur Thomas Coke, que les siens ont nommé l'apôtre des noirs et le Xavier des Antilles.
Plus l'œuvre grandissait et plus le besoin de prêtres se faisait sentir, et l'Eglise établie qui aurait pu trouver, dans les méthodistes, un secours analogue à l'assistance que l'Eglise de Rome obtint de plusieurs ordres religieux, ayant refusé presque partout le concours de Wesley, celui-ci fut conduit graduellement à se séparer d'elle et à considérer, avec la plupart des dissidents, Tordre de Tépisco|>at et celui de la prêtrise comme identiques * assisté de plusieurs de ses collègues, prêtres comme lui dans l'Eglise d'Angleterre, il ordonna des ministres qu'il chargea de présider et de diriger dans les Deux- Mondes les sociétés méthodistes et d'y administrer les sacrements. Enfin, dans Tannée 1784, âgé lui-même de plus de quatre-vingts ans, et en prévision de sa mort prochaine, il institua la conférence, assemblée permanente de cent ecclésiastiques désignés par lui et auxquels il remit tous les pouvoirs qu'il avait jusque-là exercés. Malgré ces dernières et si importantes démarches par lesquelles Wesley se sépara, dans ses actes, de l'Eglise anglicane, il lui demeura uni par les doctrines fondamen-
eulièreà U puissance des doctrines de Wesley. Il te voua ensuite a l'œuvre
de la propagaliou de l'Evangile et parcourut, durant vingt années, la Grande-
Bielague comme millionnaire ambulant. Il Gl ainsi, dit-on cent mille milles anglais ou trente mille Iieuet sur le même cheval.