‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculésChapitre 14 sur 145 · LIVRE Vf. CIlAl'l TRK I · texte numérisé non relu

LIVRE Vf. CIlAl'l TRK I

conduite peu mesurée et par ses efforts pour perpétuer un schisme en conservant l'exercice spirituel de la haute dignité dont il se voyait dépouillé, une partie des droits qu'il avait acquis, sous le dernier règne, aux hommages de la nation comme au souvenir de la poslérité : il eut Tillotson pour successeur, et jamais le siège primatial du royaume ne fut plus dignement occupé.

Aucun prince en Angleterre n'avait montré jusqu'alors plus de mansuétude que Guillaume à l'égard de ses ennemis. Sa clémence épargna, sans les désarmer, un grand nombre de conspirateurs jacobites, et peut être parut-elle entachée de faiblesse aux yeux des whigs, dont elle encouragea la défection : quelques-uns des plus éminents parmi eux, entre autres l'amiral Ru-sel, Godolphin, et surtout Marlborough, en possession de grandes c harges civiles et militaires sous le nouveau gouvernement correspondirent avec la cour exilée de Saint-Germain, offrant au roi Jacques leur assistance pour son rétablissement 2. Telle était alors en Angleterre, dans la plupart des hommes d'Etal, l'absence de tout principe moral comme de toute règle de foi en matière de gouvernement. Habitués depuis un demi-siècle aux revirements perpétuels de la politique, ils ne considéraient plus dans les événements que les chances aléatoires qu'ils pouvaient leur offrir, et, possesseurs de grands emplois et de hautes dignités, ils conspiraient moins encore avec l'intention arrêtée de

1. Hussel «Mail amiral de la Huile, Godolphin premier ministie Je la commission du trésor , Maill>o ouj-h a> ail été fait pair du royaume et revêtu de commandement* important». Bien i>V\jale ses t: aimons auf ses talents.

2. Ia preuve mauifcstc de ces faits cvisle dan» les Mémoires de Dalrvmple, dan? les papiers do i\b« plnisou, et suitout daus les Mémoires de Jacques II.

Gt II.LAIVIE III ET MARIE II. 61 ,

consommer une trahison que dans le but de se prémunir contre l'éventualité d'une catastrophe, acceptant ainsi tous les bénéfices du gouvernement établi sans ses périls. Un seul de ces grands coupables, et le plus dangereux de tous par son influence et ses rares talents, Marlhorough, éprouva dans la suite, quoique faiblement encore, les justes effets de la colère du monarque.

l)éjà Guillaume était passé en Hollande au commencement de l'année 1691. Il n'avait pas revu son pays natal depuis le jour où il était parti pour sa grande et périlleuse entreprise, et maintenant il revenait couronné par la victoire et par la reconnaissance d'un grand peuple affranchi. Ses compatriotes voyaient une partie de sa gloire reflétée sur eux-mêmes, et lui firent un accueil enthousiaste. Leur joie, leurs acclamations, les fêles dont il fut l'objet, les hommages de l'Europe coalisée, représentée au congrès de la Haye par ses princes et ses ambassadeurs tout cet encens aurait pu enivrer une tète plus Congrès frivole, gonfler un cœur moins ferme que celui de Guil la Haye.

1/La te trouvaient présents l'ambitieux Frédéric, électeur de Brandebourg, qui, quelques auoées plus tard, prit le litre de roi de Prusse; le jeune électeur de Bavière, le régent de Wurtemberg, les landgraves de Hc-se-Cassel et de liesse Dairnsladt et un grand nombre de princes souveraios issus des maisons de Brunswick, de Saxe, de UuUleio et de Nassau. Des ambassadeurs ou ministre rslfanrdinatrea y représentaient l'empereur, les roi» d'E>pagne, de Suède, de Pologne et de Dancmatk, et le duc de Savoie. Les plus illustres entre les prince» «l'Allemagne rendaient a Guillaume des hommages el lui témoignaient une ilffareuc»* qu'ils auraient a peine daigné montrer a la majesté impériale : confondus tous dans la fuule, a sa table ou dans son antichambre, ils y observaient «ne étiquette aussi respectueuse qu'aucun des seigneurs de sa maison. Ils litre»! représentés dans les caricaluies de l'époque comme des ours muselés et couronnés que Guillaume tenait à la chaîne el faisait danser (Macaulay, ubi

»»pra,<.

laume : niais à L'aspect de cette assemblée formée de tant de membres divers, ce ne fut pas l'orgueil, mais une juste défiance qui remplit son âme; il fut moins frappé de sa force que des causes nombreuses' de désunion qu'elle portait dans son sein en face du puissant monarque qui, par l'étendue de son territoire, la grandeur de son peuple, la force de concentration de son gouvernement, le génie de ses généraux et la valeur de ses soldats, tenait tête depuis si longtemps à toute l'Europe contre lui liguée.

Louis XIV en personne avait rejoint Luxembourg et Vauban à son armée de Flandre. Tout d'un coup, et par une manœuvre bardie, il déjoua le plan des généraux coalisés en mettant le siège devant la forte place de Mons, qui couvrait tous les Pays-Bas espagnols. A cette alarmante nouvelle, Guillaume s'arracbe à sa résidence favorite de Loo, il demande aux états-généraux de l'argent et des soldats; il presse l'envoi des divers contingents des cours d'Allemagne : mais trois semaines s'écoulent avant qu'il ait pu les réunir, et il marebe enfin avec cinquante mille bommes au secours de la place assiégée : il n'était plus temps : les Français, avec Louis et toute sa maison à leur tète, avaient redoublé d eflbrts et tenaient la place étroitement bloquée. Elle ignorait qu'un puissant secours siège et prise était proclie. Harassée par des assauts répétés, accablée de Mon» par jc nombre, écrasée sans relàcbe sous une grêle de

pir

i.ou.» xiv. projectiles, la garnison ouvrit ses portes et la ville fut <coi conquise. Guillaume repassa bientôt après en Angleterre, d'où il revint l'été suivant, amenant en Flandre à la coalition une armée anglaise, brillante et nombreuse, la première qu'on eût vue sur le continent depuis la grande guerre du xiv et du xvc siècles entre l'Angleterre et la

GUII.LAUMK III ET M WU K II.

France. Aucune opération ne fut tentée cependant durant le reste de l'année : les armées ennemies bornèrent les leurs sous Guillaume et sous Luxembourg à des manœuvres et à des marches stratégiques sans résultat. Elles prirent leurs quartiers d'hiver en automne, et la chute de Mons fut le seul événement capital de la campagne.

Le roi revint à Londres en octobre pour l'ouverture de la nouvelle session du parlement. Celle-ci, dans laquelle ^ , furent adoptés des bills nombreux de peu d'importance «i« pour l'histoire, fut marquée par de longs et violents dé- Ptr,cmon'bats touchant l'existence de la nouvelle et de l'ancienne *69i-i692. compagnie des Indes que le gouvernement essaya en vain de reunir en une seule. Un bill très-important, touchant l'indépendance des juges, fut voté par les deux chambres. Le pouvoir judiciaire n'était pas encore suffisamment indépendant de la couronne. Les juges à la vérité étaient inamovibles, mais leur salaire n'était ni bien déterminé ni irrévocable. Le parlement adopta un projet qui le rendait fixe et perpétuel; mais il eut le tort de l'assigner sur le revenu héréditaire de la couronne : Guil laume y vit une atteinte à sa prérogative et il opposa au bill son véto royal.

Il connut, à cette époque, les projets ambitieux et perfides du comte de Marlborough. Déjà le comte, usant de l'influence presque absolue exercée par lady Marlbo- Trahison rough, sa femme, sur l'esprit de la princesse Anne, sœur dUs^ei de la reine, l'avait portée à correspondre avec le roi son Mar|b^ougb père et à solliciter son pardon. Il fil plus, et pour obtenir

le sien il offrit à Jacques de faire passer sous son drapeau la majeure partie de l'armée anglaise. Son espoir, à cet égard, était fondé sur la jalousie des Anglais, sur la

haine nationale et profonde pour les favoris étrangers du roi Guillaume comme pour les régiments hollandais demeurés au service de l'Angleterre, et soit dans le parlement, soit dans l'armée, Marlhorough mettait tout en œuvre pour nourrir et enflammer ce sentiment dangereux. Son plan perfide et bien conduit fut révélé au roi par les jacobites eux-mêmes qui, ajoutant peu de foi au repentir comme aux promesses de Marlhorough, le soupçonnèrent de ne vouloir renverser du trône Guillaume et Marie que pour y élever la princesse Anne et régner en son nom. Guillaume justement irrité, mais informé seulement par ses propres adversaires, et n'espérant point obtenir contre le coupable leur déposition publique, dut se borner a destituer Marlhorough et à l'écarter de la cour comme de la maison de la princesse Anne Celle-ci en conçut un violent ressentiment, elle sortit du palais et rompit pendant longtemps toute relation avec la reine sa sœur comme avec le roi.

Suilc du régne de Guillaume III el de Marie II, jusqu'à la mort de la reine.

1092 — JGÎM.

La guerre civile était éteinte en Ecosse ; mais un nouveau Montrose, un autre Dundee auraient pu en rallumer les brandons : le gouvernement eut recours, pour les

I. La princesse reçut l'ordre d'éloiguer de ta personne lady Sara Marlborougb, lafatoritft, et sur son refus d'y obtempérer, elle fut obligée de quitter

GtILLALME III ET MARIE II 65

étouffer, à des moyens plus efficaces que ta violence. Si ses intentions eussent été fidèlement remplies, il aurait réussi, et un événement affreux n'eut jms imprimé sur l'administration de Guillaume III une tache ineffaçable.

Les chefs des clans jacobites étaient pauvres : les montagnes improductives de l'Ecosse ne nourrissaient point leurs habitants; c'était enfin l'indigence et le besoin qui entretenaient les habitudes déprédatrices des clans, et qui poussaient perpétuellement les montagnards à envahir le territoire des populations industrieuses des basses terres. Le gouvernement forma le sage projet de N«v»ri«t»M garantir tout à la fois celles-ci contre leurs violences et c|tUi écomît. lui-même contre une nouvelle insurrection en traitant avec les chefs et en achetant leur soumission. Une somme de 1 5,000 livres sterling fut destinée pour cet objet, et elle aurait suffi, si la négociation n'eût été confiée au comte de Breadalbane, intéressé à la faire avorter. Il était parent du marquis d'Argyle ( Mac-Callum-More), chef du clan des Campbells, en guerre, depuis un siècle, avec les Macdonalds et les Camérons. Breadalbane avait lui-même d'anciennes et nombreuses injures à venger, et nul n'était moins propre que lui à une mission de paix qui, pour réussir, eût demandé des vues désintéressées et un esprit conciliant. Des deux côtés on l'accusa de perfidie et d'infidélité : le gouvernement reconnut trop tard qu'il avait mal placé sa confiance, et le succès ne répondit pas à son attente. Mais tandis qu'on négociait ainsi sans bonne foi pour un accommodement

le pt laitcl perdit, dur»ol quelque lemp» lous les privilège! extérieurs de >oii rang comme princesse du «an g royal cl présomptive héritier»» de Ucourouiie.

pacifique, des mesures toutes différentes avaient été prises parle conseil royal d'Ecosse; et l'autorité, dont le siège Ar.fié était à Edimbourg, .avait fait proclamer que tous ceux qui

fons.iiiT.cn5M. n'auraient pas fait leur soumission au 31 décembre 1691, et juré de vivre paisiblement sous le gouvernement du roi et de la reine, seraient poursuivis comme traîtres et ennemis,, de la couronne. [>es préparatifs militaires furent faits, et presque tous les chefs, intimidés par leur dernière défaite, se soumirent dans le délai prescrit. Un seul hésita jusqu'au dernier moment, c'était

ci» detiieiicoc.Macdonald de Glencoe, plus connu sous le nom béréiGoi-169? dilaire de Mac-lan. Us possessions de ce chef étaient dans la partie la plus sauvage des Highlands, non loin des redoutables écueils de la côte occidentale d'Ecosse, entre les comtés d'Argyle et d'ln>erness, au fond d'une gorge presque impénétrable, région des orages et des brouillards perpétuels, et dont le nom Glencoe signifie en langue galliquc vallée des larmes. La tribu peu nombreuse, mais Irès-belliqueuse, qui habitait ce lieu désolé, ne pouvait y vivre que par la guerre et le pillage. Son chef, Mac-lan, fort redouté de ses ennemis, était en grand renom par sa longue expérience, par son caractère et sa bnnoure, parmi les chefs de la race des Macdonalds; personne n'avait apporté plus d'entraves à la négociation du comte de Breadalbane, son ancien ennemi, et celui-ci L'avait sans cesse rencontré comme un obstacle entre lui et les chefs jacobites. Sa haine était partagée par un des membres les plus influents du conseil royal d'Edimbourg, par sir John Dalrymple, plus généralement appelé le maître de Stair, lord avocat d'Ecosse. Cet homme d'Etat était de ceux qui pensent que le

<;ill.LAUME III KT M AKIK II.

service public purifie lout, justifie tout : spécialement chargé de [maintenir la paix publique, il voyait dans ceux qui la troublaient ses ennemis personnels, et à ce titre nul plus que Mac-Ian n'était l'objet de son inimitié comme de sa colère. 11 rougissait pour l'Ecosse de l'état sauvage et barbare de la population des hautes terres, trop souvent encouragée à la licence par l'impunité : il jugeait un châtiment rigoureux nécessaire, et depuis longtemps, pour en servir d'exemple, il avait l'œil sur les Macdonalds de Glencoe et sur leur chef. Celui-ci ne l'ignorait pas : sa résolution fut enfin ébranlée par le sentiment de son danger, et le 3f décembre il se présenta au fort William pour prêter son serinent d'allégeance ; mais il n'y trouva aucun officier civil ayant caractère pour le recevoir. Le shérilîle plus voisin était à Invcrary, chef-lieu du comté d'Argyle, où Mac-Ian se rendit, mais où il ne put arriver que six jours après le terme fatal. Touché néanmoins de son repentir et de ses instances, le shériff admit son excuse et reçut son serment. Mac-Ian se crut hors de péril, et rentra dans ses doinaines, où il vécut quelque temps en sûreté et en repos; mais ses ennemis ne s'étaient pas endormis : leur haine veillait; son explosion fut terrible.

Breadalbanc et le lord avocat apprirent avec joie que œltti qu'ils haïssaient mortellement tous deux n'avait point obéi dans le délai légal : ils firent déclarer nul l'acte transmis au gouvernement par le shériff d'inverary, mandèrent au roi que le chef du clan Glencoe ne s'était point soumis dans le temps prescrit : ils lui laissèrent ignorer que son serment eût été plus tard offert et reçu, et surprirent sa signature par un acte intimant l'ordre

f>* LIVRE VI. CHAPITRE I.

de marcher contre ce clan et d'en délivrer le pays1.

Le dénouement de cette horrible affaire répondit au début et fut atroce. Libre enfin de sévir, le maître de Stair ordonna l'exécution de la manière la plus barbare et la plus perfide. Des instructions furent transmises dans ce sens au lieutenant-colonel Hamilton, et un fort détachement du régiment d'Argyle fut mis à cet effet sous ses ordres. Le 1er février, le capitaine Campbell, surnommé Glenyon, et son lieutenant Lindsay, marchèrent avec cent vingt hommes de ce corps sur Glencoe. Il existait une étroite alliance de famille entre le premier de ces officiers et Mac-Ian : seul il pouvait être accueilli sans inspirer de soupçons, et il cachait un cœur de bronze sous des dehors insinuants et perfides. Il fut reçu ainsi que sa troupe avec l'hospitalité la plus cordiale : les montagnards se partagèrent leurs hôtes et les reçurent chacun sous son toit : les deux officiers vécurent sous celui de Mac-Ian, passant le temps avec lui et sa famille dans la plus étroite intimité. Douze jours s ecoulèreut ainsi en Mtsucre festins et en jeux. Hamilton devait se mettre en marche *■ avec le reste de sa troupe dans la nuit du treizième, et ce

(Un Glencoe. '

même jour, à cinq heures, l'exécution commença. Campbell donna le signal en égorgeant son hôte et neuf de ses compagnons , arrachés de leurs lits et massacrés : huit autres montagnards tombèrent frappés par une décharge sous un même toit : un enfant de neuf ans

I Burnel essaye ici de justifier Guillaume, qui signa, dit- il, cet ordre mus le lire. • Son habitude, dit-il est de laisser * accumuler le» papiers sur m table, et il met ensuite à en signer le plus qu'il pe»l autant de prumptitudu qu'il arail mis de lenteur à s'en occuper d'abord. >

demanda grâce et périt fusillé : le lieulenant Lin. Isa > tua de sa main le chef Mac-Ian , qui lui ouvrait sa |K>rle pour le rtîcevoir en ami : la femme du chef fut indignement dé{K>uillée et mutilée avec barbarie : elle mourut le lendemain. Cinquante personnes de tout sexe et de tout âge furent ainsi cruellement assassinées : mais dans celte atroce exécution, dirigée avec toute l'astuce et le sang-froid d'une politique consommée, il n'y eut de complet que le crime et l'infamie : les coups de feu répètes donnèrent l'éveil aux membres épars du clan : Hamillon et sa troupe avaient été retardés dans leur marche : les passages restèrent ouverts : les deux tiers de cette malheureuse population, dévouée tout entière à la mort, échap|>èrent au massacre; mais les souffrances des survivants furent horribles. Contraints à fuir presque nus avec leurs femmes et leurs jeunes enfants à travers les rochers et les précipices, sans aucun secours contre le roid et la faim, beaucoup succombèrent ; le reste vécut pour transmettre à la postérité 1 éternel souvenir d'un des forfaits les plus affreux dont il soit fait mention dans* les annales du inonde civilisé : trop mémorable exemple des excès où la passion peut entraîner les hommes publics, servis par d'aveugles instruments, hors des voies de la morale et de l'humanité. Le massacre de Glencoe demeura trois ans presque ignoré en Angleterre : enfin la terrible vérité se fit jour, et de toutes parts s'éleva un cri d'horreur. Le roi prévint à ce sujet une vive démonstration parlementaire en ordonnant une enquête à la suite de laquelle les états d'Ecosse, trop indulgents pour le lord avocat, princi|>al auteur de ce grand crime, appelèrent toute la vindicte des lois sur ses

70 Ll VUE VI. CHAPITRE I.

obscurs exécuteurs. Haniillon et cinq du ses subordonnés, tenus d'obéir, et coupables seulement pour a\oir trop bien obéi, furent poursuivis comme meurtriers. Le roi se borna à destituer son ministre, le maître de Stair : il assuma sur lui une pesante responsabilité en ne proportionnant pas le châtiment à l'attentat, et le sinistre drame de la vallée de Gleocoe est encore aujourd'hui la •plus grande tache de son règne.

L'attention de Guillaume était malheureusement absorbée à celte époque par d'autres soins. C'était le moment des plus grands armements maritimes de la France. Louvois, dont la froide raison savait apprécier les |>érils d'une tentative sérieuse pour envahir l'Angleterre, \enait de mourir, et avait eu pour successeur au secrétariat de la guerre, le jeune Barbésieux son lils, qui n'essaya point de s'opjpOSer auprès de son maître le roi de France aux instances de Jacquçs ll sollicitant une Hotte et une armée Arroonirnu JKmr conqllCnr gf,n royaume. Louis XIV accorda l'une i.ir.iKv e{ l'autre Dix mille Français sous le maréchal de ■^Belle-Fonds réunis aux régiments irlandais commandés par Sarstield, furent dirigés sur les cotes de Normandie : deux grandes tlottes, l'une de quarante-six vaisseaux de guerre rassemblés dans le port de Brest sous l'amiral Tourville, et l'autre de trente vaisseaux sous d'Estrées, reçurent l'ordre d'opérer leur jonction dans la Manche où trois cents transports furent en même temps réunis. Jamais depuis son exil, les affaires du roi Jacques n'avaient été plus prospères : la coalition européenne avait reçu l'année précédente un grand échec par la prise de Mous : les jacobites reprenaient courage et s'organisaient militairemtnl : la hahisou enfin était dans les

(illUUUE ill ET MARIE II.

l»lus hautes régions du pouvoir. Jacques avait reçu des assurances de dévouement de quelques-uns des premiers chefs de l'armée et de la flotte : il en conçut des espérances exagérées : il crut que toute la flotte sous les ordres de Jord Russel se déclarerait pour lui, et dans sa téméraire confiance, il se fit précéder en Angleterre par une déclaration où, prenant le langage d'un maître ir Wc^™< nié, il ne lit l'aveu d'aucun tort, ne donna de garantie ,acciue* contre aucun abus, et sous l'apparence d'une amnistie.. «o»» lit des réserves si nombreuses, qu'il semblait que personne, à moins d'une trahison .ouverte, ne fût à l'abri de sa vengeance. Cette déclaration insensée l, loin4 de lui gagner des partisans, lui en ôta, et de ce nombre fut l'amiral Russel * Les circonstances le rendaient l'homme le plus important du royaume, tout l'espoir de la couronne protestante d'Angleterre était dans sa flotte comme au temps de la grande armada; comme alors aussi, la fortune lui fat propice. Russel opéra sans obstacle sa jonction avec la flotte hollandaise tandis, que les vents contraires retenaient l'escadre française de la Méditerranée. Tourville seul avec ses vaisseaux était entré dans la Manche où déjà les troupes d'expédition s'embarquaient, et mal-

I 11 confient de la lire loui entière dans le* Mémoire» d» Jacques //, où elle e*l datée du 20 avril 1092. On voit aur la liste de ptveetriplioN le nom de lord Churchill, malgré te» intelligence* récentes avec le roi Jacques. Mais ce prince, qui te regardait alors comme son priucipal agent, lui Gl dire que sril ne l'eût pas excepté de l'amnistie, il eût trop clairement montré le parti qull suiviii. ^Mémoires de Jacques II )

2. L'amiral Rusael Dl dire alors au roi Jaiqties qu'il l'cnf.ageail à uc point mettre le» deu» flottes en présence ; mai» que s'il remontrai» la flotte française, il ne pourrait éviter de la comhatlre, le roi lui-m. me fftl-il a bord.

7« LIVltE VI. CHAPITRE I.

gré la grande infériorité du nombre, il résolut d'attendre l'ennemi et d'accepter le combat.

La rencontre eut lieu à la hauteur du cap La Hogue,

Bataille n^aïc où Jacques lui-même s'était rendu avec les principaux u nogue. seigneurs de sa cour, assistant ainsi de sa personne,

i9 mai 1692 Y Prena,rc aucune part active, à la grande journée décisive pour sa fortune. L'action s'engagea à huit heures du matin : les Français suppléèrent au nombre par des prodiges : ils n'eurent à lutter au début que contre une partie de la flotte coalisée, et les forces, comme le succès, furent d'abord presque également balancées. Mais le vent devint favorable aux Anglais et leur flotte déployée tout entière accourut pour en\elopper l'ennemi. Tourville avait noblement soutenu l'honneur de son pavillon et cédant au nombre il ordonna la retraite : celle-ci devint une fuite : le vaisseau amiral de 120 canons, le Soleil-Royal résista le dernier; environné de tous côtés et vomissant la mort sur les assaillants innombrables, il se fit jour au travers et gagna la rade de Cherbourg où il périt consumé. Tourville l'avait déjà quitté pour un autre bâtiment de sa flotte et chercha refuge avec vingt gros vaisseaux dans la baie de I*"»10" La Hogue, où le lendemain Russel les attaqua et les détrui-

floitc française. ^ {0U9t , parye (j0 ja flotte vaincue gagna Sainl-Malo

I. Le roi Jacques contemplai! du rivage ce dé>a>irv qui acheva d'anéantir sa fortune. Une etclainalion généreuse lui écbitppa cependant lorsqu'il vil Ira marins de la flotte anglaise s'élancer en foule de leurs cbalutip « à l'abonlage des puissants vaisseau! français. Ali 1 s'écria* I -il, il n'y a que mes braves Anglais capables de se comporter ainsi !.... Peu d'irManls après, taudis que l'inceudie dévorait les bâtiments français abandonnes par leurs équipages et par I . unenn, le fru prit isji canons dont la décharge accidentelle tua plusieurs |»ei sonnes au-

Glïll.UME III ET MARIE II

roui H ion.

Page 1